Dimanche 31 août 2003 - Vingt deuxième dimanche

Les cafards ne se laissent pas attraper.

Deutéronome 1,1-2.6-8 - Jacques 1,17-18.21-22.27- Marc 7,1-8.14-15.21-23
dimanche 31 août 2003.
 

Les cafards ne se laissent pas attraper.

Personne ne veut se faire prendre, c’est normal. Les enfants disent : ce n’est pas moi, je ne l’ai pas fait exprès, ce n’est pas de ma faute. Et nous sommes tous comme les enfants que nous avons été, surtout avec Dieu.

Mais certains y mettent un acharnement particulier : ils s’appliquent passionnément à rester impeccables, ils se plaisent en revanche à voir les autres pris en faute et, pour cela, ils ne manquent pas à l’occasion de les dénoncer. On les appelle des cafards.

Le mot "cafard", qui désigne au sens propre une assez déplaisante bestiole, a deux autres sens figurés : l’un, peu connu, est celui d’"hypocrite qui affecte la dévotion" ; l’autre est courant, il s’agit de l’accès de mélancolie qui peut nous saisir, par exemple, à l’idée que c’est déjà la rentrée, qu’il fait soudain frais, couvert et pluvieux, que l’automne est bientôt là et qu’on regrette l’été, même si l’on a pesté contre ses excès il n’y a pas si longtemps.

L’évangile d’aujourd’hui parle d’hypocrites qui dénoncent et accusent les autres. Que c’est cafard !

Comment entendre là une bonne nouvelle ? D’abord, en comprenant que tout le problème vient de ce que les cafards ne veulent pas se laisser attraper.

Nous tous, les hommes, en plus de notre faiblesse et de notre vulnérabilité, nous sommes sujets à la méchanceté. Plus nous faisons d’efforts pour ne pas avoir l’air de cette misère, soignant en particulier tout ce qui se voit comme la façon de manger, de se tenir ou de s’habiller, plus nous nous mettons en tension avec notre vérité intérieure, car nous ne pouvons pas changer notre cœur qui reste atteint par l’ignorance, le mal et la malveillance.

Si, par passion religieuse, nous voulons quand même faire comme si nous étions aussi bons que nous arrivons à en avoir l’air, nous nous enfermons dans une cuirasse de respectabilité qui s’oppose à Dieu et aux hommes. Nous méprisons et jugeons les autres du haut de notre supériorité, et nous résistons à Dieu dont la sainteté nous convainc de péché.

Tel est le comble et la fatalité de notre situation de pécheurs que, plus nous voulons y échapper par nos propres forces, plus nous nous y enfonçons gravement dans l’hypocrisie, le mensonge et la haine des autres. Voilà ce que nous révèle d’abord cet évangile.

Où donc alors, me demanderez-vous de plus belle, est ici la bonne nouvelle ?

Eh bien, en Jésus, bien sûr. Regardez-le : lui seul n’avait aucun besoin de cuirasse puisque son cœur était parfaitement sans péché, et il na pas empêché les méchants de l’attraper.

Remarquez que ce sont justement ces "scribes et pharisiens" venus de Jérusalem qui, par jalousie, le conduiront jusqu’à la croix.

Dieu merci ! Parce qu’en se laissant ainsi traiter, lui le juste, par les pécheurs, il leur offre le pardon et la guérison du cœur.

Voyez cet amour incroyable : laissez-vous prendre par lui, laissez-vous ravir par la foi, et vous êtes sauvés de la malédiction du péché.

Cela veut-il dire que nous n’ayons aucun besoin de faire des efforts ? Quelle idée ! Vous savez bien qu’on ne peut pas vivre sans effort. Mais mettez les choses dans le bon sens : reconnaissez que votre cœur n’est pas bon, accueillez le pardon de celui qui vous le révèle pour votre salut, et recevez la grâce de changer votre vie à l’unisson de votre cœur changé par lui.

Voulez-vous un exemple d’efforts salutaires ? S’il vous vient à l’idée de critiquer les autres sans utilité, de penser du mal d’eux sans nécessité, aussitôt laissez tomber ces pensées, renoncez-y de toutes vos forces. Alors vous échapperez à une bien triste souillure en évitant de vous comporter en vilaine bestiole envers vos semblables et envers Dieu.

Si la tristesse nous vient de nous voir si mauvais que nous n’aimions pas nos ennemis, et parfois même pas nos amis, laissons-nous attraper à cette misère par le Seigneur miséricordieux.

Et, lui qui se laisse prendre en nourriture à cette table par les pécheurs que nous sommes, il nous saisira dans sa gloire.