Jeudi 15 août 2019 - Assomption de la Vierge Marie

Pour quel bonheur sommes-nous faits ?

Apocalypse 11,19 et 12,1-6.10 - Psaume 44,11-16 - 1 Corinthiens 15,20-27a - Luc 1,39-56
jeudi 15 août 2019.
 

En ce temps d’été, nous ne manquons pas d’idées à ce sujet. Pouvoir enfin se livrer tranquillement et sans souci à ce qui fait plaisir : manger, boire, bronzer, et recommencer, et puis dormir, bien sûr... Pour des parents un peu surchargés toute l’année il est bien normal d’aspirer à de telles vacances. Les enfants, eux en revanche, ont surtout envie de bouger, de jouer, de danser et de rencontrer beaucoup de cousins et d’amis avec qui la vie est une fête. Il y a surtout le rêve par excellence, caractéristique de la jeunesse mais présent à tout âge, d’un amour passionné et fusionnel, et qui dure toujours, évidemment.

Nous pensons aussi à l’idéal d’Alexandre le bienheureux, satisfaisant tous ses besoins sans le moindre effort, tellement typique de notre époque d’hédonisme individualiste. Ou encore, plus « sociable », à la vision d’une paix partagée, séraphique et sublimée, si bien illustrée musicalement par Gluck dans la ronde des esprits bienheureux à la fin de son opéra Orphée et Eurydice. Cette harmonie enchanteresse est très belle, mais elle manque singulièrement de bondissement, ce qui n’est pas le cas de la Vierge Marie dans notre évangile.

L’épisode de la Visitation, choisi pour cette fête de l’Assomption, est en effet, vibrant de vie et de mouvement. Tout n’y est qu’empressement, tressaillement, exaltation et exultation, enthousiasme en somme, ce qui signifie littéralement « emplissement de Dieu ». Pour la mère du Christ, rien n’est plus exactement le cas, mais les autres participants ne sont pas en reste. Nous sommes ici plus proche du dynamisme des enfants que de la zénitude du farniente. Mais, d’une certaine manière, toutes les formes de bonheur que nous avons évoquées se retrouvent dans cet accomplissement qui doit constituer le modèle à préférer du « bonheur promis » dont parle saint Paul dans la deuxième lecture.

S’il fallait résumer cette béatitude, attendue éternelle dans l’au-delà et goûtée d’avance ici-bas, nous ne pourrions mieux dire qu’il s’agit « d’être avec le Christ », comme le fait saint Paul ailleurs. Cette formule présente l’immense avantage de valoir aussi pour les « malheurs » de notre condition toujours en butte au péché et à la mort, dans une vie vouée au combat spirituel jusqu’au bout, surtout tant que l’homme nouveau n’est pas parfait en nous. Mais même la toute sainte, l’Immaculée dont nous fêtons aujourd’hui l’entrée dans la gloire du ciel, n’a pas été épargnée par les peines de l’existence ordinaire, l’incompréhension parfois des desseins de son Fils, et le glaive de sa Passion.

C’est pourquoi jusque dans nos épreuves, nos lassitudes et même nos nuits de la foi, nous pouvons être avec le Christ, que ce soit à l’agonie du Jardin des Oliviers, dans les affres de la croix ou l’obscurité du tombeau. Sa présence indéfectible a donné à sa mère la béatitude mystérieuse des jours sombres dans l’attente de la gloire. Elle nous est offerte aussi tant que nous la recevons dans l’humilité d’un cœur contrit et reconnaissant.

Le bonheur pour lequel nous sommes faits à la fin des temps ne peut guère s’imaginer maintenant, tant il nous est impossible de projeter dans une durée infinie l’extatique mystique de l’action en parfaite union d’amour qui nous est donnée en exemple aujourd’hui. Mais l’intuition nous en est parfois offerte, et déjà dans cette Eucharistie où nous célébrons l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie.