Dimanche 8 décembre 2019 - Deuxième dimanche de l’Avent Année A

Votre liste pour Noël est-elle prête ?

Isaïe 11,1-10 - Psaume 71,1-2.7-8.12-13.17 - Romains 15,4-9 - Matthieu 3,1-12
Sunday 8 December 2019.
 

Vous croyez que je parle des suggestions de cadeaux que vous pourriez recevoir de vos proches ? Vous avez raison, mais peut-être plus que vous ne pensez.

Nous voulons offrir à ceux que nous aimons ce qui leur fera plaisir, mais aussi ce qui leur serait utile ou profitable de quelque manière. Il est tellement mieux d’apprécier soi-même le présent destiné à quelqu’un dont nous espérons qu’il le goûtera aussi : de cette manière, le don renforcera le lien déjà fort et heureux qui motive cette libéralité. C’est pourquoi celui qui « fait sa liste » se demande aussi de qui il aimerait recevoir ce qu’il désire, et s’il vaut mieux qu’il s’agisse de babioles de rien du tout ou de rêves un peu fous.

Mais il semble qu’Isaïe, nous l’avons entendu, exagère dans la folie ! « Sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main » : qui de sensé aspirerait à une pareille performance ? Ce trait vient conclure et couronner la litanie des visions d’avenir idyllique ouverte par la formule mieux connue : « Le loup habitera avec l’agneau ». Or, pour comprendre ce dont il s’agit au fond, l’auditeur pénétrant saura y voir, exprimée avec la déconcertante fulgurance poétique du prophète, l’attente du don de la paix, et précisément de la paix que Dieu seul peut donner.

Le « Shalom » que doit apporter le Messie à son peuple est en effet paix, prospérité, abondance, entente parfaite entre tous : le Salut, en somme. Il nous ramènera à l’état heureux voulu par Dieu pour l’homme avant que l’entrée du mal dans le monde ne vienne gâcher la situation. Impensable comme résultat d’une évolution des mœurs à notre portée, si bénéfique soit-elle, elle suppose une intervention ultime de Dieu que nous appelons la fin du monde.

L’Avènement du Christ, que nous préparons, au-delà de la perspective de la fête de Noël, sera l’Événement de l’histoire : à la fois son achèvement et le passage à un au-delà que nous ne saurions imaginer à partir de nos références d’ici-bas. Mais cet accomplissement peut se réaliser déjà de quelque manière en nos existence et donc en notre temps.

Il arrive d’abord dans le cœur des fidèles qui se laissent sanctifier en recevant la paix que le Seigneur seul peut donner. Qu’est-ce qui fait la guerre au cœur de l’homme, et donc au-dehors, sinon le péché, c’est-à-dire ce penchant à l’orgueil et à l’égoïsme qui provoque l’essentiel de nos tourments ? Et qui peut guérir nos cœurs à la racine sinon le Seigneur ? Encore faut-il reconnaître que nous en avons besoin. C’est pourquoi Jean-Baptiste en voyant venir les pharisiens à son baptême de confession des péchés en vue de la conversion, les apostrophe rudement : eux qui se croient justes, comment pourraient-ils espérer la purification de leur cœur ? Celui qui dit : « Moi, ça va ! » empêche d’agir en lui l’Esprit donné pour la rémission des péchés et la sanctification des pécheurs.

Faisons donc notre liste devant le Seigneur : repérons tous ces mouvements de notre âme qui la blessent à cause de cet amour-propre dont nous ne pouvons nous guérir nous-mêmes, et demandons-lui l’apaisement en tout cela. Cette liste sera forcément bien longue, avec sans doute des babioles peu signifiantes mais aussi des folies fort incommodantes.

Ne craignons pas d’oublier quelque chose : notre liste sera prête quand nous serons prêts nous-mêmes à recevoir ce que le Seigneur veut nous donner en se faisant proche de nous. Et tout pourra se résumer en un mot, ou plutôt en un nom : Jésus. Il sera lui-même notre Paix et le cadeau des cadeaux de Dieu. Et le saint pourra étendre sa main sur ce monde où grouillent les serpents du mal sans en redouter la morsure fatale, mais au contraire en lui faisant du bien. Car il sera comme l’Enfant venu innocent et juste dans son impuissance, vaincre tout pouvoir de l’ennemi par la seule vertu de son amour infini.