Nuit de Pâques 20/21 avril 2019 - La Résurrection du Seigneur - Année C - Baptême, confirmation et première communion d’un adulte

Regardez devant !

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-2.16-17.22-23 - Luc 24,1-12
dimanche 21 avril 2019.
 

Les anges semblent l’enjoindre aux saintes femmes en cette nuit. Elles baissaient la tête vers la terre, dit l’évangile. Bientôt d’autres messagers de Dieu, ou peut-être les mêmes, demanderont aux Apôtres : « Pourquoi regardez-vous vers le ciel ? » Ni vers le bas ni vers le haut, qui cherche Jésus ressuscité doit tournez les yeux vers l’avant.

De cela, l’Écriture témoigne depuis le commencement. Vous avez entendu ce merveilleux premier chapitre de la Genèse, sublime poème de la création. Mais il se termine étrangement au 7ème jour. Nous imaginons volontiers un Dieu content de lui-même prendre le temps de contempler son grand œuvre. Mais, à bien regarder le texte, il arrive du plus inquiétant. Deux verbes hébreux sont ici répétés en l’espace de trois versets, « Shabah » et « Kalah », qui ont tous deux le sens d’achever, finir. En fait, il s’agit d’un arrêt de la création qui indique en filigrane l’irruption du mal métaphysique : l’ennemi, vient s’opposer au Tout-Puissant et le « mystère de l’iniquité », comme dira saint Paul, se Devine. Ainsi ce septième jour que Dieu consacre est-il la prophétie du grand Shabbat, le jour où « Dieu est mort ». Mais, nous le savons, l’heure de ténèbres n’a pas empêché le Saint de l’emporter sur le décréateur.

Après le mur du mal, c’est le mur de la mort qui se dresse devant Abraham dans la deuxième lecture. Il lève les yeux vers le mont Moriah (« Dieu a vu, Dieu est vu ») , puis il baisse le regard vers le fils pour l’immoler mais Dieu lui relève la tête et le confirme dans son intuition que la promesse avait pourtant un avenir.

Puis, troisième lecture, Dieu fait passer au peuple la mer (pour le peuple biblique, c’est la mort, d’ailleurs les Égyptiens en font l’expérience) en une renaissance symbolique à travers les eaux. Il criait vers le ciel son angoisse et sa colère, il baissait le regard vers la terre d’esclavage dont il devait sortir, mais le Très-haut les a mis en route vers un avenir.

À la quatrième lecture, Isaïe 54, le Passeur est révélé : c’est l’Amour qui est Dieu et ne périra jamais. Puis, en Isaïe 55, l’aliment du voyageur est indiqué : c’est la Parole qui rend fort celui qui l’écoute et la garde afin de la mettre en pratique. Or, la Parole, c’est le Christ. Baruch, en sixième lecture, appelle à marcher en indiquant la lumière du chemin : la loi du Seigneur. Et la Loi, qui est d’amour, c’est le Christ. Enfin, au livre d’Ézéchiel, se révèle la puissance à l’œuvre dans ce mouvement de retour au Créateur : l’Esprit qui est promis non seulement pour régénérer ce qui était corrompu, mais encore pour diviniser ceux qui étaient perdus.

Le Nouveau Testament proclame avec force dans la clarté du Christ ce qui était mystérieusement prophétisé avec constance en la première Alliance : à ce monde qui allait à sa perte et au néant, incapable de franchir par lui-même l’écran noir de la mort, Dieu ouvre un avenir et invite à y entrer.

Stevie, c’est cette vocation qui s’accomplit en vous quand vous recevez cette nuit le baptême comme une nouvelle naissance pour une vie sans fin, la confirmation dans l’Esprit qui fait toute chose nouvelle et l’Eucharistie, le pain des forts où se trouve la communion avec le Seigneur dans l’Église.

Désormais, vous ne pouvez plus baisser la tête comme les païens qui se résignent au destin, ni la rejeter en arrière à la façon de ces religions de fuite où la promesse est d’avoir part au néant qui libère du présent. Pour vous, désormais, le but est devant. Avec toute l’Église, vous êtes chargé dans le Christ de conduire ce monde au Père dont il procède. Frères et sœurs, nous sommes responsables de l’univers, avec la puissance de l’Esprit Saint.

Le mal qui est venu dans le monde, l’homme ne peut le regarder en face : il baisse les yeux, dominé et dompté par lui, et s’attache à la terre d’où il vient et où il retournera ; ou bien il gémit vers le ciel, non sans être entendu, d’ailleurs. Mais avec le Ressuscité, nous pouvons lui faire face. Et surtout, nous regardons chaque homme au-delà de sa misère de péché et de faiblesse pour voir en lui le Christ en personne qui le sauve et l’appelle à la Vie.

Confiance, frères et sœurs, le Christ ressuscité nous accompagne comme il l’a promis sur ce chemin dont il est le terme : regardons devant en marchant courageusement vers ce grand Amour qui nous attend à la fin des temps.