Dimanche 12 mai 2019 - Quatrième dimanche de Pâques - Année C

Je veux être bien guidé ou L’Église est un voyage organisé

Actes 13,14.43-52 - Psaume 99,1-2.3.5 - Apocalypse 7,9.14b-17 - Jean 10,27-30
Sunday 12 May 2019.
 

C’est le roi qui dit « Je veux », et le client est roi. J’envisage donc un voyage organisé. Cette formule présente du pour et du contre. D’un côté, le confort, la sécurité et l’assurance de pouvoir profiter pleinement des visites. De l’autre, la nécessité de supporter des compagnons qu’on n’a pas choisis et celle de s’inscrire dans un programme contraignant alors qu’on voudrait souvent vaquer en liberté. Mais les défauts n’en sont parfois pas. Ainsi, les autres, ce n’est pas toujours l’enfer. Par exemple, « faire le Tadjikistan » peut sembler peu emballant, mais pour le plaisir d’un séjour en compagnie de chers amis, on courra quand même l’aventure.

Vous l’avez peut-être deviné, mon propos est de voir en L’Église un voyage organisé. Quelles sont nos motivations et nos préventions, à nous qui sommes embarqués dans cette organisation ? Les compagnons de route sont-ils des amis avec qui nous sommes heureux de tout partager ou des importuns qui nous sont imposés à notre corps défendant ? Les activités nous plaisent-elles ou les subissons-nous comme des contraintes désagréables ? Et, surtout, sommes-nous motivés par le parcours et la destination ou les trouvons-nous sans grand intérêt ?

Ici, il s’impose de nous rappeler que le Christ est lui-même le Chemin, que les disciples ensemble constituent l’Église, son corps, et que la destination n’est autre que le Père éternel. À notre époque marquée par un individualisme ambiant hégémonique, nous ne savons plus que notre humanité n’est pas seulement personnelle, mais aussi sociale et culturelle. Nous ignorons ce qu’est la société : nous la prenons pour une administration chargée de nous fournir les prestations auxquelles nous avons droit, alors qu’elle se réalise dans toutes les formes d’associations constitutives de nos êtres, depuis la famille jusqu’à l’humanité entière, en passant par tous les niveaux d’organisation, notamment celui de la patrie. Nous ne savons plus ce qu’est la culture : nous la prenons pour le volet le plus convenable de nos loisirs, souvent cher ou fastidieux, alors qu’elle nous constitue comme êtres de langage et d’histoire, dans une communauté de destin.

C’est vrai pour l’Église d’une manière excellente puisqu’elle réalise le signe, le moyen et les prémices d’une humanité sauvée et menée à sa perfection par le Dieu et Seigneur de tous, le Berger de toute humanité. C’est pourquoi nous devons être exemplaires. Lorsque nous ne le sommes pas, lorsque même nous devenons un contre-exemple, c’est une catastrophe pour tous. L’obligation de se conduire en modèles du troupeau n’incombe pas seulement aux guides que le Christ donne à son peuple, mais à toutes les brebis.

Chacune, en effet, loin de perdre son autonomie légitime en étant agrégée à l’ensemble, en tire le droit et le devoir ardent de prendre toute sa place dans le corps, avec son génie propre, ses charisme et l’exercice prudent d’un esprit critique inspiré de celui du Seigneur. Il est en effet notre modèle, lui en qui nous sommes roi, l’Agneau parfait de son Père. Jésus n’a pas cessé de chercher avec courage et résolution à connaître sa volonté et à l’accomplir, y compris lorsque vint l’heure des ténèbres et que le chemin à prendre fut celui de la croix. Il garda sa parfaite confiance à celui qu’il avait prié tant de fois avec les mots du Psaume : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. »

Je veux être bien guidé : c’est une décision de ma liberté en réponse à celle de Dieu qui m’a choisi pour être sauvé en faisant partie de son troupeau, le peuple qu’il conduit. Lorsque nous décidons de l’accepter vraiment comme notre Pasteur personnel, nous ne faisons que consentir à la grâce qui nous est faite et que nous partageons avec d’autres que nous n’avons pas choisis, mais que Dieu a aimés tout comme nous. Si j’ai voulu devenir prêtre, c’était sans doute aussi pour devenir guide du troupeau : une ambition qui comporte certes une tentation, mais que le Seigneur ne repousse pas car il sait la purifier et la faire servir au bien commun. Il nous apprend à placer notre espérance en lieu sûr : « réjouissez-vous, dit-il, de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux ! »

Voilà la destination de ce voyage qu’il nous est donné d’accomplir ensemble, en corps organisé pour que chacun puisse recevoir en temps voulu les biens du salut qui lui sont nécessaires. Et nous rendons grâce pour la vie éternelle commencée en ce temps de labeur et de tribulations où nous goûtons déjà la béatitude promise. Au terme, par la puissance de l’Esprit vivifiant, nous serons parfaitement un dans le Christ, lui qui est UN avec le Père depuis toujours et pour toujours.