Mercredi des Cendres, 6 mars 2019 - Entrée en Carême

Attaquons !

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
Wednesday 6 March 2019.
 

L’injonction est martiale, elle augure d’une bataille. Ou bien il peut s’agir de travaux importants à entreprendre résolument. Ou bien encore, elle me rappelle la confidence d’un ouvrier : dans sa famille, en guise de bénédicité, le père sonnait ainsi le début du repas afin que tous commencent en même temps.

Vous trouvez peut-être un peu provoquante cette dernière évocation alimentaire en un jour de jeûne comme ce mercredi des Cendres. Il me semble pourtant qu’elle nous renvoie justement au plus important à prendre en considération aujourd’hui.

En effet, la peur peut nous prendre des combats qui s’annoncent, le découragement nous saisir devant l’ampleur du chantier. Mais, surtout, nous risquons de ne pas bien voir l’intérêt de ce temps qui ne serait qu’un mauvais moment à passer. En somme, la question clef est celle de savoir si nous avons ou non de l’appétit pour le carême.

L’objectif de la démarche, c’est notre conversion ; et donc notre sanctification. Est-ce que nous en avons envie ? Est-ce que nous en avons peur ? Nous avons peur d’être sanctifiés parce que cela nous empêcherait de vivre. D’ailleurs, certains trouvent que le carême nous empêche déjà un peu de vivre. Et si c’était le contraire ? Si la sainteté donnait de vivre mieux, et même bienheureux ?

En effet, au nombre de nos pires tourments sont les frustrations humiliantes. Nous avons des prétentions et des convoitises. Plus elles sont satisfaites, plus elles se renouvellent en augmentant. Et quand nos espoirs sont déçus, nous sommes atteints dans notre amour-propre. Nous sommes tous comme cela : c’est notre nature, grevée du péché originel.

Donc, un homme vraiment libéré de tout orgueil, de toute avidité et de tout égoïsme serait immensément soulagé. Certes, les techniques de méditation et de sagesse, orientales ou non, permettent d’atteindre un détachement appréciable. Mais la guérison profonde du cœur ne s’obtient par aucune autre thérapie que l’action de l’Esprit à laquelle il faut se livrer tout-entier.

Au début du carême nous est proposée une méthode avec ses « techniques » : le jeûne, la prière et l’aumône. En effet, ce sont des armes dans le combat contre le mal, et des outils pour la reconstruction de notre être intérieur en justice et en vérité. Mais le plus important est de découvrir notre misère afin de désirer notre guérison. Par-dessus tout il y faut la foi : croyez-vous vraiment que le Seigneur peut nous libérer et nous établir dans une joie de vivre sans pareille ?

Non seulement la sainteté donne de vivre mieux, elle est donc désirable, mais encore la conversion qui la procure est déjà d’avance l’expérience de ce détachement qu’elle vise, c’est pourquoi le carême même est délectable s’il est vécu dans une juste espérance de ses résultats escomptés.

Attaquons donc de bon cœur ce chemin qui nous mène à la Pâque du Seigneur, à sa croix, à sa victoire et aux fruits de son sacrifice, en partageant son combat et en goûtant d’avance la merveilleuse libération qu’elle nous promet.