Dimanche 10 mars 2019 - Premier dimanche de Carême - Année C

Mieux vaut faire pitié qu’envie

Deutéronome 26,4-10 - Psaume 90,1-2.10-15 - Romains 10,8-13 - Luc 4,1-13
Sunday 10 March 2019.
 

Le bon sens soutient le contraire, bien sûr : mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade, dit-on. Pourtant, l’envie, ce n’est pas joli, joli. Le vaniteux se plaît à l’inspirer. Envie et vanité s’appellent et se répondent, l’une misérable et l’autre glorieuse. Je suis fier d’être orgueilleux proclame l’un, tandis que, si l’autre se garde bien d’avouer qu’il est envieux, c’est parce qu’il a honte de l’être.

Vanité et envie, tous les péchés capitaux s’organisent entre ces deux pôles. Gourmandise et luxure, je peux m’en vanter comme de mon bon goût de la vie et mon savoir en profiter. Colère et paresse aussi, en tant que supériorité morale et intellectuelle : vous êtes intelligent, me dit-on, mais non, je suis paresseux, réponds-je plein de fausse modestie. L’avarice, même, sera parée des prestiges de la rigueur. Et l’envie reste seule au rayon pitoyable.

Orgueil et envie sont l’endroit et l’envers du péché du diable, et donc de notre péché originel. Cela même dont Jésus est indemne, car il est Fils. Il ne veut pas être Père à la place du Père, Dieu à la place de Dieu, comme le Satan. Il fut tenté dans sa faiblesse, dans la faiblesse de notre chair, mais rien en lui ne donnait prise au Malin, contrairement à nous qui sommes encore liés, ce qui se reconnaît à la mesure dont la vanité et l’envie nous tiennent toujours au fond. Or, notre vocation baptismale est d’être fils et filles dans le Fils, à sa manière. Nous sommes libérés de la malédiction par la foi, mais il nous reste à nous laisse sanctifier comme le Fils est Saint.

Pensez-y, et remarquez ces mouvements que vous méconnaissez habituellement : ces bouffées d’euphorie de mauvais aloi dont vous niez la vanité en la mettant au compte d’une juste satisfaction de soi ; ces accès de bile que vous préférez refouler plutôt que d’admettre l’humiliation d’être envieux. Il faut en prendre la mesure, comme on procède à une analyse médicale. Soyez donc attentifs : quand vous vous laissez aller à la satisfaction flatteuse, arrêtez-vous sur ce signe que vous souffrez d’orgueil. Quand vous refoulez des accès d’envie par vanité, reconnaissez que vous êtes atteints. Faites ainsi un carême sérieux, un carême profitable, plus que si vous vous contentiez de compter vos morceaux de sucre.

Ainsi vous comprendrez comment la parole de Dieu s’adresse à vous et peut vous sauver. Car, avec l’intelligence de votre misère, vous sera donnée la certitude que ce Dieu qui vous prend en pitié peut vous libérer de ces liens infernaux qui rendent la vie mauvaise et engendrent toutes les guerres au cœur de l’homme comme entre les nations.

Alors, à l’image du Christ, vous n’aurez plus goût à faire envie, mais plutôt plaisir à partager. Et vous n’aurez plus honte de faire pitié, si c’est au Dieu d’amour aux yeux de qui nous avons tant de prix qu’il a donné son Fils pour sanctifier les pécheurs et les établir dans sa propre gloire divine. Et vous direz avec le Psalmiste : « Le Seigneur défend les petits ; j’étais faible, il m’a sauvé » (Ps 114,6).

Le saint est bienheureux, pour le moins. Or, son bonheur est d’être guéri de l’envie, aux registres de l’avoir, du pouvoir et de la gloire, ces trois degrés de la tentation éprouvés par le Christ au désert. Comme il est vraiment Fils de Dieu, rien ne peut le distraire du bonheur d’obéir au Père. Voilà la joie de qui le suit avec confiance et constance, parce que l’intelligence de la Parole est dans l’obéissance.

Oui, plutôt que de tenter les hommes en leur faisant envie, mieux vaut faire pitié à Dieu qui ne méprise pas notre misère mais veut et peut nous en guérir.