Dimanche 17 novembre 2002 - Trente-troisième dimanche

Quelle ambiance !

Proverbes 31,10-13.19-20.30-31 - 1Thessaloniciens 5,1-6 - Matthieu 25,14-30
dimanche 17 novembre 2002.
 

Quelle ambiance !

Quelle ambiance mettez-vous ? L’ambiance, c’est tout, pratiquement.

Nous savons ce qu’est une bonne ambiance : tout le monde y met du sien, les tâches s’accomplissent volontiers, tous sont contents de la réussite de chacun, même ce qui est pénible se tourne en bien.

La mauvaise ambiance, au contraire, consiste dans le soupçon, la jalousie, la malveillance, le dépit, l’envie, le ressentiment, la rivalité et l’hostilité. Tout est pris en mauvaise part, même le plaisir ou le succès.

Il suffit d’un mauvais sujet, parfois, pour tout gâcher.

Par exemple, le troisième serviteur de la parabole : tout allait bien le ton était à la fête, et le voilà qui déblatère contre le maître en lui rendant son talent. Tout ce qu’il dit est faux : le maître, en réalité, a semé et répandu, et ce n’est pas pour ramasser, puisqu’à la fin de la parabole il ordonne de remettre le talent rejeté "à celui qui en a dix". D’ailleurs, s’il avait vraiment eu peur de ce maître qu’il déclare dur, il n’aurait pas osé se mettre en situation si fautive.

Du coup, le maître lui-même semble atteint par le mauvais vent que souffle le mauvais serviteur. Lui qui, généreusement, avait distribué des sommes énormes (un talent représentait le salaire d’une vie d’ouvrier), les appelant, de surcroît, "peu de choses", semble devenir mesquin : il regrette les intérêts qu’aurait pu lui servir une banque ! Enfin il fait jeter le "bon à rien" dans les ténèbres affreuses. Quelle fin, hélas, désastreuse et catastrophique !

Mais nous-mêmes, mes frères, ne sommes-nous pas tentés de prêter l’oreille au discours du mauvais coucheur ? Nous disons que, quand même, c’est injuste : comme d’habitude, c’est celui qui a reçu le moins qui a le mauvais rôle. Et puis, quelle dureté chez ce maître qui le punit si lourdement. Au fond, il avait raison, le serviteur accusateur : ce maître est un exploiteur insatiable et sans cœur. Et nous en perdons le goût d’entendre l’Évangile.

Car celui qui a recevra encore et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a.

La vie, frères, est d’abord goût et envie de vivre, Dieu merci. Nous ne pensons pas d’abord à nous accuser et à nous jalouser les uns les autres, mais nous désirons nous aimer, nous savons profondément que nous sommes faits pour ce bonheur. Certes, aussi, cette même vie est marquée de souffrance et de mort, parce que le péché est entré dans le monde. Mais personne n’a jamais guéri l’injustice par la haine, ni consolé la douleur par la mauvaise humeur.

Combien plus ce qui sauve la vie, la foi, doit-elle se dire et se répandre dans l’heureuse ambiance de la reconnaissance et non dans les relents des mauvais sentiments. Nous croyons en Jésus Christ qui est mort pour le pardon des péchés de tous, et qui reviendra dans la gloire pour révéler la grandeur et la beauté des œuvres de ceux qui auront espéré sa venue. Dans cette foi, nous devons nous réjouir de la grâce faite à chacun comme étant pour tous, et non pas la jalouser comme n’étant pas la nôtre !

D’ailleurs, si un talent représente une vie, et que chacun a reçu du maître "selon ses capacités", cela ne signifie-t-il pas que le mauvais serviteur est celui qui ne veut recevoir que lui-même ? Si je n’accepte pas au moins un autre "comme moi-même", je me situe d’emblée dans une perspective de refus de la vie, et d’abord de la mienne. Cette vie que je tiens pour rien, elle me sera enlevée, point. Tandis que si je reçois l’autre, notre vie se multipliera.

Combien de fois ai-je entendu des personnes me dire : "Bon, d’accord, vous, vous avez la foi, vous avez bien de la chance. Eh bien moi je ne l’ai pas, Dieu ne m’a pas fait ce don." La personne qui parle ainsi rejette cette foi qu’elle me reconnaît, et cela me désole. Tandis que si elle partait de ce peu de foi qui lui fait admettre qu’un autre puisse l’avoir plus qu’elle, et si elle demandait que ce don lui soit aussi accordé, aussitôt elle serait exaucée. Au lieu de se faire enlever même ce qu’elle a en disant qu’elle n’a rien, elle recevrait en abondance ce dont elle se plaint d’avoir peu. Et j’en serais ravi, moi aussi !

Dieu nous garde, frères, de préparer pour la venue du Seigneur la situation catastrophique de la fin de la parabole ! Sachons donc, avec enthousiasme, c’est-à-dire remplis de Dieu, mettre en œuvre aussitôt toute disposition bonne et précieuse reçue de l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, pour promouvoir et transmettre la vie, pour promouvoir et transmettre la foi, la foi en Jésus Christ.

Mettons dès maintenant dans l’Église et dans la cité la bonne ambiance annoncée pour le Jour de la venue du Seigneur, le Royaume dans lequel nous somme appelés à entrer, et qui n’est autre que cette "Joie du Maître" promise aux bons serviteurs.