Dimanche 29 septembre 2019 - 26e Dimanche Année C - Rentrée paroissiale

Cela ne me regarde pas

Amos 6,1a.4-7 - Psaume 145,5-10 - 1 Timothée 6,11-16 - Luc 16,19-31
Sunday 29 September 2019.
 

Curieuse expression : en fait c’est moi qui ne regarde pas cela. Pourquoi ? Par discrétion, délicatesse ou pudeur, ou pour ne pas être embarrassé ?

En effet, le spectacle de la misère d’autrui, qu’elle soit matérielle ou morale, nous met mal à l’aise. Entre le refus de voir et la complaisance ou le mépris, comment porter un regard juste, empreint de respect et de compassion, même s’il s’agit d’un malfaiteur odieux ?

Ne pas juger, au sens de condamner, tout en prenant la situation en considération comme elle le mérite, nous portera à agir ensuite avec discernement. Notre charité doit se faire intelligente et inventive, selon une sage appréciation de la proximité que nous avons avec l’intéressé.

S’agissant d’un homme public, nous pouvons avoir l’impression d’une familiarité tant sa vie privée se trouve exposée au regard de tous. Mais pour ce qui concerne celui dont la France va porter le deuil national demain, nous sommes fondés, paroissiens de Sainte-Clotilde, à nous sentir particulièrement touchés.

En effet, Jacques Chirac épousa jadis en la chapelle de Jésus-Enfant Bernadette Chodron de Courcel dont la famille ne souhaitait pas donner trop de publicité à cette alliance. De cet événement, nous fûmes bénéficiaires : d’abord par des libéralités telles que le don de l’orgue, ensuite de façon plus décisive. Quand la Ville voulut, pour agrandir l’école publique adjacente, démolir la chapelle, les Chirac la firent classer, sauvant ainsi ce lieu de culte auquel ils restaient attachés et qui nous est si précieux.

Outre le témoignage de notre reconnaissance à ce sujet, je voudrais rendre aujourd’hui un hommage à Jacques Chirac en ce jour où nous entendons la parabole du riche et du pauvre Lazare : il n’était pas homme à creuser des abîmes de distance entre lui et les gens ordinaires, au contraire. Son humanisme le poussait non seulement à aimer le contact avec tout le monde, mais aussi à accorder estime et considération aux cultures lointaines. D’ailleurs, ce fut sans doute le côté positif d’une attitude que nous lui avons reprochée en son temps : son opposition à la reconnaissance des « racines chrétiennes de l’Europe ».

En effet, notre parabole ne vise pas seulement les nantis qui ignorent l’existence des pauvres, essayant surtout d’éviter qu’ils ne viennent troubler la jouissance entre soi de leurs privilèges. Le riche représente aussi la caste des prêtres du Temple « vêtus de vêtements de luxe » qui vivaient des sacrifices quotidiens (« chaque jour des festins somptueux ») mais « ne se souciaient guère du désastre d’Israël », c’est-à-dire du peuple et de sa misère spirituelle. Jésus reproche aux sadducéens et aux pharisiens de monopoliser les dons spirituels octroyés par Dieu à Israël et de mépriser les pécheurs au lieu de s’occuper d’eux. Il nous revient donc aussi de bien entendre le double avertissement de l’Évangile dans sa gravité.

C’est pourquoi, d’une part, nous allons réactiver une Conférence Saint-Vincent de Paul de Sainte-Clotilde, avec pour mission d’être inventive dans l’intelligence de son service des pauvres. D’autre part, je voudrais que nous tous, paroissiens, adoptions une attitude de « veilleurs » à l’égard de ceux de l’extérieur : nos frères humains, riches ou pauvres, qui n’ont pas le bonheur comme nous de célébrer dans la foi l’Eucharistie de Jésus Christ. Gardons-nous de tout mépris et de toute arrogance à leur égard, laissons aussi les tentations de répliques défensives ou de prosélytisme offensif. Sachons plutôt cultiver une attitude de considération et de disponibilité, une attention prévenante même aux propos qui semblent offensants pour Dieu ou pour l’Église. Que tout homme sache pouvoir trouver auprès de nous une oreille bienveillante disposée à recueillir l’expression de ses attentes religieuses, fût-ce avec ressentiment ou déception à notre endroit.

Sachons en tout cas agir avec « la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur » que recommande l’Apôtre à Timothée, imitant ainsi ce Dieu qui ne dit jamais : « Cela ne me regarde pas » mais porte à chacun toute son attention de tendresse et de miséricorde.