Dimanche 23 juin 2019 - Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Année C

Les gens sont gentils

Genèse 14,18-20 - Psaume 109,1-4 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Luc 9,11b-17
dimanche 23 juin 2019.
 

Les gens sont gentils, me disait une dame l’autre jour. Dans le métro, la rue, les magasins, nombreux sont ceux qui manifestent de la sympathie, de la compréhension et des attentions aimables. C’est touchant, il est vrai.

Mais les gens sont méchants, c’est bien connu. Faites attention, prévient-on amicalement, à ce que vous dites ou faites : ce sera toujours interprété en mauvaise part. La médisance, en effet, demeure le sport le plus pratiqué à tout âge et dans tous les milieux.

Faut-il en déduire que les uns sont gentils et les autres méchants ? Nous en sommes tentés, certes, et de classer nos connaissances en fréquentables et non fréquentables, sympas et spéciaux, bien ou mal, en somme.

Pourtant, à la vérité, tout dépend de l’humeur, des circonstances et des conditions : qui de nous n’est pas gentil ou méchant tour à tour selon la situation et ses dispositions du moment ?

Par exemple, dans une classe, lorsque l’ambiance est excellente, tout le monde s’en trouve mieux. Les élèves en difficulté bénéficient quand même des cours, ceux qui caracolent en tête tirent tout le monde vers le haut et le professeur se félicite de pouvoir s’employer à enseigner plutôt qu’à se débattre au milieu des trublions. Au fond, chacun désire découvrir et apprendre au lieu de perdre son temps dans un mauvais climat.

Ou encore, pensez aux multiples propositions de thérapies s’appuyant sur l’effet de groupe : chacun guérit plus sûrement et rapidement lorsque tous se serrent les coudes. D’ailleurs, il suffit de se retrouver accueilli avec bienveillance dans une sorte d’équipe pour aller déjà beaucoup mieux.

Enfin, un repas pris en commun, de famille, de fête ou de collaborateurs soudés, est un bon moment : chacun y participe du meilleur appétit et la convivialité profite à tous.

Ainsi Jésus enseigne, nourrit et guérit en rassemblant. Nous venons de l’entendre : il parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin. Puis il les nourrit de sorte que « tous furent rassasiés ».

Cela, il l’accomplit à plusieurs reprises dans les évangiles, et aujourd’hui encore dans chaque Eucharistie. À la messe, nous sommes enseignés, guéris et nourris : tout cela en étant rassemblés, de plus en plus étroitement au fil de la célébration.

N’allons donc pas oublier le plus important dans le saint Sacrement du corps et du Sang du Seigneur que nous fêtons aujourd’hui. Le rassemblement des fidèles est même le but ultime de l’œuvre de salut du Seigneur : le signe du pain unique partagé par tous représente le corps des fidèles unis dans le Fils par la puissance de l’Esprit et annonce le jour où Dieu sera tout en tous. Dans le sacrement de l’Eucharistie, le rassemblement englobe les trois aspects : enseignement par la Parole, guérison et pardon, partage de la nourriture de vie éternelle ; un peu comme leur divinité commune englobe les trois personnes de la Sainte-Trinité.

Alors n’allons pas négliger le plus important en sous-estimant la nécessité de nous rapprocher les uns des autres pour vivre unis dans une vraie charité. Reconnaissons qu’à la messe, le voisin de banc est membre du même corps du Christ. Et que l’inconnu dans la rue a vocation à devenir un compagnon d’éternité !

Que sont les chrétiens en effet, sinon des « gentils convertis ». Pour accomplir son dessein d’amour envers toute l’humanité, Dieu a choisi Israël, un peuple entre tous, une nation parmi les nations. En latin, nation se dit « gens », pluriel « gentes » qui donne « gens » en français. Ce mot a fini par désigner les païens, ceux qui ne sont pas du peuple élu. Mais, en ce sens, « les gens sont gentils » est un pléonasme. Et « les gens sont méchants » une évidence : sans la guérison obtenue par la grâce du sacrifice du Christ, nous sommes tous livrés à l’influence du mauvais qui veut nous garder éloignés de Dieu, divisés entre nous et en nous-mêmes, comme le signifie le mot de « diable, « diabolos » en grec, celui qui sépare.

Le sacrement de l’Eucharistie rassemble, instruit, guérit et nourrit les baptisés afin de les transformer en ce qu’ils y reçoivent : il leur donne la force et l’amour du Seigneur en faveur de tous les humains, car il veut les rassembler en lui pour l’éternité.

Les gens sont plus ou moins gentils, mais ils sont tous aimés de Dieu en son Fils. Notre vocation est de le leur annoncer afin qu’ils soient sauvés avec nous, et que nous nous retrouvions tous ensemble dans la béatitude du Règne pour l’éternité. Voilà ce que signifie et réalise le saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ.