Dimanche 3 novembre 2019 - 31e Dimanche Année C

Cherchez la petite bête, vous la trouverez !

Sagesse 11,23 à 12,2 - Psaume 144,1-2.8-11.13-14 - 2 Thessaloniciens 1,11 à 2,2 - Luc 19,1-10
dimanche 3 novembre 2019.
 

Si vous voulez absolument critiquer quelqu’un ou quelque chose et que vous être prêt à y mettre un peu de mauvaise foi, vous y parviendrez sûrement, car rien ni personne n’est parfait en ce bas monde. Même Jésus qui était pourtant parfait s’est fait accuser de trop manger et boire ; en mauvaise compagnie, en plus ! C’est le cas ici avec Zachée. Car, pour lui, ce n’était pas la peine de chercher la petite bête : il était pire que critiquable, ce « chef des collecteurs d’impôts » comme dit la traduction liturgique. En grec, le mot est « archi-publicain », autrement dit « archi-pécheur » : Zachée est « le pécheur par excellence », si l’on ose l’oxymore !

Ne nous y trompons pas : nous l’imaginons comme un aimable sire, ce grimpeur au sycomore, mais il n’était sûrement pas sympathique à ses contemporains, l’homme enrichi par l’exploitation de ces concitoyens pour le compte de l’occupant Romain. Et ce n’était certes pas un personnage de peu d’importance, ce riche détenteur d’un pouvoir considérable, car il décidait à sa guise de l’impôt dû par chacun.

Mais, poussé par le désir de voir qui était Jésus - notez bien ce voir « qui » : ce n’est pas une curiosité de badaud avide de profiter du spectacle, mais l’aspiration d’une âme qui s’interroge sur l’identité de cet homme sans pareil - poussé, donc, par ce désir, il assume sa faiblesse, sa petitesse, osant prendre le risque de passer pour ridicule. Ce qui ne manquera pas d’arriver, même si c’est en coulisses que les gens riront, par peur des représailles.

En grimpant à l’arbre, il « descend » donc de sa position éminente de notable. Et pourtant Jésus l’invite à descendre encore pour le rejoindre ! Là justement se révèle qui est celui qui l’appelle : c’est Dieu partant à la recherche de sa petite brebis perdue, si profond qu’il faille s’aventurer pour la trouver. Notez que nous sommes à Jéricho, au lieu le plus déprimé du monde, à 400 mètres au-dessous du niveau de la mer : Jésus est bien descendu plus bas que terre, jusqu’aux « enfers », pour rejoindre ceux qui étaient perdus à cause de leurs péchés. Encore une fois, nous nous plaisons à imaginer la pécore errante comme une charmante agnelle, ou le « bon larron » en brave camarade, alors qu’il s’agissait sans doute d’une brute avide, ce que lui-même avoue d’ailleurs sur la croix.

Une fois converti, Zachée ne quitte pas sa condition sociale et professionnelle puisqu’il entreprend de réparer ses torts au quadruple. Notez qu’il sait toujours compter, le bon percepteur ! Mais sa découverte du divin Maître change définitivement son cœur. C’est ce que suggère le nom même de Zachée qui signifie « pur, innocent » : Dieu « ferme les yeux sur nos péchés », comme dit l’auteur du livre de la Sagesse, en sorte qu’il voit déjà le malfaiteur tel qu’il sera quand il aura accueilli le salut : saint de la sainteté même de l’Esprit donné par la grâce du Fils.

À nous aussi, il est offert de suivre ce chemin de vie dans l’état où nous sommes, pourvu que nous ne nous bercions plus d’illusions sur ce qui fait notre puissance et notre importance aux yeux des hommes. Car nous pouvons chercher à nous grandir, nous y arriverons peut-être. Et ce ne sera pas forcément une mauvaise chose, pourvu que nous nous efforcions de servir les autres plutôt que de nous en servir. Mais les exploits et les succès ne nous seront d’aucun secours pour atteindre le seul but qui vaille toute peine : « que le nom de notre Seigneur Jésus soit glorifié en nous, et nous en lui ». Car l’égalité fondamentale entre les hommes, qu’ils soient célèbres ou inconnus, vertueux ou criminels, c’est qu’ils ont tous absolument le même besoin du salut obtenu par le seul Jésus Christ.

Descendons donc au plus bas de notre toute petitesse pour rencontrer en ce point extrême le Saint venu à notre rencontre. Ainsi nous laisserons Dieu nous trouver, lui qui nous a cherchés depuis toujours du plus grand amour en son Fils donné pour nous sauver, et notre joie sera déjà grande en vue du jour du Seigneur qui vient.