Vendredi 1er novembre 2019 - La Toussaint

Il est beau comme un dieu !

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
Friday 1 November 2019.
 

Cette expression demeure en usage dans notre monde passablement athée, sans doute parce que son origine mythologique lui reste attachée. Les hôtes de l’Olympe, avant même d’être immortels, se signalent par leur prestance physique : en attestent la statuaire et l’iconographie antiques.

La grâce et l’équilibre des traits ou de la morphologie entraînent et signalent, dans la pensée classique, celles du caractère : en force, santé, intelligence et bravoure, les beaux doivent nécessairement aussi exceller. Par-dessus tous relèvent de cet imaginaire Apollon et Aphrodite qui brillent également en tant divinités de l’amour, surtout cette dernière. Car la beauté est aimée, bien sûr !

Or, de Jésus, nous n’avons ni tableau ni statue d’artiste contemporain. Qui voudrait du Seigneur un portrait d’époque ne saurait trouver mieux que l’évangile de ce jour de Toussaint. Les Béatitudes en effet, plus qu’elles n’établissent une charte de la vie chrétienne, dépeignent fidèlement celui que nous reconnaissons comme « le Saint de Dieu ».

Pauvre, il le fut absolument en son cœur. Quant à pleurer, il n’y manqua pas, non tant devant la mort de son ami Lazare qu’au spectacle du péché et de son apparent échec à le vaincre quand les siens mêmes manquaient à accueillir la foi. La béatitude des « doux » se comprend mieux en entendant dans le mot grec ainsi traduit une idée qui pourrait se rendre par l’affreuse expression de « sans dents » : il s’agit de ceux qui ne peuvent mordre ! Or, certes le Seigneur a su fustiger les pharisiens en termes si verts qu’ils nous choquent encore aujourd’hui, mais son refus de toute violence pour attaquer ou même se défendre est certain.

Quant à sa miséricorde infinie, les pécheurs les plus patents en ont fait l’expérience à briser leur résistance de fer. Et cœur pur, certes, ainsi qu’artisan de paix, nul ne le fut plus que lui.

Entre ces deux groupes de trois béatitudes s’insère celle de « ceux qui ont faim et soif de la justice », reprise, amplifiée et précisée par les deux dernières. Car la justice en question n’est autre en sa vérité profonde que l’accord parfait avec Dieu qui constitue le fruit du salut. Notre époque sceptique n’attend plus guère d’être sauvée sinon de l’indigence économique ou du changement climatique. Pourtant, j’entends sans arrêt les gens se plaindre amèrement ou furieusement d’injustice à leur endroit dès lors que leurs intérêts sont atteints. C’est qu’au fond d’eux-mêmes et sans qu’ils en aient conscience, l’aspiration à l’accord véritable avec Dieu et leur prochain reste vivace sous l’amoncellement des désirs et des passions qu’attise en eux le prince de ce monde.

C’est pourquoi la figure de Jésus demeure fascinante pour nos contemporains pourtant plus sensibles en apparence aux prestiges des « dieux » qu’aux vertus paradoxales des béatitudes, si contraires aux canons grecs antiques au regard desquels la pauvreté, les pleurs et la douceur ne sont que faiblesse indigne. Il reste scandale pour les juifs et folie pour les païens, celui qui fut conduit comme un agneau au supplice le plus infamant, au point que tous étaient épouvantés à sa vue.

Il n’avait rien d’un dieu à la manière humaine, le Fils de l’homme, pourtant, il demeure le modèle et la passion des saints : de ceux que nous fêtons aujourd’hui, connus et inconnus. Pour la plupart, ils n’ont guère attiré le regard par leur apparence magnifique, mais leur cœur transformé par l’Esprit s’est revêtu de la Parole qu’ils ont mise en pratique, et leur vie brille aux yeux des anges dans le ciel, pour les siècles des siècles.

« Il n’avait plus figure humaine », le Fils éternel à l’heure des ténèbres. Pourtant, jusqu’à ce lieu d’extrême humiliation et dans son abaissement suprême, il était beau comme aucun dieu, car c’est ainsi qu’il nous a aimés jusqu’au bout et révélé que Dieu est Amour.