Université de Quartier

La Charité

2001.
 

Chers amis...

"Chers amis", autrement dit "amis chéris", est un pléonasme : ami signifie “qu’on aime” et chéri aussi. Mais quand on aime, on n’hésite pas à le dire deux fois.

Au fait, "cher" veut dire d’abord "qui coûte". N’est-ce pas une curieuse façon de dire "aimé" ? En tout cas, cette tournure a fait fortune dans l’usage courant, et elle correspond au nom de ce qui nous intéresse directement aujourd’hui, la “charité”.

On dit souvent charité chrétienne. Vous en connaissez une autre ? Charité est un mot technique de la langue chrétienne. Comme Christ. Connaissez-vous un autre Christ que le Christ chrétien ? Mais il apparaît que les mots propres de la foi chrétienne sont banalisés dans le langage ordinaire, si bien qu’on se trouve parfois obligé de les ramener à leur sens propre.

"Charité" est un mot chargé d’histoire et souvent pris en mauvaise part. N’avez-vous jamais entendu dire : "Surtout, pas de charité !" Sous-entendu : pas cette chose ignoble qu’est la charité ! Ou encore des protestations : "Je ne demande pas la charité !" ou bien "Je ne fais pas la charité !" Sous-entendu : n’allez pas croire cela de moi ! Quelle honte, quelle indignité, que la charité ! Ce mot spécifiquement chrétien, a été tellement disqualifié qu’on a essayé de le remplacer par d’autres, par exemple récemment par le mot "solidarité". Mais, en un sens, la "charité" a toujours été suspecte.

En effet, d’où vient ce mot ? Du latin caritas qui veut dire simplement "cherté", coût. Historiquement, c’est saint Jérôme qui, dans sa traduction du Nouveau Testament, a rendu le grec agapè par le latin caritas. Or, il y a lieu de s’étonner de ce que le Nouveau Testament utilise le plus souvent, pour dire "amour" dans le meilleur sens du terme, le mot agapè.

En grec, aimer se dit philéô (qui donne en français le préfixe phil-, comme dans "philanthrope", qui aime les hommes) et l’amitié se nomme philè. Deux autres verbes veulent dire aimer : agapaô et éraô, auxquels correspondent respectivement les substantifs agapè et éros. L’éros, on le sait, est l’amour considéré comme attraction sexuelle. Quant à agapaô, il signifie "aimer mieux, préférer". Autrement dit, le plus "noble" des trois vocables est nettement philéô. Alors, pourquoi avoir choisi agapaô ?

Pour répondre à cette question, je vous propose de relire l’Évangile de Jésus Christ selon saint Jean au chapitre 21, les versets 15 à19. Ce texte est célèbre : il s’agit de la triple confession d’amour de Pierre en réponse à la triple question du Seigneur, qui lui donne par trois fois ce mandat : Pais mes brebis, pais mes agneaux.

Selon la traduction liturgique, trois fois le Seigneur demande à Pierre : "m’aimes-tu ?", et trois fois Pierre répond : "je t’aime”. Or, ici, comme souvent dans saint Jean, il y a une variation de vocabulaire qui disparaît à la traduction. En grec, les deux premières fois, le Seigneur demande à Pierre : agapâs mé ? et Pierre répond : philô sé. Mais la troisième fois, le Seigneur demande : philéis mé ? Alors, dit le texte, Pierre fut peiné de ce que, pour la troisième fois (to triton), le Seigneur lui demande est-ce que tu m’aimes (philéis mé) ? Et il répondit : Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime (philô sé).

Sur cette variation de vocabulaire, je connais trois thèses principales plus ou moins répandues :

-  la plus fréquente affirme que le véritable amour est agapè, tout à fait supérieur à philè, et que Pierre, donc, fait preuve d’humilité et de lucidité en n’osant pas répondre au Seigneur à ce niveau suprême où il veut le placer.

