Dimanche 31 mars 2019 - Quatrième dimanche de Carême - Année C - Deuxième scrutin pour les catéchumènes adultes appelés

Trouver le bon adaptateur

Josué 5,10-12 - Psaume 33,2-7 - 2 Corinthiens 5,17-21 - (Luc 15,1-3.11-32) Jean 9,1-41
Sunday 31 March 2019.
 

La ressource est là, mais le branchement est impossible. Le dispositif d’accueil, le « port » dit-on en informatique, configuré par le constructeur ne reçoit pas, à l’évidence, la prise qui se présente.

Tel est apparemment le drame des pharisiens de notre évangile. Ce sont des « gens bien », ils croient et pratiquent à merveille, ils cherchent Dieu et pourtant ne parviennent pas à le trouver. À l’inverse, l’Aveugle n’a rien pour réussir en la matière. « Tout entier plongé dans le péché depuis sa naissance », ce dont il doit être lui-même persuadé, n’est-il pas coupé irrémédiablement du Très-Haut ? Pourtant, c’est lui qui va se retrouver du bon côté à la fin.

En fait, c’est justement son état qui le dispose à recevoir le salut : puisqu’il n’a rien à faire valoir comme mérite, il se présente au Seigneur par sa misère, physique et spirituelle, en sorte qu’il se trouve parfaitement configuré pour recevoir la grâce. C’est l’inverse pour les pharisiens : persuadés d’êtres juste, ils tournent vers Dieu la revendication de leurs propres mérites. Mais, visiblement, ce n’est pas ainsi qu’ils sont vus par celui qui veut faire miséricorde.

L’Adaptateur, le « médiateur entre Dieu et les hommes », en langage théologique, est venu pour les pécheurs, non pour les justes. Mais il commence par « guérir » l’aveugle-né. En fait, il reprend et accomplit la création, comme le suggère le mode opératoire : Jésus « fait de la boue » avec laquelle il le manipule l’homme, comme Dieu le créa à l’origine en le façonnant avec la poussière du sol.

Est-ce à dire que le Christ termine une création mal finie au départ ? En fait, il restaure ce qui fut parfaitement conçu par Dieu, mais qui est tombé au pouvoir du « Décréateur », l’ennemi depuis l’origine, non sans le consentement de sa victime au demeurant. Il le restaure non sans sa participation, puisqu’il l’envoie se laver à a piscine de Siloé.

Or, la guérison physique est le signe d’une autre, métaphysique et plus radicale : la libération de l’être qui était captif du diable. Par la foi qu’il va recevoir progressivement, celui qui était né aveugle est purifié de ses complicités avec le mal et la mort.

Les pharisiens n’avaient-ils pas besoin, eux aussi, de cette purification ? Hélas si, la suite va le montrer puisque leur enfermement progressif dans le refus du Christ va les plonger dans un dessein assassin. Tout leur malheur vient de ce qu’ils persistent à se voir eux-mêmes comme des justes au lieu de se reconnaître pécheurs, et donc en grand besoin de la grâce du salut.

Celui qui reste bloqué dans sa prétention de pouvoir se faire aimer de Dieu au titre de ses mérites, lui présentant résolument ses beautés spirituelles, ses œuvres et sa foi prétendue pour qu’il les récompense, celui-là ferme en réalité la porte de son âme à la lumière divine qui viendrait éclairer son cœur et lui révéler la profondeur de son péché. Et il l’aurait guéri !

Tournons donc vers le Seigneur le côté obscur de nous-mêmes : c’est le bon port où s’adapte le Christ qui « a été identifié au péché afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu ». Cette ouverture qui laisse entrer la lumière divine jusqu’au fond du cœur, c’est ce que nous demandons pour vous dans la prière, chers amis catéchumènes, et aussi pour nous tous qui avons tant besoin toujours à nouveau de conversion.

Nous voulons tous mériter d’être aimés de Dieu, et bien sûr comblés de ses bienfaits. Mais ce que nous révèle le Christ, c’est que nous sommes aimés pour rien, comme nous sommes. Là se trouve la joie de ceux que le Seigneur adapte au salut éternel.