Dimanche 4 août 2002 - Dix-huitième dimanche

Nous sommes en pleine saison des fêtes.

Isaïe 55,1-3 - Romains 8,35.37-39 - Matthieu 14,13-21
dimanche 4 août 2002.
 

Nous sommes en pleine saison des fêtes.

C’est l’été aux nuits chaudes et aux ciels étoilés, le temps béni des noces et des promesses ardentes.

On ne dirait pas, il est vrai, tant les nuages et la pluie froide qui s’obstinent sur nous pourraient nous faire douter du calendrier.

Enfin, la fête est la fête, c’est une question d’état d’esprit, et tant pis pour le temps qui ne sourit pas.

Quand donc, en effet, peut-on dire qu’une fête est réussie ? Les critères en la matière sont divers. Les organisateurs, qui sont bien souvent les parents, sont heureux lorsqu’ils peuvent conclure que tout s’est bien passé, que personne n’a manqué de rien et qu’aucun incident fâcheux n’est venu assombrir la joie commune. Les jeunes, quant à eux, seront satisfaits de s’être bien éclatés avec de bons plans délires et des trucs planants.

Mais ces points de vue différents ne sont pas contradictoires en soi. D’un côté, les parents seraient bien déçus si les jeunes ne s’amusaient pas. De l’autre, les fêtes qui se terminent mal ne font le bonheur de personne.

Hélas, nous savons bien que, trop souvent, une soirée excessivement arrosée s’achève, pour les jeunes qui rentrent chez eux en conduisant comme des fous, dans l’horreur d’un accident mortel. Après le drame, les copains des victimes sont atterrés, furieux et malheureux. Et ils ne savent à qui s’en prendre. Mais cela ne les empêche guère de recommencer bientôt.

Il ne faut pas s’y tromper : les jeunes qui risquent leur vie et celle des autres en pleine ivresse, même si cette folie n’est pas dépourvue de tentations suicidaires, ne cherchent pas la mort. Ils cherchent à se donner l’illusion de passer par-dessus l’existence ordinaire, de goûter la saveur d’une vie qui serait au-delà des réalités quotidiennes, avec leur poids de peines et de chagrins.

Et Jésus, pourquoi part-il en barque pour un endroit désert, à l’écart ? En fait, le début de notre passage est exactement : "Jésus, l’ayant appris, se retira de là en barque..." Qu’a-t-il donc appris ? Il s’agit de l’épisode fameux du banquet donné par Hérode au cours duquel, la fille d’Hérodiade ayant dansé et plu au point qu’il s’était engagé à lui donner tout ce qu’elle demanderait, il se voit contraint à lui accorder la tête de Jean-Baptiste apportée sur un plat. Voilà encore une fête qui se termine mal à cause d’une grosse imprudence.

À propos de cet épisode, je me rappelle qu’un jour une jeune femme était venue me poser discrètement une question qui, disait-elle, lui brûlait les lèvres depuis longtemps : qu’avaient-ils fait de la tête de Jean ? Ils l’avaient mangée ? Cette interrogation était naïve, sans doute, mais tout à fait pertinente.

L’événement dont le martyr de Jean Baptiste est l’annonce et la préfiguration, c’est la mort de Jésus sur la croix. Et le banquet d’Hérode annonce, sous la forme odieuse et grimaçante d’une antithèse caricaturale, ce qui sera le fruit de la mort du Sauveur : le banquet eucharistique.

Ce Jésus qui a été mis à mort sur la croix, il va nous être apporté sur cet autel ce matin, et nous le mangerons, oui, nous le mangerons. Mais, parce qu’il est ressuscité, parce que son sacrifice est pour nous salut et pardon des péchés, c’est comme nourriture de vie éternelle que nous le mangerons.

Les foules, nous dit l’évangile, "l’ayant appris", suivirent à pied... La formule est la même que pour Jésus. Ces foules, c’est nous. Mais nous, nous n’avons pas donné notre vie sur la croix. Pourtant, nous "avons appris", nous aussi : par notre baptême, nous avons été plongés dans la mort du Seigneur, et c’est pourquoi nous avons part à sa vie.

La messe, c’est cela : c’est avoir part ensemble au repas du Seigneur, c’est le bonheur de partager Jésus Christ qui nous fait frères et sœurs en lui. Il n’y a pas d’autre critère essentiel d’une messe réussie. Si nous écoutons la parole de Dieu qui nous est proclamée, si nous y ajoutons foi, croyant en celui qui nous y est annoncé, nous communions vraiment à son corps et à son sang pour la vie éternelle, une vie ressuscitée, par-delà toute mort et tout péché. Et nous devenons l’Église, la promise bienheureuse de celui qui a donné sa vie pour elle.

Réjouissons-nous car, en ces temps qui sont les derniers, entre la Pâque du Christ et sa venue dans la gloire, nous sommes en pleine saison des fêtes eucharistiques, prémisses du banquet des Noces éternelles de l’Agneau.