-  la seconde interprétation, au contraire, s’appuie sur le fait que, en grec, philéô est le mot qui signifie aimer au sens le plus fort, le plus beau et le plus plein, tandis qu’agapaô n’exprime que le fait de préférer, “d’aimer bien”. Alors il faut comprendre que Pierre, au contraire de ce qu’assume la première interprétation, proteste de la force et de la grandeur de son amour pour le Seigneur, qui ne lui en demandait pas tant.

-  la troisième considère que cette variation de vocabulaire n’a aucune importance. Cette opinion surprenante se trouve pourtant chez des exégètes et des commentateurs tout à fait savants, convenables et catholiques.

À tout prendre, mieux vaut d’ailleurs la troisième opinion que les deux premières, même si cette dernière, je pense, manque à prendre le texte assez au sérieux dans son détail. Car, et c’est pire, les deux premières ne retiennent du texte que ce qui leur convient.

Si le Seigneur demandait à Pierre le véritable amour chrétien, à savoir agapè (charité), et que Pierre n’osait pas répondre à ce niveau, pourquoi demanderait-il la troisième fois philéis mé ? Cela signifierait que, découragé, Il renoncerait à demander à Pierre le véritable amour chrétien ? Ce serait fort mal venu, surtout au moment où il lui confie d’être le berger de ses brebis.

Selon la deuxième thèse, au contraire le Seigneur n’en demande pas tant, alors que Pierre lui, prétend beaucoup. Mais alors, quand, la troisième fois, le Seigneur change sa question pour adopter son vocabulaire, Pierre devrait être non pas peiné mais, au contraire, heureux : enfin le Seigneur admet qu’il peut aller jusqu’au plus haut niveau de l’amour !

Bien entendu, tous les commentaires soulignent que cette triple profession d’amour fait écho au triple reniement et c’est une remarque judicieuse. Donc, la peine de Pierre à l’énoncé de la troisième question pourrait venir, tout simplement, de ce qu’il ne comprend qu’à la troisième fois l’allusion à ce souvenir douloureux pour lui. Mais si Pierre se rappelait ce triple reniement à cause de la triple demande d’amour, dans la seconde interprétation cette troisième demande devrait sonner pour lui précisément comme un pardon. Pierre a déjà pleuré, il est déjà revenu, l’annonce du pardon lui a déjà été donnée par le regard du Seigneur. Donc cette troisième demande, formulée enfin en "philein" et non plus seulement en "agapân", devrait sonner pour lui comme le pardon complètement reçu et accueilli.

En outre, cette deuxième thèse qui ne retient que la sémantique grecque classique sans tenir compte de l’usage chrétien nous met en porte-à-faux avec le reste du Nouveau Testament. Parce qu’effectivement, dans l’ensemble du Nouveau Testament c’est agapân qui porte le son spécifique de l’amour selon le Christ Jésus.

Voilà pourquoi je vous propose d’entrer dans une quatrième façon de voir.

Où se trouve dans le texte l’indice très précis, très clair, qui va nous faire basculer, je pense, du bon côté ? Je vous ai déjà indiqué que, en grec, agapaô c’est préférer, aimer mieux. En plus, la première question que pose le Seigneur à Pierre est exactement : Simon, m’aimes-tu plus que ceux-ci (pléon toutôn) ? Il y a un renforcement du verbe choisi par la précision donnée : plus que ceux-ci. En général on fait d’autant moins attention à cette précision qu’elle nous gênerait plutôt.

Qui sont, en effete, "ceux-ci" dont parle le Seigneur ? Si ce sont les compagnons de Pierre, nous sommes portés à comprendre : est-ce que tu as plus d’amour pour moi que les autres n’en ont pour moi ? Cette sorte de compétition n’est pas très agréable, et nous préférons ne pas entendre ce détail qui nous paraît peu édifiant. Seulement nous nous trompons : en fait, il ne s’agit pas de savoir si Pierre l’emporte sur ses compagnons en amour pour le Seigneur mais si Pierre aime le Seigneur plus qu’il n’aime ses compagnons. Le “ceux-ci” prend alors une valeur tout à fait générale : est-ce que tu m’aimes moi plus que tu n’aimes tout autre ? Et là nous tenons enfin une intelligence complète et cohérente du texte.

