Vendredi saint 19 avril 2019 - Célébration de la Passion du Seigneur

Quelle est la prière universelle ?

Isaïe 52,13 à 53,12 - Psaume 30,2.6.12-17.25 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
Friday 19 April 2019.
 

Je ne dis pas la prière de référence : c’est le Notre Père que nous prierons ensemble dans un moment avant de communier. Je parle plutôt de la prière panacée. C’est : « Kyrie Eleison ». Qu’y a-t-il donc en effet à demander pour notre monde en proie à toutes sorte de maux, sinon la miséricorde de Dieu ?

« Seigneur, prends pitié » tout court : si j’ajoute « de moi », ne dois-je pas aussitôt demander pour les autres ce que j’espère en ma faveur ? Et si je me prends à porter un regard sévère à l’extérieur, ne suis-je pas immédiatement appelé à compatir plutôt qu’à juger ?

Nous nous confessons souvent de médisances et de critiques sévères. Mais, qui suis-je pour juger ? Pour qui se prend-il, celui qui juge son frère, dit saint Jacques ? Parfois je suis saisi d’une envie de me jeter à terre au pieds du Seigneur, comme lors de la prostration au début de notre célébration, tellement je me sens vain dans mes prétentions au regard de celui qui donne sa vie pour les pécheurs.

Car cette prière se dit toujours au pied de la croix. Même quand ils ne le savent pas, les malheureux qui rencontrent Jésus et le supplient de leur venir en aide s’adressent à celui qui offre sa vie sur le bois du supplice. En effet, nous le savons, tel est le prix de toute grâce. D’ailleurs, certains ne diront-ils pas qu’une juste prière ne doit pas être d’abord supplication mais action de grâces ? Sans doute, mais l’appellation de « Seigneur » est justement en soi une reconnaissance du don de Dieu, surtout quand elle s’adresse à Jésus sur la croix : quelle foi est celle du pauvre qui proclame à cet homme supplicié qu’il est Seigneur !

Nous sommes de tels pauvres, chers frères et sœurs, quand nous vénérons la croix, non pas comme l’instrument du supplice de Jésus, mais comme le trône de son intronisation et l’étendard de sa victoire. En effet, dans cette passion selon saint Jean qui nous est donnée à entendre en ce Vendredi saint, le Christ apparaît plus souverain que jamais. L’évangéliste passe discrètement sur les détails odieux pour mieux souligner le consentement de la création elle-même à son salut : aucun trouble, ni séisme ni éclipse, pas de convulsion au ciel ou sur la terre à la mort du Seigneur de l’Univers, car il sauve.

Oui, dans un moment nous accomplirons de grand cœur la vénération de la croix comme trône et étendard du Roi de l’univers en la saluant d’un baiser d’amour, car nous savons qu’ici éclate la plus haute manifestation de l’Amour. Le sacrifice du Christ est la prière parfaite qui obtient de Dieu le salut de tous et de tout.

Au fond, donc, la véritable prière universelle, c’est la croix de Jésus. C’est Jésus lui-même, le Fils et parfait Adorateur du Père qui s’offre à lui pour tous les pécheurs appelés à la vie éternelle.