Dimanche 7 juillet 2019 à Briançon - 14e Dimanche Année C

Satan, parlons-en sérieusement

Isaïe 66,10-14 - Psaume 65,1-7.16.20 - Galates 6,14-18 - Luc 10,1-12.17-20
Sunday 7 July 2019.
 

Pourquoi ? D’abord parce que pour le Seigneur, visiblement, ce n’est pas une plaisanterie. Ensuite, parce que la mention qu’il en fait dans l’évangile d’aujourd’hui en est la clé de compréhension. Jouer avec les représentations farcesques du diable, se prétendre son adepte ou nier son existence, ce n’est pas sérieux. Mais la présentation du retour de mission des 72 est-elle sérieuse ? Ils reviennent tout contents, sans traces de persécutions, ravis de leurs succès en toute matière : c’est quand même étonnant, on dirait un rêve. Ils avaient de la chance en ce temps-là ! Quand même, la déclaration de Jésus, « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair », nous intrigue et nous inquiète. Il était donc au ciel ? Qu’y faisait-il ? Et s’il tombe sur la terre, ce n’est pas une bonne nouvelle pour nous !

Rappelons-nous que, dans le livre de Job, c’est ainsi que se nomme le personnage qui dialogue avec Dieu au sujet du saint homme pour mettre en doute le caractère désintéressé de son intégrité. Il porte bien son nom qui signifie en hébreu « accusateur ». Cet ennemi obtient la possibilité de tourmenter le juste de toutes les manières, mais en vain puisque jusqu’au bout Job restera inébranlable dans sa piété. Et pourtant, il ne se sent pas coupable, c’est pourquoi il demande à Dieu avec insistance la raison de son infortune.

La culpabilité, comme la douleur, signale le mal. Habituellement, cet avertissement est salutaire : il nous porte à faire cesser ce qui le cause. Mais nous ne l’écoutons pas toujours comme il faudrait. Des sportifs ou des passionnés poursuivent l’effort au-delà du raisonnable, par exemple à coups de produits dopants, au prix de conséquences graves pour leur organisme. De même, pour écarter la gêne de la culpabilité sans remédier au mal, les hommes usent du déni de réalité et d’une sorte de dopage : l’ivresse des satisfactions extrêmes procurées par leur inconduite. Ils anesthésient en eux la douleur de leur méfaits, au prix de conséquences graves pour leur âme.

Le mal est toujours un cercle vicieux : plus je le commets et plus je m’y adonne. Toutefois, dans cet état tragique, nous ne sommes pas abandonnés de Dieu, c’est pourquoi le malheur et les crimes ne submergent pas l’humanité. Plus étonnant encore que le monceau d’injustices dont le monde est plein, est tout le bien que néanmoins il s’y fait. Il faut s’émerveiller de ce que tant de personnes de bonne volonté s’emploient à soigner leurs semblables atteints dans leur corps ou leur âme.

« Soignez ceux qui ont des maux », c’est littéralement, en grec, ce que la traduction liturgique rend par : « Guérissez les malades ». N’allons pas imaginer les disciples du temps de Jésus comme des surhumains invulnérables et capables de mettre fin d’un geste à toute maladie ou misère de leurs contemporains. Pour eux-mêmes comme pour ceux qui les écoutent, il n’y a pas de garantie contre « les coups qui frappent les mortels ». Si justes soient-ils, comme Job, ils ne seront pas épargnés par les persécutions ni par les maux du corps. La panacée dont ils disposaient, aussi bien que nous maintenant, était l’Évangile de la grâce : cette certitude de foi que Dieu ne voulait pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse.

Nous avons en plus la pleine connaissance du prix inouï de cette grâce : la vie du Fils de Dieu offerte sur la croix. Désormais il n’est plus de place pour aucun accusateur de nos frères auprès de Dieu : le Défenseur qui siège à sa droite, le Christ, est inébranlable, et « son sang parle plus fort que celui d’Abel ». L’autre Paraclet qu’il nous envoie sur la terre, l’Esprit Saint, est plus puissant que les démons. Grâce à lui, nous pouvons déposer les armes devant Dieu, sûrs d’être traités, non comme les ennemis que nous étions, mais comme des enfants qui étaient perdus et que le Berger a fait revenir de l’enfer. Telle est la paix qu’il nous donne : paix en nous-mêmes et entre nous, paix que nous pouvons annoncer aux hommes avec l’offre du pardon des péchés.

Rien de magique, donc, dans l’efficacité des envoyés du Seigneur, mais une puissance spirituelle incomparable. La Parole qu’ils annoncent est le seul remède qu’ils appliquent et son efficacité est décisive. Désormais délivrés de la crainte du châtiment, nous pouvons en vérité reconnaître nos faiblesses et nos péchés les uns devant les autres. Alors Satan est vaincu. Alors nous devenons libres de nous adonner sans réserve à l’activité de l’amour qui est de nous soigner les uns les autres. Seulement ainsi le mal recule dans notre monde, à mesure que l’annonce de la miséricorde y est accueillie.