Dimanche 25 août 2002 - Vingt et unième dimanche

Je vais vous monter un bateau.

Isaïe 22,19-23 - Romains 11,33-36 - Matthieu 16,13-20
dimanche 25 août 2002.
 

Je vais vous monter un bateau.

Je veux dire un vrai, pas une mystification, comme dans l’expression toute faite où le mot bateau n’est qu’un homonyme de celui qui signifie embarcation.

Ainsi que pour toute construction, il faut commencer par le fondement, qui est en l’occurrence la coque. Cette partie est à la fois très simple, comme le mot qui la désigne, et très sensible : elle doit être parfaitement complète et cohérente, sous peine de se perdre bien vite en perdant tout le reste avec elle. En effet, la moindre brèche ou lacune dans les "œuvres vives", c’est-à-dire la partie de la coque située sous la ligne de flottaison, se traduit aussitôt par une voie d’eau fatale à plus ou moins brève échéance.

Dans un bateau, tout se tient et tout tient à la coque : ponts, mâts, haubans, étais, pataras et le reste, directement ou indirectement, jusqu’au moindre pennon, ce ruban qui ne sait que flotter à tout vent, et là est justement sa petite utilité. Mais ce qui se détache du tout est perdu, corps ou bien.

Quand Jésus fonde la barque du salut, l’Église, il commence par la foi de Pierre que lui donne le Père.

Il s’agit de croire en Jésus de façon véritable, de reconnaître tout à fait qui il est. On s’imagine parfois que les réponses des autres, "Jean-Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes", ne seraient que des sottises. Pas du tout. Car la réponse de Pierre, "le Messie", précisée par l’apposition "le Fils du Dieu vivant", ne peut se comprendre qu’à partir du témoignage complet de l’Ancien Testament, dans la Loi et les prophètes jusqu’à Jean. Cette réponse rassemble, résume et désigne toutes les facettes de la promesse de l’Amour qui annonçait le don de son Unique. Et tous les saints de la première Alliance ont préfiguré "celui dont parle les Écritures", "celui qui doit venir", en sorte qu’à bon droit les contemporains du Messie les reconnaissent en lui.

Mais seule la foi pleine et entière, intègre et intégrale, catholique et apostolique, constitue le fondement possible de l’Église de Jésus, le Christ, le Messie d’Israël sauveur de tous les hommes, le Fils de Dieu venu dans notre chair et qui viendra dans la gloire.

C’est pourquoi il n’est pas d’Église sans pasteur, sans un homme mis par Dieu à la tête de son troupeau, et cet homme n’est ce qu’il doit être que par la foi que Dieu lui donne. Qu’il s’agisse du Pape ou de chaque autre évêque, ou aussi de tout curé, c’est par la foi qu’il se tient au fondement de l’Église ou de la portion d’Église à lui confiée par le Seigneur. Les autres fidèles peuvent bien errer un peu de-ci de-là, mais le pasteur ne saurait s’écarter de la foi sans mettre en péril lui-même et le corps entier.

Dans la bouche des fidèles, hélas, on entend parfois des choses bien étranges. Il s’en trouve même pour douter de la résurrection du Christ ou de sa divinité ! Sans compter ceux qui ne veulent pas entendre parler de sa croix ou de son humanité. Pourtant, si stupéfiants soient leurs propos divagants, pourvu qu’il tiennent au corps fondé sur la foi de Pierre dont Dieu prend toujours soin de pourvoir son Église, ils ne sont pas perdus.

Mais n’allez pas croire pour autant que de tels égarements soient indifférents ! Si la nef de Pierre peut certes porter de multiples pennons qui flottent à tous les vents fous de la mode et du moment, témoignant ainsi des troubles et des perturbations du temps, elle ne saurait se passer durablement des multiples organes sains et bien liés qui doivent jouer leur rôle dans la manœuvre du bâtiment. Car la barque du pêcheur de Galilée n’est pas lancée pour rien sur les océans du monde, et si les combats l’attendent, si la tempête la tourmente chaque jour et chaque nuit, c’est afin que ses filets soient miraculeusement remplis dans la clarté d’une aube éternelle.

L’Église flotte sur l’abîme, sur la mouvance de toute chose en ce monde livrée à la dégradation jusqu’à la destruction inéluctable, sur les gouffres amers de l’injustice et de la haine, sur l’horreur insondable du mystère du mal qui poursuit Dieu en l’homme de sa révolte impensable. Elle est parfois si malmenée, cette Église, à cause du péché de ses fils et de l’hostilité du Mauvais, qu’elle paraît bien près d’être perdue. Mais la lumière de la foi que le Père a allumée au cœur de Pierre ne s’éteindra pas, si seulement nous savons, lorsque la vague nous submerge, crier vers celui qui est mort pour que la Mort soit désormais sans pouvoir sur notre vie nouvelle.

Mes frères, mes amis, sans la foi de Pierre, notre rassemblement ne serait qu’une mystification, une imposture, un piège tendu aux hommes pour qu’ils mettent en nous une confiance indue. Mais par notre communion de foi avec les Apôtres et leurs successeurs, nous faisons partie intégrante de ce navire mystique poussé par l’Esprit Saint à la rencontre de son modèle divin, jusqu’au jour où le Seigneur dans sa gloire le fera monter avec lui en Dieu pour toujours.