Dimanche 1er septembre 2002 - Vingt-deuxième dimanche

Acte manqué.

Jérémie 20,7-9 - Romains 12,1-2 - Matthieu 16,21-27
dimanche 1er septembre 2002.
 

Acte manqué.

Par exemple, vous allez féliciter le nouveau marié, et vous lui dites : "Condoléances !" Ou bien, au contraire, vous manifestez votre sympathie à la veuve, à la sortie de l’enterrement : "Félicitations !" La parole prononcée à la place de celle qu’on voulait dire révèle un contenu inconscient qui devait rester caché, c’est pourquoi l’on rougit lorsqu’on s’en aperçoit.

Certains prétendent qu’il faudrait plutôt parler en la matière d’acte réussi, puisqu’il traduit efficacement l’intention la plus profonde du sujet. Mais, en réalité, cette traduction est fautive.

Celui qui parle est tendu en lui-même entre deux mouvement contradictoires : l’un convenable, auquel il n’adhère qu’à moitié, et l’autre dans lequel il se complaît, mais qu’il sait inavouable. Quand ce dernier s’exprime par surprise, il passe au langage comme en fraude, sans avoir été pris en compte par la conscience responsable du sujet. De là vient surtout la honte, ensuite, du flagrant délit : plus que d’avoir des pensées inconvenantes, il est mortifiant qu’elles vous échappent involontairement.

Pour résoudre une contradiction, il faut en payer le prix de renoncement à soi-même. Aucun choix décisif de la vie, tel que le mariage ou la consécration religieuse, ne se fait sans consentement au sacrifice d’une part de son être, de ces potentialités qui ne pourront jamais se réaliser dans la voie pour laquelle on opte désormais. Mais ceux qui trichent avec la vie pour tout garder sans jamais rien lâcher restent tout petits en humanité et vieilliront rabougris.

Comme avec la vie, l’on peut tricher avec la foi.

Dans notre évangile, vous avez entendu que Pierre, ayant écouté Jésus annoncer sa Passion, "se mit à lui faire de vifs reproches" en disant : "Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas." En réalité, le verbe grec traduit par "faire de vifs reproches", épitimaô, signifie d’abord "rendre des honneurs funèbres", puis "renchérir" et enfin "infliger" une punition, un blâme ou un reproche. Quant à l’expression "Dieu t’en garde", elle interprète le mot hiléôs dont le sens est littéralement : "favorable".

En somme, Pierre dit "félicitations" à la place de "condoléances". Il renchérit en confiance en Dieu sur le Fils de Dieu lui-même tout en le reprenant avec présomption. Et cela lui arrive précisément alors qu’il vient de faire sa fameuse confession de foi en vertu de laquelle le Seigneur lui a confié son Église. Il triche avec la foi. C’est pourquoi Jésus le nomme "Satan", du nom de celui qui est tricheur dès le commencement.

Et vous mes frères, ne trichez-vous pas avec la foi ?

Allons, comprenez que nous sommes tous tentés de le faire, comme Pierre, aussitôt que nous l’avons accueillie. Satan, en effet, nous a réclamé pour nous passer au crible, nous que Dieu a justifiés par la foi. C’est terrible ? Certes ! Mais pourquoi croyez-vous qu’il ait fallu que le Fils de l’homme aille jusqu’à la mort de la croix ?

Il triche avec la foi celui qui se refuse à la croix, et il se retrouve plus perdu que ceux qui n’ont jamais cru. En effet, il n’y a pas d’autre chemin de salut pour nous qui, depuis le premier péché, étions condamnés à demeurer rabougris dans une vie fautive perdue d’avance à force de vouloir être gardée et grandie contre Dieu.

Frères, ce péché est plus fort que nous. Mais si nous passons derrière Jésus, lui nous fera traverser la mort dont la peur nous empêchait de vivre. Offrons à Dieu tout instant de notre vie, et surtout les plus cruciaux, offrons tout dans la prière au nom de Jésus, celui qui est mort et ressuscité, et rien ne sera perdu.

Faisons de notre vie entière un sacrifice qui plaise à Dieu, et elle ne sera plus un acte manqué, mais une offrande sauvée.