Jeudi saint 18 avril 2019 - La Cène du Seigneur

Nous le ferons et nous le serons

Exode 12,1-8.11-14 - Psaume 115,12-13.15-18 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
Thursday 18 April 2019.
 

Quand Moïse rapporte au peuple les préceptes du Seigneur, celui-ci répond : « Nous le ferons et nous l’entendrons » (en hébreu : na’asèh venishma’, Exode 24,7). Ce verset très célèbre et abondamment commenté signifie que pour comprendre la parole de Dieu, il faut la mettre en pratique. En somme, devenir vraiment disciple implique d’accomplir la volonté du Père alors même qu’elle demeure en partie obscure. C’est pourquoi, si être est sans doute plus important que faire, faire est pourtant premier en un sens, car il faut faire pour être.

Ainsi, l’église faite de pierres est assurément moins précieuse en soi que le corps constitué des disciples, pierres vivantes choisies et consacrées par Dieu. Mais les hommes qui bâtissent les cathédrales sont transformés par cette œuvre avant même de pouvoir y célébrer les mystères du Seigneur. Et le lieu de nos célébrations est un moyen efficace de notre conformation à celui que nous y adorons. Une belle église est comme un moule de sainteté pour les fidèles qui l’emplissent : ils sont unis et transformés par l’écrin en lequel ils reconnaissent une maison de Dieu.

Nous ne savons pas avec certitude où se situait le Cénacle où Jésus a mangé la Pâque à la veille de sa Passion. Mais nous croyons que là et alors il a institué l’Église comme son Corps en ce monde qu’il s’apprêtait à quitter pour passer à son Père. Pour la bâtir et la restaurer sans cesse, il a institué l’Eucharistie et ses ministres, chargés de conduire un peuple tout entier consacré pour annoncer sa parole de grâce à l’univers. Cette parole est en elle-même charité divine, et elle nous appelle à l’amour et au service jusqu’au bout, à la suite du Fils qui donne sa vie pour sauver tous les hommes. Ce qu’est cette charité est si grand que cela nous demeure en partie obscur. Mais l’exemple du lavement des pieds est là pour que nous le suivions. « Faites cela en mémoire de moi », dit le Seigneur : nous le ferons et nous l’entendrons.

Nous sommes surpris par l’immense retentissement de la catastrophe qui vient de frapper Notre-Dame de Paris, et par l’affluence extraordinaire de dons et de promesses pour la reconstruire. Mais ce mouvement reste marqué par une ambigüité fondamentale : les personnes touchées le sont-elles dans leur identité chrétienne, catholique, ou bien seulement nationale, culturelle ? Il serait absurde de vouloir trier dans la masse, d’autant plus que pour n’être pas toujours religieuses, les motivations n’en sont pas moins dignes de notre humanité, et donc fort estimables.

Mais, surtout, il convient d’espérer que pour beaucoup, ce « faire » entraîne un « être » : que nombreux soient ceux dont l’esprit s’ouvrira, en contribuant à une cause artistique, à la réalité mystique dont ce bâtiment est le lieu et le signe magnifique. Or cela dépend largement de nous, de la façon dont nous mettrons à profit ce qui nous meurtrit d’abord comme une épreuve, pour en faire une occasion d’évangélisation. Tout cela, bien sûr, dans le plus profond respect de ce que sont nos contemporains, sans nous faire d’illusions sur eux, mais portés par l’espérance que Dieu donne, et qui ne déçoit pas.

« Faisons la charité », frère et sœurs, et nous deviendrons disciples. Alors nous serons tout amour en celui qui est l’Amour pour toujours.