Dimanche 26 mai 2002 - La Sainte Trinité

Cadeau mystère !

Exode 34,4-6.8-9 - 2 Corinthiens 13,11-13 - Jean 3,16-18
dimanche 26 mai 2002.
 

Cadeau mystère !

Est-ce que ça existe, le cadeau mystère ? Et si c’était un jeu ? Imaginez qu’on vous donne un paquet que vous ne pouvez pas ouvrir, mais seulement examiner, soupeser, renverser et tourner dans tous les sens, et vous devez dire ce qu’il y a à l’intérieur. Vous trouvez cela amusant un moment, et puis vous vous en lassez : peut-être, au fond, n’y a-t-il rien dedans et puis, de toute façon, il n’est sans doute pas pour vous, alors vous l’envoyez au diable.

Jouons, voulez-vous, au cadeau mystère. Vous avez entendu, dans la première lecture, Dieu se révéler à Moïse sur la montagne du Sinaï. Eh bien, figurez-vous qu’à l’intérieur de ce texte, entre les mots "fidélité" et "Aussitôt", il manque une phrase. En effet, la liturgie nos offre à lire les versets quatre à neuf, sauf le sept. Sauriez-vous le retrouver, de mémoire ou par déduction ?

Le milieu du verset manquant est cette précision que Dieu "supporte la faute, la révolte et le péché, mais sans rien laisser passer". Or, cette indication est unique dans l’Ancien Testament. Où pouvons-nous la comprendre enfin ? Dans la croix de Jésus. Là, Dieu, en son Fils, porte le péché du monde afin de l’en délivrer, et que rien ne soit perdu de ce qu’il est venu sauver et arracher à son emprise mortelle.

Oui, Dieu a donné son Fils. Il l’a livré aux hommes, et les hommes se sont emparés de lui, ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu mais ils n’ont pas compris le don de Dieu, ils n’ont pas vu l’Amour qui était en lui caché sous son apparence semblable à la leur.

Aujourd’hui encore, lorsque nous jouons au cadeau mystère avec l’idée de Dieu et quelques bribes de la révélation chrétienne, nous méconnaissons celui qui a tant aimé le monde. Se perdre en discussions stériles sur l’existence de Dieu, la nier ou la prouver sans fin et sans but, c’est se gonfler de mots pour rien. Or, il est écrit : "Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain."

Vaine aussi est la tentative de démontrer que notre Dieu serait plus beau, plus grand, plus riche ou plus pauvre que celui des autres religions. De Dieu, il n’en n’est qu’un, et c’est lui qui s’est révélé en son Fils Jésus Christ. Dieu, nul ne le connaît sauf en l’accueillant. Et nul n’accueille Dieu autrement que par la foi en celui qu’il a envoyé.

Jésus est le cadeau et le mystère. Celui qui tombe à genoux devant lui, se rendant sans réserves et sans conditions à son amour vainqueur de la mort par le sacrifice de la croix, découvre le mystère de Dieu qui le comble et le saisit pour la vie éternelle. Et nous avons le goût de Dieu dans la charité fraternelle qui nous unit avec lui et entre nous, en sorte que l’amour et le pardon sont plus forts parmi nous que la mort et le péché qui régnaient sur la création perdue.

Jésus est le cadeau de Dieu et la clef pour l’ouvrir et y entrer. Au seuil de chaque messe, de chaque célébration eucharistique, nous chantons "Kyrie eléison, Christe eléison, Kirye eléison", autrement dit "Seigneur prends pitié, ô Christ prends pitié, Seigneur prends pitié." Contrairement à ce qu’on imagine parfois, cette prière n’est pas trinitaire au sens où elle s’adresserait successivement au Père, au Fils et à l’Esprit. Elle s’adresse précisément à Jésus, c’est lui que nous invoquons trois fois comme Seigneur et Christ. Mais elle est trinitaire parce que celui qui a le Fils a aussi le Père, et donc l’Esprit. En effet, Dieu est Un et nul ne peut le diviser.

Vous le savez, frères, selon sa promesse, quand nous implorons le Christ Jésus élevé au plus haut des cieux, lui-même prie le Père pour nous, et il nous envoie un autre Paraclet : l’Esprit de vérité. Bien plus, en son nom, nous-mêmes prions le Père, et il nous exauce comme son propre Fils. Alors les Trois font en nous leur demeure au milieu du monde : c’est le mystère de l’Église du Christ.

Le mystère de la sainte Trinité est celui de ce Dieu qui se fait cadeau en nous pour le salut du monde.