Jeudi 30 mai 2019 - L’Ascension du Seigneur Année C

Partir à l’aventure et savoir où l’on va, est-ce possible ?

Actes 1,1-11 - Psaume 46,2-6.6-9 - Hébreux 9,24-28 et 10,19-23 - Luc 24,46-53
Thursday 30 May 2019.
 

L’association de ces deux termes semble un peu contradictoire. En effet, il n’est pas d’aventure sans la glorieuse incertitude de ce qui peut arriver, pas de recherche authentique qui sache d’avance ce qu’elle doit trouver. Pourtant, les Apôtres, au jour de l’Ascension, reçoivent précisément ce double cadeau de l’envoi en mission et de la vision de leur destination. Pourquoi, sinon, seraient-ils dans la joie en ayant vu le Seigneur s’élever dans les cieux ?

Quand Jésus monte à leurs yeux, il leur montre ce qui leur est promis. Au cours de la Cène, il leur avait parlé de son passage vers le Père, notamment en réponse à Thomas qui s’étonnait : « Nous ne savons même pas où tu vas, comment saurions-nous le chemin ? » Maintenant, ils le savent et c’est pour eux un premier motif de grande joie.

Nous pourrions penser que la séparation d’avec le Christ devrait leur causer de la peine. Mais la séparation a déjà eu lieu en ce sombre vendredi de la mort sur la croix. Quant aux apparitions, elles gardent toujours un aspect de frustration : à peine manifesté, le Seigneur leur échappe, comme cela arrive aux disciples d’Emmaüs. Mais c’est donc pour mieux fonder leur espérance de le retrouver à cette place qu’il part leur préparer, ainsi que pour inaugurer la modalité de sa présence continuée en attendant.

C’est pourquoi ils se réjouissent. En même temps ils reçoivent leur feuille de route pour l’évangélisation : ils seront témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Et, certes, c’est une aventure qui s’annonce. Saint Paul, bientôt adjoint aux Apôtres bien qu’il ne soit pas présent avec eux à l’Ascension, l’illustrera pourtant à merveille, avec ses souffrances et ses tribulations, mais aussi dans l’immense enthousiasme de l’Évangile. Ainsi, ce deuxième aspect de l’Ascension est également une raison de partir et de laisser partir Jésus dans la joie !

Nous aussi, comme les disciples des premiers temps, nous vivons ces deux dimensions de la fête d’aujourd’hui. D’ailleurs, non seulement le temps liturgique jusqu’à la Pentecôte, mais encore chaque Eucharistie présente ce caractère de moment de grâce pour contempler le Christ arrivé dans la gloire de son Père, et pour se préparer à recevoir la mission de le faire connaître à tous les hommes. « Ite missa est », disait-on en latin à la fin de la « messe », « Allez c’est l’envoi ! ». Et nous allons dans la paix du Christ, non d’une tranquillité à la manière du monde, mais de la profonde certitude que lui seul peut donner, apaisante même dans les épreuves, que l’amour est vainqueur pour toujours.

Accueillons donc de bon cœur aujourd’hui la double joie de voir le ciel s’annoncer pour nous et de recevoir une mission exaltante pour notre vie sur la terre. Car ce n’est pas seulement pour nous-mêmes, mais pour toute la Création que Jésus s’est établi avec son humanité en pleine gloire de son Père, par la puissance et dans la communion de l’Esprit Saint.