Dimanche 12 mai 2002 - Septième dimanche de Pâques

Très content !

Actes 1,12-14 - 1 Pierre 4,13-16 - Jean 17,1-11
dimanche 12 mai 2002.
 

Très content !

Il est très content. De quoi ? De lui ? Oh, ce n’est pas bien ! De son sort ? Ah, et c’est bien, ça ? En tout cas, cela vaut mieux que d’être dévoré d’envie. D’ailleurs, l’envie, c’est interdit.

Souvenez-vous des interdits graves : le meurtre, l’adultère, le vol, le mensonge... la convoitise et la cupidité. Les commandements de Dieu, vous connaissez ? Peut-être qu’on a un peu oublié de les rappeler ces temps-ci, surtout les deux derniers.

Cela pourrait expliquer ce que vous avez entendu dans la deuxième lecture : Frères, dit saint Pierre, si l’un de vous devait avoir à souffrir, "que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur". "Dénonciateur" ? Bizarre. D’autant que, parfois, dénoncer peut être un devoir.

En fait, le mot grec ici employé est : allotriépiscopos. Allotri, pour allotrios, signifie étranger. Épiscopos donne notamment le mot évêque en Français. Littéralement, épiscopos est celui qui "regarde sur". Il peut s’agir de "veiller sur", comme l’évêque qui "veille sur" le troupeau du Seigneur. La traduction liturgique "dénonciateur" comprend qu’il s’agit de "surveiller", d’espionner les autres. Mais cela peut être aussi "avoir des vues sur", viser, convoiter.

Et c’est, je crois, plutôt le cas ici. Saint Pierre rappelle fort logiquement, en les résumant, les préceptes biens connus de tous les fils de l’Alliance, préceptes qui proscrivent les comportements indignes des fidèles parce qu’ils sont indignes de l’homme, tout simplement. Et donc, en particulier, il ne faut pas convoiter le bien d’autrui, le bien qui vous est étranger.

Bien sûr, Jésus ne fait rien de tel. Au contraire, il est très content de son sort. Il rend grâces à son Père pour tout ce qu’il lui a donné - avez-vous remarqué combien de fois le verbe "donner" revient dans ce court passage ?

Le Psalmiste déjà l’annonçait en disant :

"Seigneur, mon partage et ma coupe,

de toi dépend mon sort.

La part qui me revient fait mes délices,

j’ai même le plus bel héritage." (Psaume 15/16,5-6)

C’est pourquoi Jésus dit aussi : "ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés".

Est-ce à dire que Jésus se moque du monde ? Au contraire. C’est le monde qui va se moquer de lui, le lendemain. N’oubliez pas : nous sommes à la veille de la Passion du Seigneur, "à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père". Les chefs et les soldats vont insulter Jésus en croix, le mettant au défi de se sauver lui-même au moment où il sauve le monde en donnant sa vie pour lui. Et c’est ainsi qu’il glorifiera le Père. À la veille de sa passion, Jésus rend grâces aussi pour le sort terrible qui l’attend, parce que c’est la mission que le Père lui a donné d’accomplir : de cela aussi, Jésus est content, comblé, en dépit de la souffrance et de l’angoisse.

Est-ce que, pour autant, il est sans désir et sans besoin ? Certes non. Il demande au Père la gloire. Et la gloire c’est l’Esprit Saint qui demeurait sur le Fils auprès du Père avant le commencement du monde. C’est pourquoi, en demandant la gloire, Jésus ne fait preuve d’aucune convoitise d’un bien étranger : c’est son bien le plus propre qu’il demande, encore et toujours, à son Père qui en est la source éternelle.

Cet Esprit Saint est aussi la force qui garde Jésus dans la fidélité à travers l’angoisse et la souffrance, justement, jusqu’au bout. À plus forte raison, nous ne pouvons pas nous-mêmes être fidèles à notre vocation sainte sans cet Esprit.

Mes frères, demandez-vous l’Esprit Saint ? Un seul peut le demander : celui qui est saint, le Fils. C’est pourquoi il le demande pour nous, tout le temps, comme il l’a promis. Cet Esprit est donné pour la rémission de nos péchés, pour notre conversion et pour notre vie sainte dans la foi, en témoignage à celui qui a donné sa vie pour qu’à notre tour nous puissions donner notre vie pour nos frères.

Grâce à la prière du Fils exaucé par le Père, nous sommes rendus semblables à lui, nous devenons sa présence au milieu du monde. Alors, déjà remplis de l’Esprit qui nous rend fils de Dieu, nous aussi nous appelons de plus belle avec une ardeur inlassable ce même Esprit Saint qui fait toutes choses nouvelles, jusqu’au jour où nous serons comblés au-delà de tout désir de ce monde, car Dieu sera tout en tous.