Dimanche 27 janvier 2019 - 3e Dimanche Année C

Vous entendez bien ?

Néhémie 8,1-4a.5-6.8-10 - Psaume 18,8-10.15 - 1 Corinthiens 12,12-30 - Luc 1,1-4 et 4,14-21
Sunday 27 January 2019.
 

Si vous êtes satisfait de l’acoustique et de vos oreilles, à la bonne heure ! Mais entendre signifie aussi comprendre. Autrement dit, il ne suffit pas de percevoir le son, encore faut-il concevoir le sens.

De même, disposer d’une information complète ne garantit pas une bonne intelligence des événements. Nous le voyons en ce moment avec les mouvements qui agitent notre société : ils sont « couverts » à outrance par les médias, mais sont-ils compris ? Pour le moins, ce n’est pas clair.

C’est pourquoi Luc a voulu présenter les événements dans un ordre tel que leur cohérence apparaisse mieux, quitte à prendre des libertés par rapport à la succession chronologique des faits. C’est évident pour cet épisode dans la synagogue de Nazareth qui rapproche deux moments différents dans le ministère de Jésus (le découpage ne nous donne à entendre que le premier moment) : d’abord un accueil favorable des siens, puis un rejet. D’ailleurs, les auditeurs vont faire allusion à des miracles qui ne surviennent qu’ensuite dans le récit.

Que s’est-il passé ? Jésus s’est contenté de lire dans le Livre l’annonce du temps de la grâce. En ajoutant, littéralement en grec : « Aujourd’hui, cette écriture s’accomplit à vos oreilles » il reprend ainsi à sa manière la prédication de Jean-Baptiste qui annonçait l’intervention imminente de Dieu. Mais ensuite, il rappelle deux époques terribles : celle de la famine au temps d’Élie et celle de l’oppression syrienne au temps d’Élisée. Or, dans les deux cas, la détresse d’Israël était liée à l’infidélité du peuple égaré sous la conduite de rois indignes.

Mais Dieu n’a jamais abandonné Israël dans ces périodes où il était abandonné de lui. Donc « aujourd’hui » encore il en est ainsi, c’est-à-dire notamment à l’heure où Luc écrit pour Théophile : Jésus, comme tous les prophètes, a dit la vérité et fait le bien, il a été rejeté, le peuple s’est égaré, mais il n’a pas été abandonné de son Dieu. Voilà donc le sens principal des évènements qu’il voulait faire apparaître en organisant son œuvre, évangile et Actes des Apôtres, à sa façon.

Bien sûr, Luc annonce Jésus comme Fils de Dieu Sauveur de tous les hommes et non pas seulement comme prophète d’Israël. D’ailleurs, c’est bien le propos de son « évangile de l’enfance » qui se situe entre les deux parties de notre passage d’aujourd’hui. Mais il est essentiel de rappeler qu’il est aussi, et d’abord, ce prophète d’Israël qui s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs comme envoyé de Dieu à son peuple pour lui rappeler son amour et l’appeler à la conversion : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, envoyer les opprimés en liberté, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »

Cette parole fut adressée par le prophète Isaïe au peuple de son temps. Jésus la reprend à son compte au moment de sa prédication, signifiant ainsi que cette parole, Dieu la prononce à nouveau aujourd’hui dans toute son actualité. Or, cette annonce de grâce est vraiment merveilleuse de dynamisme et de délicatesse dans son respect des hommes à qui elle s’adresse : Juifs, c’est-à-dire membres de ce peuple très aimé et jamais abandonné, et païens, c’est-à-dire tous ceux qui ne le connaissent pas encore.

À ceux-là comme aux autres, il faut témoigner la fidélité de Dieu aux hommes qu’il a créés par amour et qu’il ne cesse de s’employer à sauver du mal. Dieu est fidèle : si vous ne le percevez pas dans sa parole, c’est que vous ne l’entendez pas bien. Car l’amour de Dieu est pour les siècles des siècles.