Dimanche 14 juillet 2019 à Briançon - 15e Dimanche Année C

L’Auvergnat était-il d’origine samaritaine ?

Deutéronome 30,10-14 - Psaume 18,8-11 - Colossiens 1,15-20 - Luc 10,25-37
Sunday 14 July 2019.
 

Dans la célèbre chanson de Georges Brassens, il est le premier des trois personnages loués pour leur petit geste de bonté en faveur du miséreux, c’est pourquoi il lui donne son titre. Pourtant le véritable héros du texte n’est aucun d’eux, mais bien le narrateur qui magnifie en son souvenir l’extrême douceur d’une infime consolation reçue dans la détresse. Anti-héros, plutôt, tant il apparaît comme un homme sans qualités ni mérites, et même sans doute n’ayant pas gardé l’honnêteté dans la pauvreté, c’est du moins ce que suggère la troisième strophe.

Mais par trois fois ce pauvre diable se métamorphose en intercesseur magnifique : comment douter que sa naïve prière ne soit irrésistible au cœur de celui qu’il évoque comme « le Père éternel » ? Ainsi, par un retournement qui nous émeut profondément, le misérable se fait le sauveur de ceux qui l’ont aidé si peu que ce fut au temps de ses souffrances.

Quoi que rarement aperçu, un tel renversement se révèle dans l’évangile du bon Samaritain. Nous nous focalisons sur la figure du bienfaiteur qui donne son titre au texte d’autant plus que l’homme à moitié mort demeure entièrement muet. Or, la question de Jésus, en réponse à celle du légiste « Et qui est mon prochain ? », est : « Qui a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Donc, avant de prôner la pratique des bonnes œuvres, le Seigneur renvoie son interlocuteur à la nécessité pour chacun d’aimer celui qui l’a sauvé. Le légiste voulait « cocher toutes les cases », mais Jésus insiste en premier lieu sur l’attitude d’humilité et de foi qui consiste à se reconnaître dans l’homme « tombé aux mains des bandits » puisque nous sommes « de pauvres pécheurs », et à reconnaître Jésus comme le sauveur dont nous avons absolument besoin.

Celui qui s’est retrouvé dans la pire des misère, expirant lentement sur la croix et réduit au silence de la mort, est le Sauveur de tous. Ainsi coïncident finalement les deux figures de la parabole, l’homme dépouillé et massacré, et l’étranger miséricordieux. Les Pères de l’Église l’ont bien remarqué et les artistes inspirés l’ont abondamment documenté. Brassens en est un : il avait bien lu l’évangile, sa chanson le montre et nous renvoie au divin modèle, lui qui sut rester parfaitement fidèle et juste même lorsqu’il fut arrêté, jugé, condamné et exécuté par ceux pour qui aussi il donnait sa vie.

L’amour est un. Le Fils éternel est venu coïncider par amour avec l’homme tombé au pouvoir de l’Ennemi, devenant ainsi l’alter ego de chaque pécheur et son sauveur. Dans cet acte inouï de bonté et de puissance, il n’est pas sans coïncider avec son Père éternel avec qui il partage une seule et même volonté d’amour pour ce monde perdu, comme avec l’Esprit. Tout homme qui aime Dieu son sauveur aime de même chacun de ceux pour qui aussi le Christ est mort.

Tous nos actes, même minuscules, de compassion et de charité envers quiconque souffre sont d’origine divine : en eux, nous qui étions par nos fautes des étrangers à Dieu, nous devenons vraiment ses fils et nous connaissons l’infinie douceur de nous aimer comme des frères.