Dimanche 20 octobre 2002 - Vingt-neuvième dimanche-Anniversaire de la Dédicace de l’église

Il n’y a pas écrit, là...

Isaïe 45,1.4-6 - 1Thessaloniciens 1,1-5 - Matthieu 22,15-21
dimanche 20 octobre 2002.
 

Il n’y a pas écrit, là...

Devant une demande excessive ou déplacée, on proteste : je ne suis pas voué à cela, je n’y suis pas dédié, dédicacé. Dédicacer vient du latin dicare, déclarer, au sens où, par exemple, on dit : "Je vous déclare mari et femme." Il s’agit d’une annonce qui n’est pas simple parole, mais puissance et action. I put a spell on you. Because you’re mine. Tu es à moi ! God-spell, récit de Dieu, Gospel, Évangile...

Dans l’évangile, littéralement selon le grec, les pharisiens veulent "attraper Jésus en une parole". Le piège est simple et astucieux : si Jésus reconnaît qu’il accepte l’impôt à César, on peut déclarer qu’il est lui-même à César puisqu’il se reconnaît comme son sujet ; dans le cas contraire, Jésus se range dans le parti des adversaires de César, et l’on peut donc le livrer à César comme séditieux et rebelle. D’une façon ou d’une autre, au bout du compte, les pharisiens auront donné Jésus à César.

Connaissant leur calcul, Jésus trouve une réponse qui va laisser ses interlocuteurs tout étonnés, comme le précise la suite du texte, juste après la fin de notre passage. Pour comprendre en quoi cette formule devenue banale et proverbiale, "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", est si stupéfiante, il faut savoir que, sur le denier romain qui servait à acquitter l’impôt, figurait le profil de l’Empereur avec la légende suivante : Tibère César, fils auguste du divin Auguste, grand prêtre.

Jésus commence donc par demander : Qu’est-ce qui est écrit là ? Ce denier, voué à César au témoignage même de l’inscription dont il est frappé, il n’est ni abusif ni déplacé de le rendre à César. Mais, qu’en est-il de Jésus lui-même, puisque aussi bien c’est de lui qu’il s’agit, au fond, puisque c’est lui que les pharisiens veulent prendre et donner ?

Jésus, nous le savons, est l’image même de Dieu le Père, il est le Verbe, la Parole proférée de toute éternité, il est Dieu, Fils de Dieu. Il y a là bien plus qu’une monnaie portant effigie et légende, et dont la valeur n’est que passagère et corruptible. Sous l’humble apparence de l’homme, c’est le Bien éternel et véritable qui se présente à nous, le salaire inouï qui se cachait sous la figure du denier donné à tous par le maître trop généreux de la parabole des ouvriers de la onzième heure.

Cela, les pharisiens le savent, et ils ne veulent pas le savoir. Ils le voient bien : les actes et les paroles de Jésus témoignent clairement, à la lumière des Écritures, qu’il est bien celui qu’on attendait. Les sages et les savants qu’ils sont ne peuvent s’y tromper. Mais, ils refusent de se rendre à l’évidence, ils préfèrent espérer et ourdir un improbable revirement de l’histoire qui donnerait raison à leur folie. Encore cette fois ils s’étonnent de la puissance déployée à leurs yeux par Jésus en sa réponse fulgurante, mais ils s’en vont pour ne pas se rendre.

La parole de Jésus juge et condamne leur dessein : ils veulent livrer à César celui qui est à Dieu de toute éternité. Ils refusent de rendre à Dieu celui qui est à Dieu. Jésus, au contraire, est venu chercher et sauver ce qui était à lui depuis l’origine, car en lui tout a été fait. Ce monde tombé au pouvoir de l’ennemi, Jésus va le payer de sa vie. Le sacrifice de la croix que lui demande son Père, il ne le trouvera ni excessif, ni déplacé, bien qu’il soit le Fils de Dieu. Car, de même qu’il se reçoit tout entier du Père, il se remet tout entier à lui.

Et nous, frères, nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais à lui qui est mort pour nous. Au jour de notre baptême, le nom de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, a été invoqué sur nous. Et nous avons revêtu le Christ, lui qui est la parfaite icône du Père. Si cette église de pierre est consacrée à Dieu, c’est pour qu’on y dise la messe. C’est-à-dire pour que le peuple sacerdotal que constitue l’assemblée des baptisés dans la foi y célèbre l’Eucharistie de Jésus Christ. Ce ne sont pas seulement les prêtres, frères, c’est notre assemblée sainte tout entière qui offre le sacrifice du Christ, qui offre le Christ à son Père.

Le seul culte agréable à Dieu et digne de lui, c’est l’offrande que Jésus fait de lui-même en action de grâce à la gloire de son Père. Sauvés par lui, nous ne pouvons faire autrement que lui. Il est lui-même le prêtre, l’offrande et l’autel, et nous le sommes aussi, en lui et grâce à lui, ici et dans toute notre vie.

Enfin, de même qu’avant toute Eucharistie du Fils le Père l’a engendré dans un mouvement où lui-même, Amour, se donnait tout entier, de même Dieu s’est, de quelque manière, voué à nous avant que nous ne puissions lui rendre quoi que ce soit. "Voici que je t’ai gravée sur les paumes de mes mains" déclare l’Éternel à Sion, dans un amour sans repentance. Et le Fils dit toujours à nouveau son amour éternel à l’Église, l’épouse chaste et sainte pour laquelle il a donné sa vie.

Voilà pourquoi notre joie d’aujourd’hui, en ce jour de fête paroissiale, est l’annonce et l’avant-goût de la joie éternelle qui nous est promise, puisque nos noms sont inscrits dans les cieux.

Réjouissons-nous car il est écrit là-haut que nous serons heureux.