Dimanche 10 novembre 2002 - Trente-deuxième dimanche

Quel est le défaut le plus détestable ?

Sagesse 6,12-16 - 1Thessaloniciens 4,13-18 - Matthieu 25,1-13
dimanche 10 novembre 2002.
 

Quel est le défaut le plus détestable ?

Les adolescents répondent presque toujours que c’est l’hypocrisie. Mais nous savons bien haïr aussi l’égoïste (celui qui ne s’occupe pas de moi), l’arriviste (celui qui se débrouille mieux que moi) et l’arrogant (celui qui pense pouvoir se passer de moi).

Il ne faut pas s’étonner, dès lors, que la parabole des dix vierges soit désagréable à tous ceux d’entre nous qui ne sont pas du genre "premier de la classe trouvant normal de réussir mieux que les autres, puisqu’il est le meilleur".

Jésus donne-t-il vraiment en exemple ces jeunes filles qui refusent de partager leur huile avec les autres qui n’en ont plus et leur conseillent, alors que le temps presse, d’aller en acheter chez d’improbables marchands nocturnes, ce qui revient à les envoyer balader en se moquant de leur sottise ?

Si c’était le cas, le Seigneur ne tirerait pas de l’histoire, à la fin, cette étonnante morale : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Il dirait plutôt : Faites des provisions habiles et gardez-les pour vous en cas de besoin, ainsi vous vous en tirerez bien quand les autres iront à la catastrophe.

En fait, les dix jeunes filles se sont toutes assoupies et endormies, donc les sages pas plus que les folles ne sont l’illustration de la sentence conclusive.

Certes, les insensées sont particulièrement celles qui ne veillent pas. Elles représentent ces chrétiens qui ne se soucient guère de travailler à leur salut, pensant qu’ils peuvent "profiter" du temps présent, c’est-à-dire y poursuivre surtout les satisfactions d’ici-bas, et que le moment venu (à leur mort ou à la fin du monde, peu importe pour eux !) ils iront quand même comme tout le monde au Paradis.

Lorsqu’un doute les effleure, ces insensés se rassurent en pensant aux saints hommes, ceux du passé ou ceux d’aujourd’hui, qui s’appliquent à prier et à bien faire : ils comptent que les mérites de ces courageux seront bons à prendre aussi pour eux-mêmes. Une visite de temps en temps à un monastère, à une nonne ou à un "bon prêtre", accompagnée d’une obole convenable, devrait suffire à garantir l’heureuse issue de l’affaire.

Que mériteraient ces insensés ? Qu’au moment fatidique, le vénéré moine, la chère religieuse ou le prêtre admiré leur dise : désolé, mais, finalement, j’ai tout juste assez pour moi. D’ailleurs, vous avez calculé pour vous-même au plus juste, n’est-ce pas ? Eh bien, moi aussi ! Tant pis pour vous.

En somme, la sagesse des vierges sages de la parabole n’est que la projection de l’idée que s’en font les vierges folles : un calcul avantageux. Et fou, en fait, est aussi celui qui s’imagine pouvoir, à force de mérites entassés comme louis d’or, se préparer un droit d’entrée dans le Royaume de la grâce.

Et que dire de l’époux qui ferme sa porte au nez des folles ? Ce brutal ne sera-t-il pas bien puni par les "sages" qu’il a prises avec lui et qui sauront lui en faire voir de toutes les couleurs, malignes comme elles sont ? Bref, nous avons là encore un scénario catastrophe, comme c’était le cas pour les paraboles précédentes entendues ces derniers dimanches. Et, aujourd’hui encore, il s’agit d’éviter la catastrophe en écoutant l’avertissement du Seigneur.

Soyons attentifs, à chaque instant de notre vie, à la venue du Seigneur : il nous visite dans les joies et les peines, dans les bienfaits et dans les épreuves, dans la lumière et dans la ténèbre. C’est maintenant, à chaque heure de cette existence, dans les réalités qui passent, que nous avons à mener le combat spirituel et la poursuite des biens qui demeurent.

Maintenant imitons l’humilité divine, la patience passionnée et la générosité inouïe de celui qui est mort pour le pardon de nos péchés, nous révélant et accomplissant ainsi le dessein de salut universel de Dieu son Père.

Par-dessus tout, fuyons l’hypocrisie qui consiste à porter le nom du Christ par calcul, alors qu’il s’est donné tout entier jusqu’à la mort par amour fou pour l’Église, son épouse, afin qu’elle vive toujours.