Dimanche 21 avril 2019 - Jour de Pâques - La Résurrection du Seigneur

Jésus n’a pas cessé de manquer

Actes 10,34a.37-43 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - 1 Corinthiens 5,6-8 - Jean 20,1-9
Sunday 21 April 2019.
 

Ressuscité, il n’a pourtant pas cessé de manquer aux siens : leur apparaissant peu et fugitivement, il s’est dérobé aux tentatives de le saisir et de le retenir, comme lors de la rencontre avec Marie-Madeleine. Les siens n’ont pu tomber dans ses bras comme ils l’auraient sans doute souhaité. Bientôt il montera au ciel et sera « désormais séparé des pécheurs », selon l’expression de la lettre aux Hébreux. Depuis, il ne cesse pas de manquer au monde : son corps disparu du tombeau, beaucoup le cherchent encore, mais personne ne l’a jamais trouvé.

Le seul signe de son retour à la vie est un tombeau vide, c’est-à-dire rien. Les linges qui s’y trouvent encore sont « à plat » : ils redoublent le signe du vide et du rien. Les modalités de sa présence continuée « jusqu’à la fin du monde », selon sa promesse, ne sont pas rien, mais elles ne comblent pas le manque, celui que ressentent les personnes privées d’un proche très chéri, en dépit même de leur foi ferme et fervente.

Nous sommes des êtres de désir en ce monde, et la résurrection du Seigneur ne nous arrache pas à cette condition. Au contraire, elle nous dissuade de chercher ici-bas la satisfaction totale de nos attentes les plus profondes. Cette avidité qui nous tourmente, avec l’envie, l’orgueil, la vanité, l’égoïsme et les autres façons de vouloir remplir et retenir notre vie terrestre, sont des pathologies du désir.

Le mal s’efforce de pervertir le meilleur, et l’aspiration à ce que nous ne savons pas nommer ni trouver dans l’expérience sensible est bien de l’ordre du meilleur en nous : notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Dieu.

Jésus n’éteint pas par les eaux du baptême cette soif radicale où nous souffrons les tentations de l’ennemi, mais il nous guérit par la foi et le don de l’Esprit Saint. Il ne nous épargne pas les souffrances des hommes ni les coups qui frappent les mortels, mais il nous montre le chemin pour les vivre dans l’espérance que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en lui.

Cette nuit, la croix est venue se planter en pleine célébration de la résurrection pour des chrétiens du Sri Lanka frappés par une fureur homicide. De cette abomination, les motivations prétendues religieuses sont au fond plutôt la xénophobie et le nationalisme. Ces deux pestes jumelles ravagent le monde depuis toujours, mais elles prennent aujourd’hui un tour sans doute plus inquiétant que jamais. Que le Ressuscité garde les chrétiens de tomber dans ces funestes égarements par imitation de leurs persécuteurs.

Moins tragique mais plus proche de nous, l’incendie de Notre-Dame a touché tout le monde. Mais l’unanimité de l’émotion a bientôt laissé place à la querelle des interprétations et aux accusations mutuelles de récupération. Catholiques, soyons attentifs à donner le témoignage d’un courage de vivre le manque de notre chère cathédrale qui tourne le regard de beaucoup vers Celui que nous célébrons aujourd’hui comme le Sauveur du monde.

C’est de la foi des hommes que manque Jésus, lui qui est venu donner sa vie pour eux ici-bas, et qui est ressuscité afin de les accueillir pour toujours en son Amour.