Dimanche 13 octobre 2002 - Vingt-huitième dimanche

L’histoire recommence.

Isaïe 25,6-9 - Philippiens 4,12-14.19-20 - Matthieu 22,1-14
dimanche 13 octobre 2002.
 

L’histoire recommence.

Un homme épouse une femme. Il est content. Peu à peu, les choses se gâtent. Un jour, c’en est trop, il la renvoie. L’homme épouse une autre femme. Il est content. Peu à peu, les choses se gâtent...

Un malédiction, une fatalité de ce genre, semble poursuivre le roi de notre évangile d’aujourd’hui. Il convoque ses invités : il doit les aimer, il aurait plaisir à les rassembler. Mais, finalement, il les extermine et brûle leur ville. Il envoie ses serviteurs chercher d’autres invités pour emplir la salle du festin. Il entre et aussitôt cela tourne mal, avec ténèbres et grincements de dents à la clef.

En plus, rappelez-vous, dimanche dernier nous entendions déjà un scénario catastrophe de cette espèce, avec les vignerons homicides que le propriétaire devait faire périr misérablement pour les remplacer par d’autres. Mais nous avions découvert que Jésus annonçait une autre fin de l’histoire, par cette parole fulgurante : La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, voilà l’œuvre du Seigneur, c’est pourquoi je vous dis que le Royaume des cieux vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui en fera les fruits.

Nos deux paraboles, celle de dimanche dernier et celle d’aujourd’hui, sont comme deux volets articulés autour de cette prophétie du sacrifice et de la résurrection du Fils de Dieu, qui projette sa lumière sur l’une comme sur l’autre.

Avec les vignerons, nous avons compris que si les chefs du peuple de l’ancienne Alliance persistent dans leur refus de la grâce de Dieu, ils le mènent à sa perte selon leur propre dessein. Pourtant, le projet de Dieu reste la conversion des pécheurs et leur entrée dans la joie d’être sauvés. Avec les invités au festin nous faisons un pas de plus au-delà de la reprise de la leçon précédente.

Comprenons d’abord que les préparatifs des noces évoquent ces sacrifices " de taureaux et d’agneaux gras par milliers", selon les préceptes de l’ancienne Alliance, qui ne pouvaient sauver le peuple de ses péchés. Ils n’étaient que la préfiguration du sacrifice de l’Agneau de Dieu, le propre Fils du Roi céleste : alors, sur le bois de sa croix, l’Église, son épouse sainte, naît de son côté ouvert.

Ce sacrifice est pour le pardon des meurtriers, pour qu’il échappent au châtiment. S’ils refusent cette grâce, ils choisissent de subir les conséquences de leurs actes. Cet avertissement était pour les interlocuteurs juifs de Jésus, nous l’avons compris, mais il est aussi pour tous ceux qui entrent dans l’Alliance après Pâques, donc pour nous.

Sont rassemblés dans la salle du festin tous ceux qui sont trouvés sur les chemins, "les mauvais comme les bons". En fait, en grec, il s’agit plus littéralement des "méchants" et des bons. On pourrait traduire : "les misérables et les personnes de qualité", ou encore "la racaille et les gens bien".

L’Église doit être témoin de la mort et de la résurrection du Christ, c’est-à-dire d’un amour qui nous confond tous. La vision de cet amour doit faire tomber à genoux celui qui fait le mal, parce que ce mal se révèle en vérité dans les souffrances et les souillures infligées au Fils de Dieu qui nous aimés jusqu’à donner sa vie pour nous. Et elle doit faire tomber à genoux celui qui, parce qu’il se tient plutôt bien, méprise les misérables, eux pour qui le Fils de Dieu a donné sa vie ; celui qui se croit juste de sa propre justice, alors que son cœur reste mauvais sans la guérison que seul peut donner l’Esprit Saint.

Si l’Église se transforme en un club de ceux qui ont le bon Dieu alors que les autres ne l’ont pas, ou bien en la caste de ceux qui sont bien alors que les autres ne le sont pas, elle reproduit trait pour trait l’attitude des chefs des prêtres et des pharisiens : elle prétend avoir succédé aux juifs de l’évangile dans la fonction de peuple élu avec plus de mérite et de grâce qu’eux, mais elle répète leur refus et reprend leur chemin de catastrophe. Telle est la signification de l’homme sans vêtement de noces.

En effet, le vêtement de noces, c’est la foi baptismale. Croire au sacrifice de Jésus et à sa résurrection, croire qu’en lui nous avons le pardon et la sanctification, éprouver cette vérité dans toute sa vie, c’est cela revêtir le Christ.

Sans cette foi, que venons nous faire à la messe ? Si ce n’est pour adorer et recevoir celui qui sauve le monde par pure grâce, selon le trop grand amour de Dieu, nous venons pour notre perte. Nous annulons le seul événement qui surmonte la vieille malédiction de l’homme privé de Dieu, nous mettons le salut en échec et l’histoire de malheur recommence.

Mais, si nous croyons à l’Agneau de Dieu, quand nous communions à lui l’histoire du salut s’accomplit.