Dimanche 20 janvier 2019 - 2e Dimanche Année C

M’a déçu

Isaïe 62,1-5 - Psaume 95,1-3.7-10 - 1 Corinthiens 12,4-11 - Jean 2,1-11
dimanche 20 janvier 2019.
 

Une mère se plaignait auprès de moi de cette appréciation portée par un enseignant sur le carnet d’un de ses enfants. En effet, l’auteur émet ainsi un commentaire fermé sur le passé, replié sur lui-même et parasité par sa subjectivité intrusive, pour ne pas dire par une affectivité envahissante bien typique de notre époque moderne. S’il espère ainsi piquer l’élève pour mieux l’inciter à se reprendre, il s’agit pour le moins d’une maladresse. Sans doute cherche-t-il aussi par coquetterie à innover par rapport au classique « peut mieux faire ». Mais il aurait mieux fait justement de s’en tenir à cette indication qui présente l’avantage considérable d’être objective et encourageante.

À propos, devant le miracle de l’eau changée en vin, ne serait-on pas tenté de penser : « Peut mieux faire » ? Dieu n’a-t-il pas tout créé à partir de rien ? Jésus n’aurait-il pas mieux manifesté sa gloire en faisant apparaître du vin dans des cruches vides ? D’ailleurs, « cana » signifie « créer, procréer » en hébreu. Notre goût est pour le merveilleux et les démonstrations de force, or, la discrétion et le respect des réalités sont plutôt les voies de Dieu. Mais surtout, l’essentiel est ailleurs, c’est le sens ; particulièrement chez Jean qui ne parle pas de « miracles », mais de « signes ».

Ici, l’eau signifie les larmes d’Israël, représenté par la « mère de Jésus » et « les serviteurs » qui l’ont puisée : « Toi qui comptes mes pas vagabonds, recueille en tes outres mes larmes - cela n’est-il pas dans ton livre ? » (Psaume 55/56,9). Il en est de deux natures : les larmes de la désolation devant les épreuves et dans les tribulations, comme celles de Rachel « qui ne veut pas être consolée parce que ses enfants ne sont plus », et les larmes du repentir où se réalise la conversion. Les unes et les autres, jaillissant « d’un cœur brisé, d’un esprit humilié » que Dieu accueille avec tendresse et miséricorde, sont mêlées dans les « cœurs de pierre » symbolisés par les jarres. Ensemble, elles constituent « l’eau pour la purification des Juifs » promise par le Seigneur : « Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés, j’enlèverai votre cœur de pierre et vous donnerai un cœur de chair ». Tel est le véritable miracle dont l’eau changée en vin de Cana est le signe : la création nouvelle par laquelle notre cœur guéri du péché est rendu capable d’aimer. L’opérateur de cette merveille, c’est la Pâque du Christ : sa souffrance et sa mort qui nous libèrent du mal, et sa résurrection qui nous établit dans la sainteté de l’amour.

Toutes les larmes du monde sont recueillies dans les souffrances de Jésus Christ pour qu’il les transforme en vin des noces, celles de l’Agneau et de son Épouse qu’il se présente à lui-même pure et sans tache parce qu’il la purifie et la libère du péché. Dans notre épisode, en effet, les mariés sont transparents car le véritable époux, c’est Jésus, et la véritable épouse, c’est l’Église en laquelle toutes les nations ont vocation à rejoindre Israël, y compris les déçus de Dieu.

Ces déçus attendent de Dieu ce que les hommes désirent dans leur trop courte vue de la vie. Ils ne savent pas que Dieu peut faire mieux que tout ce qu’ils avaient imaginé. Ils ignorent le don de Dieu et celui par qui il nous advient. Mais ses disciples ont vu sa gloire dans l’amour miséricordieux qui les unit et les ouvre à tous leurs frères humains. Ils regrettent et confessent leurs péchés en rendant grâce pour le pardon de Dieu obtenu par le sacrifice de Jésus, cette « Heure » où il laissera couler de son côté l’eau et le sang pour la purification des pécheurs dans les sacrements du baptême et de la réconciliation, et leur sanctification dans celui de l’Eucharistie. Ils supportent toutes les épreuves de l’existence en les offrant avec le Christ, mettant leur espérance en sa venue pour le « Festin des Noces éternelles » : ils ne seront pas déçus.