Dimanche 27 octobre 2019 - 30e Dimanche Année C

On oublie toujours le Troisième

Siracide 35,12-14.16-18 - Psaume 33,2-3.16.18.19.23 - 2 Timothée 4,6-8.16-18 - Luc 18,9-14
dimanche 27 octobre 2019.
 

Auquel des trois personnages de la parabole vous identifiez-vous le plus ? Car il y en a plus de deux ! On oublie toujours le troisième, même quand il parle. Alors, quand il ne dit rien, vous pensez... De qui s’agit-il ? Mais de Dieu, bien sûr ! Le pharisien et le publicain, nous pouvons aisément nous reconnaître en chacun d’eux tour à tour selon les jours et les circonstances. Car nous sommes-tous plus ou moins bipolaires, cyclothymiques, maniaques-dépressifs, atteints de troubles de l’humeur : appelez cela comme vous voudrez, nous avons tous des hauts et des bas. Donc, nous sommes parfois comme le pharisien, parfois comme le publicain. Mais l’Être suprême, direz-vous, quand et comment nous sentirions-nous semblables à lui ?

Lorsque la vie nous sourit et que nous pouvons accomplir tous nos devoirs avec exactitude, notre satisfaction est grande. Et la tentation aussi, du coup, d’oublier Dieu même dans notre prière, à l’image du pharisien de la parabole. En effet, il a beau s’adresser au Seigneur en apparence, il ne fait que parler « à lui-même », comme dit littéralement l’évangile plutôt que « en lui-même ».

À l’inverse, si nous sommes vraiment contrits, malheureux d’une conduite que nous regrettons profondément, il arrive que notre état d’âme soit exactement celui du publicain : tout piteux, nous osons à peine confesser nos torts et nous n’oserions pas espérer que Dieu nous regarde autrement qu’avec colère et réprobation. Ou encore, quand nous sommes en échec, convaincus d’impuissance ou d’incapacité, nous nous sentons nuls, la honte nous accable et nous fait semblablement baisser la tête.

Là, de deux choses l’une : ou bien nous sommes comme ceux qui n’ont pas d’espérance et nous nous enfonçons dans la perte du goût de vivre, ou bien nous accueillons la grâce de la foi en l’Évangile et nous nous reconnaissons accueillis par la miséricorde de celui qui a tant aimé les pécheurs qu’il a donné son propre Fils pour les sauver.

Qu’arrive-t-il alors à celui qui se voit bénéficiaire d’une telle miséricorde ? Pourrait-il ne pas faire miséricorde à son tour ? Ne va-t-il pas cesser de juger et de mépriser les autres pauvres pécheurs enfoncés dans leur misère pour les aimer de l’amour même de Dieu ? Bien sûr que si ! Son cœur ne pourra pas ne pas fondre comme celui du Seigneur au feu vif de la compassion pour ceux qui restent prisonniers du mauvais. Voilà pourquoi celui-là pourra se reconnaître dans la figure du troisième personnage de la parabole : Dieu en personne !

Si nous pensons impossible d’être comme Dieu, c’est parce que nous l’imaginons semblable à nos propres rêves de perfection et de toute-puissance. Alors, comme le pharisien de la parabole, nous nous plaisons à nous imaginer supérieurs aux autres : nous sommes notre propre idole et, pour ne pas encourir de désillusion, nous nous efforçons d’oublier le vrai Dieu afin de mieux nous contempler nous-mêmes dans le miroir de nos délires. Alors, bien sûr, nous méprisons copieusement les autres.

Or, Dieu n’est pas ainsi : comme nous l’a pleinement révélé son Fils Jésus Christ qui a donné sa vie jusqu’à la croix et qui est ressuscité, lui qui est parfaitement juste et saint ne méprise pas les pécheurs car ils ont du prix à ses yeux. S’il nous a fallu passer par la grande culpabilité ou l’échec le plus cuisant pour que se brise notre cœur de pierre, réjouissons-nous de ce cœur de chair qui nous fut ainsi offert, mais n’allons pas désirer l’épreuve pour nous-mêmes ni pour les autres. Prions plutôt pour que chacun trouve le chemin de sa conversion sans passer par les abîmes de la tristesse et du désespoir, car Dieu offre la sanctification aux hommes en tous leurs chemins.

Au terme, à moins de refuser ce bonheur infini, nous serons tous Amour comme lui et en lui, pour les siècles des siècles.