Voilà, d’ailleurs, le critère que je vous invite à retenir d’une manière générale : chaque fois que nous avons une lecture de l’Évangile, une façon de l’entendre, dans laquelle nous nous mettons en fait au-dessus de la parole de Dieu, en écartant ce qui ne nous paraît pas à la hauteur et en oubliant ce qui ne cadre pas avec nos pensées, nous sommes sûrement dans l’erreur. Tant que nous n’avons pas une intelligence du texte qui nous fasse recevoir tout l’ensemble et chaque détail, nous ne sommes certainement pas au niveau du texte.

Revenons à notre passage. Nous avons compris que le Seigneur demande à Pierre s’il l’aime, Lui, plus que tous et plus que tout. Pierre répond non sans ambiguïté en termes de phileô. Une fois, deux fois, alors la troisième fois le Seigneur lui demande : philéis mé et à ce moment là, Pierre comprend que la véritable façon d’aimer, philein, le Seigneur, ne peut-être qu’une agapê, c’est à dire un amour de préférence radicale. Alors, à ce moment, il est attristé. To triton en grec signifie normalement "pour la troisième fois". Mais nous sommes amenés à traduire ici "la troisième fois" : en effet, la troisième fois, le Seigneur demande à Pierre non pas agapasmé pour la troisième fois, comme les deux premières fois, mais philéismé. Alors Pierre comprend qu’il n’a pas eu pour le Seigneur l’amour qu’il fallait (agapè) puisqu’il ne l’a pas préféré à tout. Il comprend que là est la trahison, là est le reniement, et alors il répond la troisième fois, encore une fois, philô sé, et parce qu’il a compris, parce qu’il s’est attristé, ce philô signifie que Pierre comprend qu’il a manqué à l’agapè.

Cet amour d’absolue préférence pour le Seigneur est un paradoxe. Ce qui est absolu n’est pas relatif, par définition. Mais, dans la condition faible et changeante où nous sommes, nous ne connaissons l’absolu, nous ne l’approchons, qu’en l’aimant relativement plus que tout, qu’en le préférant à toute autre réalité.

Combien de fois, en effet, le Seigneur ne nous le dit-il pas dans l’évangile, d’une manière ou d’une autre : Celui qui ne "hait" pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, ne peut pas être mon disciple (Luc 14,26). Telle est la formulation peut-être la plus saisissante d’un thème capital dans les quatre évangiles, et c’est celle de Luc, le plus helléniste de tous, qui ne saurait donc employer le verbe "haïr" par simple sémitisme. Et Jésus prolonge cette parole terrible par deux petites paraboles qui en sont comme une explication : celle de l’homme qui veut construire une tour et doit d’abord compter s’il a ou non de quoi aller au bout, et celle du roi qui n’a que dix mille hommes avec lui voit venir contre lui un autre roi accompagné de vingt mille hommes. Cela signifie, premièrement, que personne n’a les moyens de mesurer son adhésion à Jésus : elle doit être totale et sans conditions. Deuxièmement, personne n’a, non plus, les moyens de refuser cette adhésion : qui pourrait résister à Dieu venant à lui avec ses innombrables légions d’anges ou, plus encore, avec son propre Fils donné en sacrifice ?

En toute ciconstance, nous sommes "passés au crible" comme dit le Seigneur à Simon : “Satan vous a réclamés pour vous passer au crible”. Chaque fois que se présente concrètement à nous la question de l’agapè, la question de la charité, c’est-àdire d’avoir à aimer le Seigneur plus que tout et plus que nous-mêmes, nous sommes mis à l’épreuve.

Telle est aussi la leçon de l’épisode de l’homme riche. En saint Luc, d’ailleurs, il ne s’agit pas d’un jeune homme mais d’un "chef", quelqu’un d’âge responsable : “J’ai fait cela depuis ma jeunesse” répond-il à Jésus qui lui parle d’observer les commandements. Mais, comme il avait de grands biens, ils’en va tout triste dès que le Seigneur lui dit : “Vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres, tu auras au Ciel un trésor. Et puis, toi, viens et suis-moi”.

