Dimanche 28 juillet 2019 à Saint-Pierre du Mont (40) - 17e Dimanche Année C

À qui le dites-vous !

Genèse 18,20-32 - Psaume 137,1-3.6-8 - Colossiens 2,12-14 - Luc 11,1-13
Sunday 28 July 2019.
 

Façon aimable de rétorquer à votre interlocuteur que vous êtes bien placé pour savoir mieux que lui ce qu’il dit, et que donc il ne vous apprend rien.

Dieu pourrait répondre ainsi à toutes nos prières, en particulier aux demandes du Notre Père. Il sait mieux que nous de quel ordre est sa sainteté, ce qu’il peut, ce qu’il veut, ce qu’il accomplira, ce dont nous avons besoin et combien demeure profond et obscur pour nous le mystère du mal. Mais précisément parce qu’il est notre Père et que nous sommes ses enfants, il ne dédaigne pas nos prières, au contraire.

Le tout-petit qui découvre progressivement l’univers et la vie, l’adolescent émerveillé devant la beauté du monde ou révolté par ses injustices, le jeune adulte débutant dans des responsabilités importantes, leurs parents ne vont pas les rabrouer quand ils s’expriment comme s’ils avaient tout compris du premier coup : ils sont trop contents de pouvoir parler avec eux !

Alors, quand nous pensons parfois que Dieu resterait sourd à nos appels ou qu’il serait trop occupé ailleurs pour prêter attention à nos petits problèmes, comme nous le connaissons mal ! D’ailleurs, c’est un enjeu essentiel de la prière que nous a enseignée le Seigneur, de nous faire progresser dans la connaissance de Dieu.

À qui le dites-vous, le Notre Père, sinon à Dieu ? Et cela nous apprend que Dieu est comme un père. Plus précisément, c’est une analogie : ce qu’un homme est aux enfants qu’il a engendrés et qu’il élève, Dieu l’est à tous les fils de la Révélation, et même à tous les enfants des hommes. Mais n’oublions pas qu’une comparaison est toujours limitée dans sa validité, c’est pourquoi j’ai dit que Dieu est « comme » un père.

Un père sur la terre, en effet, est de même nature que ses enfants à qui il transmet la sienne. Tandis que Le Père éternel est Dieu, lui, et non un homme. C’est pourquoi il devient « Père » d’une manière nouvelle pour le peuple qu’il appelle « son fils » et pour ceux qu’il adopte par le baptême en son Fils, parce qu’il leur donne de partager sa propre nature.

Ou encore, nous appelons aussi Dieu « Seigneur » parce qu’il est pour nous en quelque sorte ce qu’est un souverain pour ses sujets. Mais pousser la comparaison trop loin a conduit saint Anselme à un raisonnement que le pape Benoît XVI a critiqué. En effet, le « Docteur magnifique » remarque que la justice évalue la gravité d’une offense en fonction non seulement de la malfaisance du geste, mais aussi de la dignité de l’offensé : la même faute est bien pire contre un prince que contre un mendiant. Donc, l’offense faite à Dieu dont la dignité est infinie, est d’une gravité infinie et réclame une expiation infinie... que ne peut procurer qu’une victime de prix infini, à savoir le propre Fils de Dieu.

Mais pour Dieu justement, ainsi que nous l’a enseigné son Fils, la dignité d’un mendiant n’est pas moindre que celle d’un prince. Cette bonne nouvelle du prix infini qu’a le plus petit aux yeux du Père, vient relativiser la validité de l’analogie du « Seigneur » et contredire la conclusion d’Anselme. La Révélation elle-même renverse parfois les analogies dont elle use. Ainsi Jésus dit : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13,13-14) ; et : « Eh bien moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22,27).

Bien plus, en condescendant à se laisser servir par l’homme, Dieu lui fait la faveur de se remettre à sa merci. Abraham et Sarah servant un repas aux trois anges en qui la tradition a vu la sainte Trinité, annoncent Marie et Joseph par qui Jésus voudra avoir besoin d’être nourri et élevé comme un petit d’homme. Ainsi se manifeste que Dieu s’abaisse jusqu’à nous par miséricorde autant servi par nous que comme notre serviteur. C’est pourquoi servir ses frères et intercéder pour eux, c’est régner avec Dieu.

C’est à ce Dieu là que nous disons notre Père, notre Seigneur et notre Sauveur.