Dimanche 7 juillet 2002 - Quatorzième dimanche

Qu’est-ce qui nous oblige ?

Zacharie 9,9-10 - Romains 8,9.11-13 - Matthieu 11,25-30
dimanche 7 juillet 2002.
 

Qu’est-ce qui nous oblige ?

Qu’est-ce qui oblige tant d’entre nous à courir chercher le seul lieu ouvert un jour férié pour y faire longuement la queue jusqu’à obtenir le paquet de cigarettes qu’ils avaient justement décidé de ne pas acheter d’avance afin de limiter leur consommation, comme ils se l’étaient juré fermement ?

Elles sont nombreuses, hélas, les servitudes du même genre aussi cruelles et néfastes qu’inutiles et absurdes. Si la dépendance du tabac est nuisible, combien plus celle de l’alcool ou de la drogue. Et que dire de tous ceux qui se chargent d’un fardeau inouï d’imbroglio affectif, sexuel et familial pour n’avoir pas simplement préféré s’en tenir au joug du mariage !

Ces esclavages que l’on choisit parfois délibérément, et toujours, en tout cas, librement en apparence, s’accompagnent d’une foule de désagréments physiques et moraux, de mensonges, de roueries, de tromperies, de dénis de la réalité, de ruines pour soi et autour de soi, et ils peuvent mener à la mort.

Ce n’est pas seulement dans sa conduite de vie que l’homme s’impose à lui-même des tyrannies odieuses qu’il n’aurait aucune raison de devoir subir. Songez aux croyances multiples et variées qui parasitent les meilleurs esprits : astrologie et autres fariboles divinatoires, occultisme et satanisme, communication avec les extra-terrestres ou avec les fantômes...

Et, avec tout cela, l’on dénonce encore allègrement le rigorisme et le dogmatisme de l’Église !

Vous avez entendu l’Évangile : est-il une parole plus douce à notre humanité ? Dans sa force et sa droiture sans égales, cette Bonne nouvelle de Jésus Christ nous montre un chemin de vie dont la saveur surpasse toutes les sensations éphémères à la poursuite desquelles l’homme s’épuise et se déçoit.

Ne savons-nous pas que la vertu est la clef du bonheur autant qu’il est possible en ce monde ? Tout homme doué de raison en a la certitude inscrite au fond de lui-même. Or, voilà que Dieu en personne vient nous ouvrir la voie d’un amour plus grand que toute vertu, plus fort que la mort même et promis à la vie qui ne connaîtra ni fin ni déclin.

Pourquoi ne le croit-on pas ? Qu’est-ce qui nous empêche d’accueillir cette lumière ? Le mystère du mal, dans sa profondeur, c’est que nous soyons attachés à l’esclavage du péché : nous employons nos forces et notre liberté à nous charger de ce qui nous écrase et à nous parer de ce qui nous enferme.

L’évangile que nous avons entendu commence par ces mots : "En ce temps-là, Jésus prit la parole". Le terme traduit ici par "temps" est exactement en grec "kairos", le moment favorable. Et le verbe rendu par "prit la parole" signifie littéralement "répondit". À quelle situation Jésus réagit-il en fait, et pourquoi se considère-t-il en un moment favorable ?

Dans l’évangile selon saint Matthieu, le passage qui précède immédiatement le nôtre, ce sont les invectives de Jésus aux villes de Galilée qui n’ont pas accueilli sa parole et ne se sont pas converties en dépit des signes qui s’y sont produits et à la vue desquels, selon lui, les villes païennes de Tyr et de Sidon auraient sûrement répondu avec zèle.

En somme, ce moment favorable pour Jésus est celui du rejet de sa prédication : quel paradoxe ! Inutile de nous en étonner plus longtemps : c’est la croix qui se profile ici, le comble du rejet du Messie par son peuple et le lieu même de la grâce faite, du même coup, à ce peuple et à la multitude.

Par-delà le témoignage rendu à la réalité historique de l’événement du salut en Jésus Christ, de quelle manière ce passage nous éclaire-t-il sur la façon dont nous pouvons nous-mêmes plutôt l’accueillir que le rejeter ? Nous devons comprendre que, pour nous, sans conversion il n’est pas d’accueil de la révélation.

Là même où nous sommes attachés à ce qui est pouvoir, prestige et richesse au sens du monde, là nous devons y renoncer pour recevoir le don de Dieu comme pure grâce de pardon et de miséricorde. Ce n’est que dans notre petitesse, notre faiblesse et notre dépendance que nous pouvons recevoir Dieu.

Or, ce don divin, loin de nous maintenir en condition misérable, nous grandit et nous magnifie de telle sorte que la puissance, la gloire et la souveraine liberté de Dieu lui-même éclatent dans la vie et la personne des saints, au point qu’il provoquent l’admiration et la jalousie des hommes de tout temps.

Pourtant, la vue et l’envie de cette réussite humaine éclatante ne saurait suffire à nous convaincre de renoncer à nous-mêmes pour laisser le Christ devenir tout en nous. Rien ne peut vaincre la malédiction du péché sinon l’amour et le sacrifice glorieux du Fils de Dieu qui donne sa vie pour nous.

Seul l’Amour nous oblige à aimer.