Dimanche 21 avril 2002 - Quatrième dimanche de Pâques

Regardez-moi cet agneau !

Actes 2,14.36-41 - 1 Pierre 2,20-25 - Jean 10,1-10
dimanche 21 avril 2002.
 

Regardez-moi cet agneau !

Quoi de plus doux et attendrissant que cette toute petite Humbeline dans les bras de sa maman ? Remarquez, qui sait, en fait d’agneau, elle a peut-être un caractère de cochon. D’ailleurs, voyez l’hermine, symbole de pureté parce que son doux pelage est tout blanc en hiver, ce n’est rien moins qu’un petit carnassier impitoyable. Quant à sa cousine d’Asie, la zibeline à la précieuse fourrure, elle saute à la gorge de quiconque la menace. Pour défendre ses petits, elle peut même calmer un ours ! Au fait, Humbeline rime avec Zibeline plutôt qu’avec agneau.

Remarquez que, d’un autre côté, il ne faudrait pas avoir une conception trop bêlante de l’agneau. Voyez Jésus, l’Agneau de Dieu selon saint Jean : dans l’Apocalypse, sa colère est des plus à craindre. À vrai dire, Jésus a combattu, et il a été vainqueur. Il a tué notre ennemi, la haine, qui nous menaçait de mort éternelle. Il l’a fait pour nous, pour nous sauver.

Aujourd’hui, nous entendons dans l’évangile que cet agneau est aussi non seulement le bon berger qui passe par la porte, mais encore la porte même des brebis. Tout cela semble se mélanger étrangement.

Appeler agneau un petit enfant ne signifie pas d’abord qu’il est gentil, mais qu’il est aimé. Jésus est l’Agneau de Dieu d’abord parce qu’il est le bien-aimé du Père de toute éternité. Ensuite, parce qu’il s’offre à Dieu en sacrifice sur la croix comme l’agneau pascal fut offert pour le salut du peuple.

En raison de cette offrande libre de lui-même agréée par Dieu, il est fait Christ et Seigneur, c’est-à-dire véritable berger du peuple de Dieu à l’image de celui qui en est le seul Berger.

Ainsi, Jésus est entré par la porte, c’est-à-dire par la croix, par le sacrifice de soi, pour devenir berger du peuple. Tous ceux qui ont prétendu autrement être le Messie annoncé par les Écritures ne sont que des imposteurs. Brigands et bandits, ils n’ont menés les hommes abusés par eux qu’à leur perte, et ils se sont eux-mêmes enfui quand ils l’ont pu.

La porte qui fut celle de l’entrée de Jésus dans sa gloire de sauveur d’Israël et de toutes les nations est aussi la nôtre pour entrer dans le salut. Plus précisément, c’est Jésus lui-même entrant par la croix qui est la porte pour nous. C’est pourquoi, nous tous qui sommes baptisés, c’est dans la mort du Seigneur que nous sommes baptisés.

Si, à la voix du Christ, nous entrons dans son Alliance scellée par son sang, nous sommes sauvés, nos péchés sont pardonnés. Alors, par la puissance de sa résurrection, nous sommes transformés en lui, nous lui sommes configurés : nous devenons nous-mêmes agneaux de Dieu comme lui l’est de toute éternité. Et comme lui a offert sa vie à Dieu pour les hommes, nous devons offrir la nôtre à sa suite.

Frères et sœurs, nous prions aujourd’hui avec toute l’Église répandue à travers le monde pour les vocations. Comprenons d’abord que la vocation de tout homme, en raison de la grâce et du dessein d’amour de Dieu, est le baptême dans son Fils Jésus, lui qui dit littéralement dans l’évangile d’aujourd’hui : si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé, il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage.

Sortir signifie ici être arraché au pouvoir du péché et de la mort, être libéré pour la vie et l’amour qui sont la vocation naturelle de l’homme créé par Dieu à son image, une vocation contrariée par l’ennemi depuis le péché d’Adam. Le pâturage qui nous est promis est l’éternité bienheureuse en Dieu qui nous fait la grâce inouïe de nous rendre semblables à lui dans son Fils.

Nous prions particulièrement, aujourd’hui, pour les vocations religieuses et sacerdotales. Comprenez bien que ces vocations ne sont qu’une façon particulière de réaliser la vocation baptismale, au service de cette vocation commune. La vocation religieuse est l’appel à une forme particulière de "voie parfaite", de méthode de vie destinée à accomplir en toutes choses la consécration de soi-même à Dieu pour le salut du monde, à la suite du Christ.

La vocation sacerdotale destine celui qui la reçoit à représenter dans sa personne le Christ en tant qu’il est berger de son troupeau. Comprenez bien que ce n’est pas en se faisant moins brebis qu’on devient berger comme le Christ, pour la personne du Christ. Bien au contraire, puisque c’est en accomplissant son identité d’Agneau de Dieu dans le sacrifice de la croix que Jésus devient berger des brebis pour le Père, il en va de même a fortiori pour nous.

Ainsi, en priant avec toute l’Église pour que Dieu nous accorde le baptême d’Humbeline et de tout homme, nous ne distrayons rien de notre prière pour les vocations sacerdotales et religieuses, nous la fondons plutôt dans ce qui la motive.

Humbeline, qu’en toi aujourd’hui et toute ta vie, comme en tout baptisé malgré les taches et les blessures du péché dont nous devons être toujours à nouveau délivrés, on puisse reconnaître celui qui est mort pour que tout homme ait la Vie. Qu’en nous regardant l’on puisse dire :

Voyez cet Agneau de Dieu pour le salut du monde.