Dimanche 14 juillet 2002 - Quinzième dimanche

Et ça vous fait de l’effet ?

Isaïe 55,10-11 - Romains 8,18-23 - Matthieu 13,1-23
dimanche 14 juillet 2002.
 

Et ça vous fait de l’effet ?

Certaines pratiques thérapeutiques laissent sceptiques. Les médecines dites douces ou parallèles ont des partisans fervents, mais elles rencontrent le plus souvent l’indifférence ou la moquerie. D’autant que leurs défenseurs aiment à dire qu’il faut y croire pour que ça marche. Or, c’est à peu près la définition de l’effet placebo.

On administre à un groupe de patients tour à tour sous la même apparence une substance active et une autre qui ne l’est pas, le placebo. Un petit nombre de sujets réagiront positivement à la substance inactive, simplement parce qu’ils croient que c’est un remède. De cette manière, en éliminant la participation psychologique du malade, on peut faire la part réelle de l’efficacité du médicament. Du même coup, on peut faire aussi la part entre les sujets les plus impressionnables et les autres.

La religion chrétienne, à en juger d’après l’opinion commune, ressemble terriblement à un placebo : elle rencontre chez le plus grand nombre l’indifférence ou la moquerie et, quand on lui trouve un ardent défenseur, il soutient en général qu’il faut y croire pour que ça marche.

Soyons clairs, chers amis : l’évangile que nous venons d’entendre, soutenu bien entendu par la première lecture, dit exactement le contraire. La parole de Dieu possède en elle-même un pouvoir tel qu’elle ne saurait rester sans effet sur l’homme qu’elle atteint. Le semeur de la parole de Dieu doit donc semer largement en tout terrain, non par inconscience ou générosité dispendieuse, mais parce que c’est utile.

Pourquoi, alors, avons-nous l’impression que cela ne marche pas ? Premièrement, sans doute, parce que ce n’est pas la parole de Dieu que nous semons, mais un placebo de notre façon. Rien d’étonnant, dès lors, s’il reste sans effet, sauf sur un petit nombre de sujets impressionnables.

La Parole, la vraie, c’est celle qui dit Jésus Christ : l’histoire véritable de cet homme, et comment il est le Messie d’Israël annoncé par les Écritures, et pourquoi son rejet et sa mort sur la croix constituent le succès paradoxal de sa mission de salut universel. Et qu’ainsi nous découvrons qu’il est le Fils éternel de Dieu, lui qui est ressuscité et qui reviendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts.

Cette Parole-là, mes amis, ne laisse personne indifférent, et bien fol est celui qui ose s’en moquer. Tout au plus verra-t-on beaucoup de gens s’en débarrasser d’une manière ou d’une autre, fuyant l’interrogation qu’elle représente pour eux : le diable, pour peu qu’on le laisse faire, se montrera toujours empressé à rendre ce service ; les ronces de l’existence sont pratiques, aussi, pour l’étouffer, elles qui poussent toutes seules et qu’on engraisse à plaisir ; quant au cœur de pierre qui demeure au fond de tout homme, si l’on refuse de le laisser briser par amour, il empêchera toujours l’épi de mûrir.

Nous-mêmes, frères, si nous sommes venus en cette église, c’est bien que la Parole a trouvé en nous quelque coin de bonne terre. Mais qu’en est-il pour le reste de ce jour, et dans les grandes plages de la semaine, et aux diverses époques de l’année ? Faites le test : semez-y la Parole, pour voir. Là où l’annonce de Jésus Christ n’est pas la bienvenue, là le terrain est mauvais, et il faut que ça change.

Puissante est cette Parole, frères, qui peut porter d’elle-même cent pour un, ou soixante, ou trente. Ne serait-ce que trente, n’est-ce pas déjà énorme par rapport à nos rendements ordinaires, nous qui voyons fondre la substance de notre Église en hochant le tête : bah, après tout personne ne sait ce qui se passe dans le fond des cœurs ? Elle est belle notre excuse, il est brillant le faux-fuyant !

Nous qui en sommes dépositaires, si nous empêchons la parole de Dieu de porter son fruit en nous, comment pourrions-nous la semer de manière à lui faire produire son effet dans le monde ?

Prions, frères, pour qu’il nous soit donné d’accueillir les mystères du Royaume des cieux, et nous verrons l’effet merveilleux que cela fera sur la Terre.