Chaque fois que nous butons sur l’obstacle, chaque fois que nous ne nous laissons pas volontiers élever à la charité, c’est à dire à l’amour absolu de Jésus Christ, nous sommes comme l’homme qui s’en va tout triste.

Est- ce un départ définitif et sans remède ? Le Seigneur lui-même nous a prescrit de pardonner sept fois soixante dix sept fois. Sommes-nous capable de dire inlassablement : allez, reviens, essaie encore ? Peut-être le faisons-nous d’ailleurs plus que nous ne le pensons : les parents, par exemple, le font bien pour leurs enfants. En tout cas, le Seigneur le fait certainement pour nous, c’est pourquoi nos défaillances ne sont jamais sans remède, et donc pas forcément définitives.

Vous voyez bien, mes amis, que la charité n’est pas une beauté de plus réservée à une élite, ni une spécificité chrétienne sans rapport avec les aspirations des hommes de bonne volonté. La charité est ce qui fait réussir l’amour, cette réalité humaine à la fois commune et idéale. Ainsi Dieu est amour. Mais quant à nous, nous sommes toujours dans la situation où la création gémit dans les douleurs de l’enfantement. En attendant la révélation de la gloire des fils de Dieu, nous sommes dans une lutte perpétuelle pour que l’amour réussisse.

Nous n’avons donc pas, nous chrétiens, à nous prétendre des spécialistes ou des champions de l’amour. Nous sommes seulement témoins de Celui qui le fait réussir. Si nous avons à faire le bien, c’est comme tout homme, et tout homme le sait en conscience. La supériorité du Christ, celle qu’il nous confère, est de réussir à faire le bien c’est-à-dire à aimer, et d’y réussir par sa pure grâce.

C’est ce qu’exprime l’Apôtre Paul dans la première lettre aux Thessaloniciens : " Pour ce qui est de l’amour fraternel, vous n’avez pas besoin que je vous en parle, car vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres" (1Th4,9). Et, dans un passage de l’épître au Philippiens qui mériterait d’être mieux connu : “Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela prenez-le à votre compte... Et le Dieu de la paix sera avec vous."

Ne dites donc plus jamais "Cela n’est pas chrétien" parce que quelqu’un s’est montré égoïste, orgueilleux, violent ou dépravé. Dites : ce n’est pas bien. Car le bien est commun à tous les hommes et tous nous avons de même à faire le bien. Ce qui est spécifiquement chrétien, la "charité", c’est d’aimer le Seigneur Jésus Christ plus que tout, en sorte que tout amour réussisse.

"Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie" (Philippiens 4,4).Car, ce qui est chrétien, c’est de reconnaître le salut en Jésus Christ c’est-à-dire toujours d’abord une joie et une action de grâce. Nous touchons toujours la source de la charité dans la joie. "Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus." (Philippiens 4,5-7)

Quelle que soit notre situation dramatique de besoin ou de détresse, aussitôt que nous nous tournons vers Dieu dans une prière suppliante pénétrée d’action de grâce au nom de son Fils, la paix s’empare de nos cœurs.

Si nous prétendons être chrétien par la façon dont nous sommes particulièrement justes et vertueux, nous provoquons une double ruine : nous ruinons la possibilité d’annoncer le Christ, car nous n’annonçons que nous-mêmes, et nous ruinons aussi la possibilité d’accorder une juste estime et considération à ceux qui ne sont pas chrétiens. C’est tout le contraire de la charité ! La charité ne peut absolument pas être quelque chose dont je me gonfle, car la charité ne gonfle pas. Elle est soumission sans condition, en toute humilité, au dessein miséricordieux de Dieu en Jésus Christ.

