Dimanche 5 mai 2002 - Sixième dimanche de Pâques

Chérie !

Actes 8,5-8.14-17 - 1 Pierre 3,15-18 - Jean 14,15-21
dimanche 5 mai 2002.
 

Chérie !

Naguère, bien des maris appelaient leur femme "chérie" de façon habituelle. Ce mot doux, dans la bouche de mon père, pouvait prendre parfois du fait des circonstances des accents impérieux, voire comminatoires. L’effet n’en était que plus touchant, évidemment.

Quand un homme et une femme vivent ensemble dans le mariage, ils s’appellent constamment l’un l’autre. Pourquoi ? Eh bien, pour se demander de l’aide ou du secours, pour partager les bonnes choses ou les mauvaises, ou même pour rien : simplement parce qu’ils s’aiment, et qu’ils aiment bien, donc, être l’un auprès de l’autre.

Paraclet !

Vous n’avez pas entendu ce mot dans l’évangile aujourd’hui parce que la traduction liturgique a changé : il est remplacé maintenant par Défenseur. À vrai dire, "Paraclet" n’était pas une traduction, mais une transcription du grec "Paraklètos" qui signifie littéralement : "Celui qu’on appelle auprès de soi". Ce mot très remarquable vient du verbe "kaléô", appeler, qui donne aussi "ekklèsia", église. L’Église, en effet, est la communauté appelée, convoquée par Dieu pour être sienne.

Église, Paraclet, c’est un peu comme chérie, chéri. Jésus rassure ses disciples : Je ne vous laisserai pas orphelins, je prierai le Père, et il vous enverra un autre Paraclet, l’Esprit de vérité. Jésus, en effet, est le propre Fils de Dieu, c’est pourquoi sa présence nous révèle et nous accorde la paternité du Père.

C’est grâce à son sacrifice sur la croix que nous, pécheurs, sommes ainsi adoptés par le Dieu Saint qui l’a ressuscité et l’a élevé à sa droite. Mais, si nous l’appelons encore auprès de nous, il prie le Père qui nous envoie l’Esprit Saint, et l’Esprit est pour nous comme la présence du Fils. Dieu est Père, Fils et Saint Esprit, et il est Un. Et nous avons accès à Dieu par le Fils, chaque fois que nous l’appelons à nous.

L’Église est née du côté du Christ comme Ève du côté d’Adam. Le Fils de Dieu fait de l’Église son épouse, par amour, et il l’appelle à lui rendre amour pour amour. C’est pourquoi l’Église ne cesse d’appeler son Seigneur Jésus Christ. Pourquoi ? Elle l’appelle à l’aide et au secours, elle l’appelle pour partager avec lui sa vie, ses épreuves et sa joie, elle l’appelle simplement parce qu’elle l’aime. Car Dieu lui donne, dans l’Esprit Saint, la foi qui sauve.

Mes amis, êtes-vous chrétiens, c’est-à-dire membres de l’Église, le corps et l’épouse du Christ ? Oui ? Alors, sûrement, vous appelez constamment le Seigneur auprès de vous, chaque jour de votre vie. Non ? Frères, il est vain de remplir l’espace de l’église en pierre de notre volume de chair si notre cœur n’est pas plein du désir de Dieu, si nous n’appelons pas sept fois par jour sa présence et sa grâce au nom de Jésus le Fils unique. Et je ne dis pas sept fois, mais soixante dix fois sept fois !

Allons, ne soyez pas désespérés de votre tiédeur. Peut-être vous plaignez-vous de ne pas voir celui que Dieu vous donne à aimer ? Vous avez entendu sa parole : écoutez-la, gardez-la, méditez-la et, surtout, mettez-la en pratique. C’est ainsi que vous apprendrez toujours mieux à connaître le Fils de Dieu venu dans la chair, et vous vous prendrez à l’aimez, et vous découvrirez alors, dans la lumière de l’Esprit de vérité, qu’il vous a aimés quand vous étiez encore ses ennemis.

Alors vous croirez qu’au jour de votre baptême, comme depuis le commencement des temps, il vous a appelés chéris pour l’éternité.