Dimanche 2 juin 2019 - Septième dimanche de Pâques - Année C

Prenons la fête au sérieux !

Actes 7,55-60 - Psaume 96,1-2.6-7.9 - Apocalypse 22,12-14.16-20 - Jean 17,20-26
dimanche 2 juin 2019.
 

Mais un fêtard peut-il être sérieux ? S’amuser ou travailler, ne faut-il pas choisir ? D’ailleurs, l’étymologie latine nous renvoie à « jour de fête », par opposition au jour travaillé : il s’agit bien de séparer les deux types d’activité ! Dans la suite monotone des journées de labeurs s’insèrent des temps de célébration religieuse où l’on se rassemble pour manifester dans la joie la bonté de la vie partagée : tous mangent, boivent, chantent et danse avec un plaisir qui s’accroît d’être éprouvé en communion.

Plus précisément encore, le Shabbat d’Israël se définit comme le jour où il est interdit de travailler. Mais le Shabbat est-il une fête ? D’ailleurs, le Christ critique cette interprétation principale en rétorquant : « Jusqu’à aujourd’hui mon Père est à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre ». En revanche, il observe sans réserve les trois grandes fêtes de pèlerinage, Pâque, Pentecôte et Soukkôt, et ce depuis son enfance, comme nous le voyons lorsqu’à l’une de ces occasions il reste trois jours à Jérusalem, prophétisant ainsi sa mort et sa résurrection dans la ville sainte.

L’évangile de ce dimanche nous situe à ce moment : à la veille de souffrir, le Christ prononce notamment cette grande prière dite « sacerdotale » que nous rapporte le chapitre 17 de saint Jean. Elle fait partie de ces textes que nous percevons comme intemporels, voire éthérés, trop difficiles à comprendre et, de toute façon, très loin de nos préoccupations habituelles. En particulier, nous ne voyons pas pourquoi Jésus parle de « la gloire » que le Père lui a donnée et qu’il a donnée à ses disciples. Or, Grégoire de Nysse - un Père de l’Église - nous offre une clef en déclarant qu’ici il faut comprendre « la gloire » comme signifiant l’Esprit Saint. Nous avons vu il y a quinze jours (le 5ème dimanche de Pâques) que dans les chapitres précédents Jésus employait ce mot au sujet de son obéissance parfaite. Nous comprenons mieux maintenant : il s’agit de cette communion d’amour entre le Père et Fils, personnifiée par l’Esprit Saint, qui constitue leur unité, et donc l’unité que Dieu veut nous donner, entre nous et avec lui. En effet, l’Esprit qui fait toutes choses nouvelles est l’unité du Père et du Fils dans laquelle il nous accueille.

L’aspiration humaine universelle à l’unité de tous en symbiose avec la Création entière, attestée dans le sens de la fête en général, est ici reconnue et consacrée. Ce but idéal de toute société humaine, Jésus l’atteint pour l’humanité au prix du « labeur » de sa passion dans sa résurrection et dans l’évangélisation. À la veille de souffrir, il prie précisément pour ceux qu’il a rassemblés autour de lui et déjà envoyés en mission afin qu’ils témoignent de lui auprès de beaucoup d’autres : « ceux qui croient en lui à cause de leur paroles ». En effet, la traduction change en futur ce qui dans le texte grec est bien un présent : « ceux qui croient » et non « ceux qui croiront », même si ces derniers ne sont pas exclus : les disciples de tous les temps à venir sont certes aussi visés dans la prière du Seigneur.

Jésus a travaillé à rassembler ce groupe comme Dieu s’est employé, depuis le début de l’Alliance avec Abraham, à construire et maintenir l’unité d’Israël par la communion avec lui-même. Il travaille encore maintenant avec nous pour nous établir dans l’unité divine, nous qui sommes précisément rassemblés pour cette messe. De là notre joie de cette célébration, et notre enthousiasme qui monte en nous pour en repartir plus forts et plus résolus à témoigner de cet amour au monde, afin qu’il croie et soit sauvé.

Oui, nous contemplons la gloire du Christ dans notre action de grâce, et cette contemplation nous fait ardente obligation de l’annoncer autour de nous. « Gloire », en hébreux, signifie « poids », et ce qui a du poids est grave. C’est pourquoi nous devons considérer la fête des fêtes, Pâques, dans toute sa gravité. Vous savez que Pâques se fête pendant 7 dimanche plus celui de la Pentecôte, et même au long de ces cinquante jours. Mais aussi chaque dimanche, jour de la résurrection du Seigneur. Et donc chaque jour, en fait, si l’Eucharistie qui rassemble « les baptisés dans la mort et la résurrection du Seigneur » y rayonne du grand désir de l’unité pour laquelle Jésus a prié à la veille de sa passion : unité de tous les disciples dans la foi pure de l’Église, dans l’espérance ardente de la venue du Seigneur en gloire, et dans l’amour fraternel qui nous met de tout cœur au service les uns des autres

Prenons donc au sérieux chaque jour de notre existence marquée au sceau de cette fête pascale, et que même la gravité des épreuves qui peuvent nous frapper n’assombrisse pas la joie du salut promis à toute la Création. En effet, nous en sommes les témoins comme les heureux bénéficiaires, à la gloire de Dieu !