J’évoquais tout à l’heure la petite parabole de l’homme qui veut construire une tour. Qu’est ce donc que cette tour ? Dans le contexte biblique, elle évoque la tour de Babel, celle de l’humanité qui veut toucher le ciel. Vous avez une grande ambition si c’est celle d’être disciple du Christ, et vous avez raison de l’avoir. C’est la seule manière pour l’homme sous le ciel de se faire véritablement "un nom". Mais faites bien vos comptes : avez-vous les moyens de bâtir cette tour-là ? Car elle vous coûtera tout. Et même ce que vous ne savez pas avoir. Alors, dira-t-on, cela est bon pour les excités et les illuminés, pour ceux qui veulent faire plus ou mieux que tout le monde ? Erreur ! Celui qui ne va pas jusque là n’est pas disciple du tout, il est indigne d’être disciple du Christ.

Celui qui d’avance limiterait sa participation au mystère chrétien à une moindre ambition que cette tour là, qui touche les cieux, celui-là est indigne de la vocation chrétienne.

Le Seigneur est doux et humble de cœur. Il dit : “venez à moi car mon joug est facile et mon fardeau léger”. Le Seigneur ne nous demande pas d’être accablé. Bien au contraire, si je suis sombre et amer, si j’ai du ressentiment contre un Dieu qui m’en demande toujours trop, je ne suis ni disciple ni témoin de Jésus Christ.

La question est de savoir si je fais ce que je dois faire. Par exemple, si je passe trop de temps à m’occuper de donner des vêtements et de la nourriture aux malheureux, je ne fais pas ce que je dois faire, je ne fais pas ce que le Seigneur me demande. Mais qui va juger de ce "trop" ? Il y a pour effectuer ce discernement des dispositions, des médiations, des institutions et des autorités ecclésiales. Il ya des hiérarchies de devoirs, et la nécessité de certains équilibres. Et, par-dessus toui cela, le repère très ferme de la Parole de Dieu. Qu’est-ce que le Seigneur nous demande, quel sacrifice ? C’est l’obéissance qu’il veut, la miséricorde, qu’il aime ! Il s’agit de se soumettre tout entier au bon berger, à sa volonté d’amour qui s’exprime en Église.

Certains pourraient penser : si je ne me sens pas capable d’être disciple comme cela, tant pis, j’irai ailleurs, j’irai où je voudrai, d’ailleurs chacun va là où il veut. Vous croyez cela ? Quel est le roi qui en voit venir un autre avec vingt mille hommes et pense lui tenir tête avec dix mille ? Vous avez entendu cette parole du Christ “Viens, suis-moi, abandonne tout”, et vous croyez que vous allez tranquillement l’oublier ? Lui qui est venu dans notre chair jusqu’à la croix, lui, le propre Fils de Dieu, qui est bien plus que dix mille légions d’anges, vous pensez pouvoir lui tenir tête indéfiniment ?

“Tu détruis ceux qui te délaissent, dit le Psalmiste, qui s’éloigne de toi périra”. Psaume 73 (72), verset 27.

Cela ne fait que vous perdre et vous détruire de résister à l’amour irrésistible de Dieu.

Le plus tôt vous aurez fait votre soumission sans condition, le mieux ce sera. C’est cela, la charité, c’est cela, la paix. La paix de l’homme, c’est d’abandonner la lutte contre Dieu. Et il n’y a pour cela qu’un chemin, car il n’y a qu’un seul Nom, un seul médiateur : le Christ Jésus.

N’allez pas parler d’amour chrétien autrement qu’en désignant le Christ Jésus. Chrétiens, nous n’avons rien d’autre de spécifique à annoncer au monde que lui. Et si ce mot de "charité" attrape si facilement l’opprobre, il ne faut pas nous en étonner. Car Celui qui n’avait plus visage d’homme sur la croix a pris sur Lui, par amour, tout l’opprobre de l’humanité.

Vous le voyez, il ne s’agit pas de défendre un mot, fût-il celui de charité, il s’agit de tenir fermement à Celui qu’il faut aimer plus que tout. Lui-même nous dit : "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître" (Jean 15,15).

Cet ami là, qui se lie à nous à la vie à la mort, peut nous coûter cher. C’est un cher ami, c’est certain. Mais c’est pour notre joie et notre salut éternel.


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