Dimanche 4 août 2019 à Saint-Pierre du Mont (40) - 18e Dimanche Année C

Sortir par le haut

Qohélet 1,2 et 2,21-23 - Psaume 89,3-6.12-14.17 - Colossiens 3,1-5.9-11 - Luc 12,13-21
Sunday 4 August 2019.
 

Quand la situation devient confuse, emmêlée, conflictuelle ou bloquée, comment sortir de l’impasse ? Renoncer, fuir, éviter l’obstacle ou passer en force, aucune de ces solutions, à supposer qu’elle soit possible, n’est très satisfaisante. Sortir par le haut serait sans doute plus élégant, mais qu’est-ce que cela signifie, par exemple pour les deux frères qui se disputent l’héritage dans notre évangile ?

Il me vient à l’esprit la phrase du Psaume 26 (27) que trouva dans sa Bible Etty Illesum emportée par le train qui la conduisait à Auschwitz : « Le Seigneur est ma chambre haute ». Bien connue dans notre traduction liturgique sous la forme « le Seigneur est le rempart de ma vie », cette phrase utilise en hébreu le mot « Ma’ov » qui signifie littéralement « lieu fort ». Au Moyen-Âge, le lecteur comprenait naturellement qu’il s’agissait de la partie élevée d’une tour ou d’un donjon d’où l’on pouvait soutenir longtemps les assauts d’un ennemi. Bien des Bibles au XXème siècle, comme celle d’Etty, devaient conserver cette tournure si poétique et suggestive, notamment par l’évocation du Cénacle que l’on peut y entendre.

Or, la pauvre jeune-fille se trouvait livrée impuissante à la violence inouïe qui allait la broyer, elle, ses parents et tant d’autres. Pourtant, elle a mis sa foi dans cette parole, c’est pourquoi elle est sortie par le haut de cette épreuve, en dépit de l’apparent succès du projet d’anéantissement inspiré par Satan en sa haine de Dieu et des hommes. D’ailleurs, son nom brille dans notre mémoire et aux siècles des siècles, avec ceux de nombreux autres martyrs de cette immense horreur humaine et spirituelle.

Pourquoi ce rapprochement, au-delà d’un simple contact par l’idée de hauteur ? D’abord, serais-je tenté de dire, pour suggérer un moyen de calmer les grandes indignations qui nous saisissent pour des motifs si minuscules à côté de l’énormité d’injustices et d’atrocités que fut l’extermination des Juifs programmée par les nazis. Mais le procédé est contestable car il serait inconvenant d’instrumentaliser à de petites fins la mémoire de cet innommable que nous devons garder dans une révérence sacrée.

C’est pourquoi je voudrais plutôt tirer de ce rapprochement la nécessité de ne jamais perdre de vue l’importance relative des choses sur une échelle de valeurs que nous indique en creux la parabole de l’homme riche et de ses préoccupations. En effet, ce dernier ne songe qu’à son ventre et s’inquiète sans plus de pouvoir le remplir longtemps. Il n’est question ici ni de femme ni d’enfants, ni de parents ni d’amis, ni de Dieu ni de diable. Or, chers frères et sœurs, les relations humaines sont ce qu’il y a de plus important au monde, car en elles se joue le drame métaphysique qui sous-tend toute la réalité en son extension historique : celui de la lutte du bien contre le mal en laquelle notre Seigneur Jésus Christ a remporté la victoire décisive sur la Croix.

Qu’il s’agisse d’héritage ou de toute autre question privée ou publique, d’ordre économique ou politique, la sagesse commande d’évaluer les enjeux en fonction de leur importance ultime : nous n’emporterons rien dans la tombe, mais tout l’amour que nous aurons vécu en cette vie nous attend comme un trésor incorruptible caché au ciel dans le Christ. Celui qui mise tout sur les biens d’ici-bas s’enterre d’avance, tandis qu’y renoncer à cause de Jésus et du prochain nous enrichit dès maintenant de la propre vie de Dieu.

Nous devrons tous sortir de cette vie un jour où l’autre, mais il dépend de nous maintenant que ce soit ou non par le haut ce jour-là.