Dimanche 14 avril 2019 - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année C

Le style, c’est l’homme

Les Rameaux : Luc 19,28-30 - La Passion : Isaïe 50,4-7 - Psaume 21,8-9.17-20.22-24 - Philippiens 2,6-11 - Luc 22,14 à 23,56
dimanche 14 avril 2019.
 

Après l’évangile des Rameaux

Où sont passés les rameaux ? La version de Luc est bien différente des autres. La foule ne brandit pas de branchages, mais elle étend ses vêtements sur le passage de celui qu’elles acclament comme roi. D’une part, donc, c’est une véritable intronisation de Jésus par ses disciples, avec la reprise du chant de louange de Noël. D’autre part, l’évènement est marqué d’une extrême simplicité : un ânon pour monture, ce qui doit paraître ridicule à certains, ni tambours ni trompettes évidemment, et les habits des assistants pour toute parure du chemin. Que signifient ces deux traits distinctifs opposés ? Nous en reparlerons après la Passion.

Après la lecture de la Passion

Le style, c’est l’homme.

Le style de Luc est très particulier. Il construit son récit à sa manière pour faire apparaître la vérité profonde de ce qui arrive avec le Christ. Ici, donc, dans l’évangile des Rameaux comme dans celui de la Passion, il nous présente un Jésus établi roi d’Israël et roi de l’univers, dans toute la noblesse de cet état, mais avec une parfaite économie de fastes et de moyens. En plein accueil triomphal à l’approche de Jérusalem comme dans l’horrible humiliation et les souffrances atroces du chemin de croix, il est vraiment le Seigneur venu non pour être servi, mais pour servir. Et, bien sûr, c’est un exemple qu’il nous donne. C’est pourquoi Luc place au moment du dernier repas la leçon sur le pouvoir que le Maître donne à ses Apôtres.

Là est le premier enseignement de la Passion. Le Christ est le Fils éternel du Dieu tout-puissant, notre Roi. Pourtant, il exerce son pouvoir avec une parfaite humilité et la volonté de servir jusqu’au don total de lui-même. Lorsque ses disciples s’écartent de cette manière de faire, en particulier les pasteurs du troupeau, ils peuvent tomber dans les pires abus et donner au monde le plus terrible des contre-témoignages. C’est pourquoi Jésus dit aussi : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible ».

En contemplant les souffrances de Jésus, prions pour tous ceux qui souffrent, eux dont la chair éprouvée est le lieu où nous le trouvons en ce monde. Mais ne manquons pas de rentrer en nous-mêmes et de confesser tous nos péchés contre la grâce, toutes les fois où nous avons usé de notre pouvoir pour nous servir nous-mêmes, et non pour servir ceux qui en avaient tant besoin.

Mais ne désespérons jamais, car, si horribles soient les méfaits commis en ce monde, le Seigneur est allé jusqu’au bout et jusqu’en bas pour nous relever de tout abîme. Puis il est monté au plus haut, ressuscité, pour nous sanctifier.

Éditorial de ce dimanche

L’AMOUR PATIENTE, IL SERT, L’AMOUR

Ainsi commence littéralement l’hymne à la charité, ce passage célèbre de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens souvent choisi comme première lecture pour les mariages. Toute la Passion du Seigneur se dit dans ces mots comme dans la parole par laquelle il l’annonçait lui-même : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Avec les autres évangélistes, Luc nous donne donc à entendre le récit des souffrances et de la mort du Christ comme celui d’un sacrifice dont il est lui-même la victime s’offrant librement en accomplissement du dessein d’amour de Dieu qui veut sauver tous les hommes. Mais son attention particulière est de faire apparaître à travers le déroulement même des évènements tragiques leur récompense assurée.

Déjà, il décrit l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem comme sa véritable intronisation par une foule constituée de disciples, écartant de ce fait l’idée d’un malentendu conduisant au retournement du peuple qui basculerait de l’acclamation à la condamnation. Ensuite, il parsème la Passion de notes positives, jusqu’à la présence de « tous ses amis » auprès de la croix en passant par la conversion du « bon larron ».

Cette vision n’enlève rien à la radicalité du don infini du Fils de Dieu qui nous appelle à y répondre par le don total de nous-mêmes, mais elle la colore de la confiance que nous pouvons nourrir en sa miséricorde malgré nos tiédeurs et nos lenteurs. Ne perdons pas espoir du fait de notre misère au regard de sa bonté immense, croyons plutôt qu’il patiente toujours dans son amour inlassable, et hâtons-nous de nous y conformer.