Dimanche 5 octobre 2003 - Vingt septième dimanche

Garde du corps, c’est beau.

Genèse 2,18-24 - Hébreux 2,9-11 - Marc 10,2-16
dimanche 5 octobre 2003.
 

Garde du corps, c’est beau.

Ce qui en fait le prix, c’est la valeur du corps gardé, dans sa fragilité, sa faiblesse et sa vulnérabilité, et de devoir le protéger jusqu’au péril de sa propre vie contre toute agression. Car le risque existe, certes, puisque là où il n’est aucun danger, il n’est pas besoin de garde. Mais, malheur au garde qui s’enfuit devant l’adversaire ou, pire, qui se retourne avec lui contre ce qui lui fut confié.

La loi, de même, est là pour garder la vie, et surtout celle des plus faibles qui sont non moins précieux parmi les vivants. Une loi juste peut-elle se taire lorsque ce qui est faible et précieux est menacé ou, pire, se faire l’alliée de la menace ?

Là est l’enjeu de la question sur le divorce que les pharisiens posent à Jésus, aussi les renvoie-t-il à la Loi : que dit-elle à ce sujet ? Leur réponse se réfère précisément au seul passage fameux en la matière : Deutéronome 24,1. Or, ce verset ne permet ni n’interdit le divorce, il dit seulement qu’une femme qui a été renvoyée par son premier mari puis par son second ne doit pas être reprise par le premier. Le sens de ce précepte n’est pas très clair pour nous et, de toute façon, il ne traite que de situations assez rares. Mais, à l’évidence, il assume le fait que le divorce soit pratiqué ordinairement parmi les hommes à qui il s’adresse. D’où l’idée qu’il le permettrait.

En fait, la Loi, qui est sainte, ne permet jamais le mal. Mais elle le supporte parfois, elle le souffre, comme Dieu lui-même. Si les pharisiens ont tort de déduire de ce verset que le divorce serait permis, en revanche, ils voient juste en parlant de prescription pour l’acte de répudiation. En effet, un tel acte écrit était une protection juridique pour la femme renvoyée, et donc un moindre mal pour elle.

Comprenez bien : du verset invoqué, on ne peut tirer immédiatement ni la permission du divorce, ni la prescription d’un acte de répudiation. Mais il est cohérent avec l’ensemble de la Loi de comprendre que l’acte de répudiation est recommandé, tandis que la même cohérence doit conduire à découvrir que le divorce lui-même est seulement toléré, supporté et "souffert", car il est fondamentalement interdit. Tel est le sens du propos de Jésus. Ainsi, en édictant l’interdit du divorce, le Christ ne prétend pas améliorer la Loi, et encore moins parler contre elle : il dit seulement ce que dit la Loi pour qui sait l’entendre. Et elle le dit dès le début du Livre, dans la Genèse, parce que dès le commencement Dieu avait disposé les choses ainsi dans son amour. Ainsi, s’il faut extrêmement respecter le corps, c’est parce qu’il est fait pour l’amour.

La Loi, qui est sainte et juste, doit protéger la vie donnée par Dieu contre la menace du péché entré dans le monde par la jalousie du démon. En particulier, elle est gardienne de l’union de l’homme et de la femme, ce corps à corps sacré scellé pour la vie. Prétendre tirer de l’Écriture une disposition contraire à cela est simplement pervers, au sens propre. Et cette perversité s’appelle aussi dureté de coeur, celle-là même qui porte les hommes à répudier leur femme. C’est pourquoi, lorsque les disciples insistent, Jésus formule clairement le mal que constitue le fait de renvoyer son conjoint pour en prendre un autre en le nommant adultère, c’est-à-dire trahison et altération de l’alliance pour la vie. Et si ces paroles nous semblent dures à entendre aujourd’hui, c’est à cause de notre dureté de coeur aujourd’hui.

Or, voilà que, précisément à cet endroit de notre évangile, se produit soudain un débarquement d’enfants : que viennent-ils faire là ? S’agit-il d’une sorte d’interlude, pour détendre l’atmosphère après une âpre discussion ? Ou bien est-ce une simple association d’idée qui fait passer du thème de l’union des parents à celui de la venue des petits enfants ?

Allons, réfléchissez : à quoi cela vous fait-il penser ? Jésus est recherché par des gens qui veulent le toucher et que ses disciples essaient d’écarter brutalement, mais lui dit de laisser faire, et puis il y a un baiser ? Vous y êtes ? C’est l’arrestation au jardin des Oliviers, la veille de la Passion, qui se dessine en filigrane dans cette scène finale d’une controverse particulièrement pénible pour nous. D’ailleurs, rappelez-vous le contexte, les évangiles entendus ces deux derniers dimanches : Jésus a annoncé sa Passion pour la deuxième fois à ses disciples et, devant leur incompréhension grandissante, déjà, il leur a donné un enfant en exemple et poursuivi, de diverses manières, l’enseignement de son chemin qui doit devenir le leur, un chemin d’obéissance et de sacrifice qui conduit à la gloire.

Jésus est l’enfant bien-aimé de Dieu qui donne sa vie pour ses frères humains, les enfants des hommes. Il le fait pour nous arracher au mal et nous en garder pour toujours. Dieu ne nous charge pas d’une loi dure et inhumaine pour nous accabler, bien au contraire, il supporte nos fautes et nos révoltes jusqu’au sacrifice de son Fils qui se donne corps pour corps pour nous.

Ainsi, nous qui portons son nom, nous ne devons plus chercher à garder à tout prix notre corps pour nous-mêmes, mais nous devons l’offrir en sacrifice avec celui qui nous donne son corps à cette table, afin d’avoir part à sa résurrection lorsqu’il viendra prendre avec lui ceux qui auront gardé sa parole, à la résurrection des corps.