Dimanche 17 mars 2019 - Deuxième dimanche de Carême - Année C - Tradition du Notre-Père aux catéchumènes et rencontre de préparation au mariage

Maintenant je le vois tout autrement

Genèse 15,5-12.17-18 - Psaume 261.7-9.13-14 - Philippiens 3,17 - 4,1 - Luc 9,28b-36
Sunday 17 March 2019.
 

À la lumière de certaines révélations, lorsqu’on met les éléments en perspective, la personne ou l’événement apparaissent autres qu’on les avait d’abord compris.

Le récit de la Transfiguration nous est donné à entendre chaque deuxième dimanche de carême, car les Pères ont perçu dans cet épisode une préparation des Apôtres à supporter le scandale de la croix. Pourtant, il semble que cette précaution n’ait guère été efficace, puisqu’ils ont été stupéfaits et dispersés lorsque le Berger fut frappé. En réalité, ce n’est qu’après coup qu’ils ont pu superposer la vision reçue sur la montagne et celle du crucifié dont le sacrifice est bien ici évoqué, ainsi que l’indique Luc en précisant le sujet du colloque de Jésus avec Moïse et Élie : « Ils s’entretenaient de son départ qui devait avoir lieu à Jérusalem ».

Ainsi, nous comprenons de deux manières la formule de cet évangéliste qui, à la différence de Marc et Matthieu, ne décrit pas le visage de Jésus se mettant à briller mais note simplement que « l’image de sa face devint autre ». En sa passion, en effet, il n’aura « plus visage humain », tellement les tourments qui lui seront infligés le défigureront. Mais, d’autre part, le regard de la foi qui reporte sur cette scène de supplice celle d’aujourd’hui voit autrement le supplicié. Il reconnaît en lui le Serviteur de Dieu accomplissant jusqu’au bout la volonté de son Père pour le salut des hommes. Or, cette parfaite obéissance est précisément sa gloire, celle de Dieu qui réalise son règne sur la Terre.

Ainsi Jésus se révèle vraiment le Fils : son être éternel est bien de se recevoir tout entier du Père et de se donner tout entier à lui. Il est tel de toujours à toujours, et précisément en ce moment unique et inouï où, incarné, il s’offre pour le salut du monde. Comme en Jean, nous découvrons que la gloire n’est pas à différer, à reporter après la Passion au retournement de la Résurrection, elle est tout entière déjà là, alors que le regard humain ne perçoit qu’un malheureux humilié et torturé.

Qu’il nous est difficile, frères et sœurs, de faire coïncider dans notre contemplation les deux images du Seigneur, celle d’aujourd’hui et celle du Vendredi saint. Mais à ce prix seulement son visage nous apparaît en pleine lumière : nous le voyons « autre » en toute sa vie terrestre comme au moment de sa Pâque, et au-delà de ce passage de ce monde au Père, en ces temps qui sont ceux de l’Église, son Corps et son Épouse.

Car l’existence du disciple, transformé à l’image de celui qui est la parfaite icône du Père, est remplie de gloire surtout quand elle réalise l’offrande de soi en parfaite obéissance à Dieu par Amour. C’est le cas pour les martyrs, en premier lieu, mais aussi pour quiconque supporte des douleurs, des épreuves, des humiliations ou des tribulations pour le Nom. Ainsi nous voyons autrement les tourments et les abaissements qui peuvent nous advenir quand nous les vivons comme un véritable service du Père à la suite de son Fils.

Cette vocation baptismale, chers amis catéchumènes, pourrait vous effrayer. Mais vous pressentez qu’elle est vraiment un appel au bonheur. Non seulement la foi nous tourne en toute circonstance vers le Jour du la venue du Christ en gloire, lorsqu’elle apparaîtra à tous pour la stupéfaction des nations, mais encore elle nous donne la joie de cette ferme espérance qui transfigure toute la vie. En particulier, la vie conjugale des baptisés développe sa pleine signification humaine et divine : le don de soi total et réciproque pour le service commun de la vie vient coïncider avec la révélation du don inouï que Dieu fait de lui-même à l’humanité pour établir avec elle une Alliance d’Amour éternel.

Accueillons maintenant cette lumière qui nous révèle un Dieu autre et nous appelle à vivre autrement en Dieu, par la victoire du Christ sur le mal et l’action de L’Esprit qui fait toute choses nouvelles.