Dimanche 6 octobre 2019 - 27e Dimanche Année C

Quel est votre grade ?

Habacuc 1,2-3 et 2,2-4 - Psaume 94,1-2.6-9 - 2 Timothée 1,6-8.13-14 - Luc 17,5-10
Sunday 6 October 2019.
 

Cette question n’est pas nécessaire, s’agissant de militaires, quand ils portent galons sur uniforme, qu’ils les aient gagnés au mérite ou à l’ancienneté.

Et pour la sainteté, comment gravir les échelons ? Car il y en a. En effet, « l’échelle de la sainteté » fut un thème de méditation pour les Pères grecs, et pour saint Augustin qui y comptait sept niveaux. Plus tard, saint Jean de la Croix en verra dix sur « L’échelle d’Amour ». Avant lui, saint Bernard traitait le sujet sous un autre jour en décrivant les degrés de l’humilité et de l’orgueil. Dans leur diversité d’approche, ces grands spirituels nous enseignent la nécessité d’une progression sur le chemin de disciple à la suite du Christ et la possibilité d’en mesurer de quelque manière l’avancement.

Pour grimper à l’échelle comme pour marcher, l’alternance s’impose : gauche, droite ! En matière de vie spirituelle, Ignace de Loyola nomme ces phases : consolation et désolation. À l’euphorie de ressentir les effets de la fidélité de Dieu dans son existence par de nombreux et grands bienfaits, succède la tristesse de la déréliction, c’est-à-dire de l’épreuve d’un abandon apparent. Ce dernier temps en particulier est l’occasion d’une purification.

C’est le sens des lectures de ce dimanche, en particulier de l’évangile qui nous semble dur. La réponse du Seigneur à la demande des Apôtres d’augmenter leur foi semble bien signifier qu’ils n’en ont pas du tout : pas même une graine de moutarde, autant dire rien ! Quant à l’idée de déraciner un arbre pour le planter dans la mer, elle défie le bon sens autant que l’imagination. D’ailleurs, ni Jésus ni aucun de ses saints à sa suite ne l’ont jamais réalisée. En revanche, prise comme parabole, elle signifie l’Incarnation et la Rédemption. Bibliquement, la mer est le lieu des forces obscures et démoniaques. Le Fils de Dieu, l’éternel Arbre de Vie, est venu « planter sa tente » dans l’océan des violences et des haines de ce monde tombé au pouvoir du mal. Bien plus, il s’est laissé clouer sur l’arbre de la Croix pour qu’il devienne l’Arche de salut de toute la Création, ainsi arrachée à l’engloutissement dans le péché. La foi, c’est de croire cela.

Fondamentalement, la foi n’est donc pas question de taille ou de quantité, mais parfaite soumission dans l’humilité à la volonté de Dieu. Dans la parabole du serviteur de retour des champs, il vaudrait mieux garder la traduction littérale qui parle de « serviteurs inutiles » et non de « simples serviteurs », ce qui obscurcit le propos sous prétexte de l’adoucir. En effet, le sens est tout simple : celui qui a fait tout ce qu’il avait à faire n’a plus rien à faire, évidemment ! Il est donc à ce moment inutile, même s’il peut redevenir utile, ce qu’il doit d’ailleurs demander au lieu de réclamer sa récompense. Qu’il trouve la charge lourde et l’épreuve longue, il devra aller au bout de son service avant d’entrer dans le repos.

Jésus nous en a donné l’exemple en acceptant de passer par ces souffrances et cette mort qui lui faisaient horreur, et de n’être exaucé par la résurrection qu’après la Passion, au temps fixé par le Père. Lui, le parfait Serviteur, n’est entré dans la gloire qu’après avoir bu le calice jusqu’à la lie. Nous aussi, à notre tour, nous devons penser et agir en serviteurs entièrement dévoués et désintéressés, dans la parfaite obéissance de la foi. Car la foi comme une graine riche de tous les possibles consiste à croire qu’en vérité Dieu nous a pleinement exaucés en agréant le sacrifice de son Fils et en le ressuscitant pour notre sanctification.

Et notre sanctification progresse, notre sainteté augmente, non à l’ancienneté ni même au mérite, mais par notre persévérance à croire, même au plus profond de la nuit, à la parole dite par le Seigneur au prophète Habacuc : ce que tu as désiré viendra sûrement sans retard, en son temps. Nous y gagnons des étoiles qui ne se voient pas aux yeux de chair, mais qui brillent dans les cieux au regard de Dieu. Et l’effet de son œuvre en nous change déjà ce monde que lui seul aime et sauve comme il le mérite, car le Christ l’a aimé jusqu’à donner sa vie pour lui.