Dimanche 7 septembre 2003 - Vingt troisième dimanche

"Je me demande si je suis bien fini."

Isaïe 35,4-7- Jacques 2,1-5- Marc 7,31-37
dimanche 7 septembre 2003.
 

"Je me demande si je suis bien fini."

Se poser la question, c’est le commencement de la fin.

Il arrive qu’un enfant sorte du ventre de sa mère pas fini. Parfois, ça n’est pas grave. Mais parfois, ça l’est. Et l’on se demande : est-il viable ?

D’un adolescent, on peut dire en riant : "Il n’est pas fini." Mais un adulte qui n’a pas vraiment appris à se tenir debout tout seul, ou à vivre en société, ou à vivre tout court, cela n’a rien de drôle. Et qui pourra le finir ?

Jésus, en somme, finit le sourd-muet. Il le prend dans ses mains, utilise de la salive et soupire. Cela ne vous rappelle rien ? Ainsi Dieu façonna Adam avec de la terre prise du sol et souffla en lui la vie. Et la proclamation des assistants, "Tout ce qu’il a fait est admirable", est l’écho de l’acclamation des Fils de Dieu qui criaient "Hourra !" tandis que chantaient en chœur les étoiles du matin, lorsque le Puissant posa la pierre d’angle de la Terre et langea l’océan de nuages et de brumes.

Pourquoi Jésus doit-il reprendre la création de l’homme ? N’était-elle donc pas finie ? Non, en effet. Vous vous rappelez que Dieu dût arrêter, au septième jour, l’œuvre qu’il avait faite. La création, sortie toute bonne de la parole et des mains de Dieu, fut arrêtée, mystérieusement, par le Mauvais, homicide dès l’origine. Le péché est refus et destruction de la vie, il est défaite de l’homme fait à l’image de Dieu, décréation. Atteint par le péché, Adam est ramené en deçà de sa perfection créée, il n’est plus viable, et c’est pour cela qu’il meurt.

Dieu a donc envoyé son Fils Jésus pour sauver sa création en perdition. Mais comment fait-il ? Avez-vous remarqué que Jésus prend le sourd-muet à part, à l’écart de la foule ? Ainsi isolé, il est comme seul au monde, comme Adam lui-même remis sur le métier, et Jésus, en lui, guérit l’homme, tout homme, de la faute originelle qui fut de se faire sourd à la parole de Dieu. Mais, en plus, Jésus mis à l’écart puis, levant les yeux au ciel et rendant l’Esprit dans un gémissement, cela ne vous rappelle rien ? C’est la Croix, bien sûr. Pour nous guérir du péché, Jésus a pris sur lui notre souffrance corps à corps, corps pour corps, comme on le voit pour le sourd-muet. Et cette compassion se réalise pleinement sur la croix.

Cette délivrance du péché qui est une création nouvelle, accomplie avec de l’eau (la salive) et dans l’Esprit soufflé par le Fils de Dieu mourant en croix, cela ne vous rappelle rien ? C’est le baptême, évidemment, celui que nous avons reçu, au cours duquel le prêtre peut célébrer le rite de "l’Effata !" qui signifie la victoire sur le Mal qui tenait l’homme en son pouvoir loin de Dieu. Par ce baptême, Dieu nous fait, comme dit saint Jacques, riches de la foi et héritiers du Royaume qu’il a promis à ceux qui l’auront aimé. Alors, je me demande, en nous voyant ici ce matin, si notre baptême est bien fini.

Non, ce n’est pas fini, notre baptême. Nous n’avons pas fini d’en vivre la grâce, d’être pétris, façonnés, convertis, transformés par l’écoute de la Parole et sa mise en pratique. Nous ne sommes pas encore tout entiers christifiés, bien qu’ayant commencé à l’être par la grâce du baptême.

Au début de chaque messe, nous passons par la liturgie pénitentielle qui est mémoire vive de notre baptême. Cette ouverture nous dispose à entendre la Parole et nous mène à la communion, couronnement de l’Eucharistie qui est le sacrement de l’achèvement dans la grâce.

Ainsi, confesser notre péché, reconnaître que nous ne sommes pas finis, est le commencement de la fin bienheureuse à laquelle nous sommes promis : la vie en plénitude dans la communion avec Dieu.

Laissons-nous saisir dans les bras du Christ étendus sur la croix, cherchons dans la communion à sa Passion la guérison de ce qui nous empêche de vivre, et nous n’aurons pas fini d’être heureux de chanter la gloire de Dieu.