Dimanche 10 novembre 2019 - 32e Dimanche Année C

Bio est un nouveau mot

2 Martyrs d’Israël 7,1-2.9-14 - Psaume 16,1.3.5-6.8.15 - 2 Thessaloniciens 2,16 à 3,15 - Luc 20,27-38
Sunday 10 November 2019.
 

Mais savons-nous bien ce qu’il signifie ? Naturel et authentique, paraît-il : c’est vague. Plus précisément, Il dérive par apocope de l’agriculture « biologique », c’est-à-dire pratiquée sans produits phytosanitaires de synthèse. « Biologique » est composé à partir de deux mots grecs remarquables : bios et logos, soit la vie et le verbe. Or, dès le commencement la parole est liée au vivant, car Dieu amène à l’homme les animaux (ta Zoa en grec, littéralement « les vivants ») qu’il a créés, pour voir « comment il les nommera ».

Le nom est le mot par excellence. Il est attaché à la personne que l’on reconnaît comme telle lorsqu’on la nomme. A contrario, les déportés n’étaient plus que des numéros dans les camps de la mort. C’est pourquoi il est essentiel que chacun ait le sien propre. L’aimée peut porter un prénom assez répandu, pour l’amant il devient exclusivement le sien, attaché physiquement à sa personne singulière. Bien plus, il n’est pas de nom plus commun que « maman » : pourtant, dans la bouche de chaque enfant il est absolument unique. Le langage opère l’abstraction et peut éloigner du réel ; à l’inverse, son absence renvoie à la violence de la matière sans phrase. Mais le nom et le corps font un tout, le premier donnant au second, dont il reçoit le poids de chair puissamment désirable, sa profondeur de sens et sa « logique » d’immortalité.

Voilà pourquoi Jésus répond aux sadducéens en évoquant le nom que le Seigneur lui-même se donne en le livrant à Moïse : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob ». Il se révèle comme une mère égrenant tendrement les prénoms de ses enfants et se désignant à chaque fois comme « la maman » de chacun. Il accomplit merveilleusement cette révélation en donnant au Christ Jésus « le nom qui est au-dessus de tout nom », son nom propre de Dieu, parce qu’il a pris la condition d’esclave et s’est fait obéissant jusqu’à la mort.

Certes, la mort est due au pécheur. Mais le Saint a subi la mort qu’il ne méritait pas pour que les pécheurs reçoivent par grâce la vie qu’ils avaient perdue. Et qu’ils la reçoivent plus merveilleusement encore en étant assumés dans le Fils unique et éternel, lui qui s’est fait chair pour pouvoir souffrir et mourir par amour pour eux jusqu’à leur délivrance.

C’est ainsi qu’il a accompli la « logique » du vivant que le Père n’aurait pas créé s’il n’avait voulu qu’il vive toujours nouveau pour lui.

ÉDITORIAL

« Là où il y a une volonté, il y a une voie » : ce vieil adage popularisé par l’usage qu’en fit Churchill en pleine tourmente semble mis en échec dans les textes d’aujourd’hui. Le cas d’école exposé par les sadducéens illustre la possibilité qu’en dépit de tous les efforts un chemin s’avère absolument bouché. Sept tentatives, autant dire une infinité, n’y font rien : toute descendance est refusée à ce frère aîné mort trop tôt, ainsi d’ailleurs qu’à ses frères entraînés dans l’aventure. Décidément cette lignée devait s’éteindre selon ce que Dieu avait décrété, faut-il penser.

Intentionnellement ou non, les adversaires de la résurrection évoquent ici le précédent des sept frères dont le livre des Martyrs d’Israël rapporte la fin terrible. Cette expérience est à la source de la foi juive en la résurrection : Dieu ne pourra manquer d’accorder à ces justes la vie qu’ils ont méritée. Mais les sadducéens, ne reconnaissant comme parole de Dieu que le Pentateuque, estimeront au contraire que leur sort signale une réprobation nécessairement divine, et donc forcément juste, en dépit de ce que les apparences donnent à penser.

La certitude que Dieu est fidèle n’est donc pas suffisante pour fonder la foi en la résurrection. Elle doit se compléter de la conviction que son amour a résolu de pardonner au pécheur au-delà de sept fois soixante-dix-sept fois, pourvu qu’il l’accepte. Seule la Pâque du Christ scelle cette espérance, avec sa Passion qui triomphe absolument du mal, et sa résurrection bienheureuse par laquelle il ouvre le premier la brèche traversant l’impasse absolue de la vie. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2,4) : l’Écriture le dit et ne peut être abolie. Là où il y a cette Volonté, la voie sera libre et sûre pour quiconque ne refusera pas de la prendre.