Dimanche 28 avril 2019 - Deuxième dimanche de Pâques et de la divine Miséricorde Année C

Vous êtes ravissante !

Actes 5,12-16 - Psaume 117,1-4.22-27.29 - Apocalypse 1,9-11a.12-13.17-19 - Jean 20,19-31
Sunday 28 April 2019.
 

Les servantes de l’assemblée pourraient prendre cette déclaration pour elles, si seulement elles étaient là. Mais, en ce plein milieu des vacances scolaires, elles ne brillent que par leur absence. Au-delà du compliment galant, ce joli mot suggère un évènement assez violent, car « ravir » signifie « s’emparer de », par force ou par surprise, comme on le voit dans le mot moins agréable de « ravisseur ». Mais cela ne nous inquiète pas quand nous réfléchissons à la manière dont la foi est ravissante.

Jésus dit à Thomas : « Cesse d’être incrédule, sois croyant. » Aussitôt l’Apôtre est saisi, si l’on en juge par l’aveu que lui arrache ce renversement soudain : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Plus littéralement, le Christ ordonne : « Deviens non incroyant mais croyant. » Car le verbe guinomai, variante de guignomai, signifie d’abord « devenir, naître ». Le passage à la foi est une véritable nouvelle naissance : c’est bien ce que nous avons proclamé et célébré à Pâques, en particulier lors du baptême de Stevie au cours de la Vigile. Or, la naissance est certes un évènement violent, pour la mère comme pour l’enfant qui lui est, si l’on peut dire, ravi par la vie qui l’appelle au-dehors.

La foi n’est pas au bout de nos recherches ni de nos efforts : de nous-mêmes, nous ne pouvons que lui résister, lui opposant le refus même du diable qui nous domine tant que nous ne sommes pas libérés par elle. La foi est un acte de puissance de Dieu par la grâce et la victoire du Christ en son sacrifice de la croix, un acte définitif réalisé au baptême de chacun. Mais l’incrédulité ne désarme pas par la suite en nous, puisque le diable ne laisse jamais de nous éprouver C’est pourquoi la foi reste, plus qu’un acquis, le don toujours nouveau de la Miséricorde divine.

Est-ce à dire que nous n’aurions pas à faire l’effort de la chercher ? Au contraire, il est toujours nécessaire que nous coopérions à la grâce. Nous savons bien que tomber amoureux ne dépend pas seulement des charmes de l’être à aimer, mais aussi largement des dispositions de celui qui pourrait être ravi. Ainsi, l’on voit des adolescents « amoureux de l’amour », prêts à s’enflammer à la vue de la première personne attirante. En revanche, le mari aimant et fidèle, et résolu à le rester, se rend inaccessible aux sollicitations les plus tentantes.

De même, l’incroyant attaché à ses péchés et à leurs bénéfices secondaires reste si bien ligoté par Satan, ses pompes et ses œuvres que les véritables et profondes séductions de la foi le laissent de marbre. C’est pourquoi la profession de foi du baptême commence par la renonciation à ces liens qui nous enchaînent au mal et à l’incrédulité, ce que suggère aussi la formule étonnante de Jésus : « Cesse d’être incrédule, deviens croyant ! »

La nécessité d’avoir à se détacher de ce qui nous retient d’être « enlevé » par le Ressuscité est le côté sombre d’un événement dont la face lumineuse est un ravissement d’amour. N’allons donc pas tomber dans l’avarice de la foi qui se défend de ses doutes comme un tuteur jaloux multiplie les verrous sous lesquels il détient injustement sa pupille. Disposons-nous plutôt à laisser le Seigneur doux et humble de cœur nous arracher à la tristesse du péché et de l’incrédulité, pour nous emporter dans la joie de la sainteté.

La foi est un ravissement pour qui ouvre les yeux sur l’amour de Dieu manifesté dans le Christ, le Juste livré pour le salut de ceux qui gémissaient dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Telle est l’expérience de Thomas devant les plaies du Seigneur, telle est la divine Miséricorde que nous fêtons aujourd’hui.

La foi est ravissante, frères et sœurs, elle est belle et délicieuse : disons-le par toute notre vie fidèle d’amoureux de sa Lumière chargés de la faire briller aux yeux de tous en ce monde.