Dimanche 24 novembre 2002 - Le Christ, Roi de l’Univers

C’est fini ?

Ézéchiel 34,11-12.15-17 - 1Corinthiens 15,20.26-28 - Matthieu 25,31-46
dimanche 24 novembre 2002.
 

C’est fini ?

demande plaintivement l’enfant à sa mère.

Presque, mon chéri, bientôt : un peu de patience, un peu de courage ! répond la maman.

Ou bien : Eh oui, mon pauvre chéri, c’est fini, il n’y en a plus. Mais on peut aller en racheter.

Ou encore : C’est fini, oui, à condition que tu promettes de ne pas recommencer !

Et notre évangile, il se finit là ?

Eh bien laissez-moi vous dire que si ça se termine vraiment comme ça, on est mal.

Parce que, bien sûr, c’est facile de se servir de ce texte pour en fustiger les gens et les institutions, en particulier l’Église. On se donne le beau rôle à bon compte. Oui, mais voilà : ce n’est pas le nôtre. Vous n’êtes pas juges, mes frères, ni moi non plus. C’est lui, le seul juge, celui qui est élevé sur la croix.

Or, si nous laissons cette parole soumettre notre vie à un examen rigoureux et complet, qui de nous en réchappera ? Et celui qui dirait "Moi !", celui qui s’imagine être juste, qu’il prenne garde à lui-même !

Fort heureusement, frères, l’Évangile selon saint Matthieu ne se termine pas là. Nous en sommes seulement à la fin du chapitre 25. Ensuite, aussitôt après, il y a la Passion. Mais, il faut bien reconnaître que, tout d’abord, cela ne s’arrange pas.

La Passion selon saint Matthieu est, en effet, la plus longue et la plus catastrophique. Ici, c’est le peuple tout entier qui réclame la mort de Jésus, et tous les assistants le raillent et l’insultent lorsqu’il est en croix, y compris les bandits crucifiés avec lui, sans exception. Enfin, la seule parole que le Christ prononce avant de mourir dans un grand cri est : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Et voilà qu’immédiatement après la mort du Juste, le même évangéliste qui semblait noircir le tableau plus qu’aucun autre annonce la résurrection de nombreux saints qui étaient morts, accusant ainsi à l’extrême le contraste entre l’horreur du crime de tous et l’amour inimaginable du Dieu très bon qui a donné son Fils pour racheter les pécheurs que nous étions.

N’oubliez pas, frères, que Jésus n’accepte le titre de Christ, et celui de roi, qu’en référence à l’événement, précisément, de sa croix. En effet, c’est là qu’il est intronisé et consacré par-dessus tout. Et c’est là qu’il fait grâce, tant il est vrai que ce pouvoir et ce droit sont par excellence ceux du roi.

Depuis ce trône de sa grâce, le Seigneur nous adresse encore aujourd’hui cette parole que nous avons entendue, cette parole qui juge maintenant tous les actes de notre vie parce qu’elle en dit le sens ultime. Que ferons-nous donc, nous qui sommes pécheurs ?

Laissons-nous féliciter pour ce que nous avons fait de bien, et reconnaissons-y l’œuvre de celui qui seul est bon. Demandons pardon pour tout ce que nous avons omis de faire et, plus encore, pour tout le mal commis, en prenant la résolution de nous amender, de nous laisser convertir, de ne plus manquer une occasion de servir le Christ souffrant en nos frères éprouvés, car ils sont ses frères. C’est pour nous, en effet, qui sommes pécheurs, mes frères, que le Seigneur retarde la fin : c’est un délai qui nous est accordé, un délai de grâce.

Et puis, si nous sommes nous-mêmes en souffrance trop grande, gémissant chaque jour et pleurant que cela n’en finit pas, croyons alors la parole du roi : croyons que si nous offrons nos douleurs avec les siennes, nous sommes au plus près de son cœur, source avec lui de sa grâce pour tous. Croyons que si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons.

Ne manquons pas aussi, alors, de nous réjouir avec lui pour tous ceux qui nous apportent soulagement et compassion, eux pour qui nous sommes occasion de servir le Seigneur souffrant : bénissons-les au nom du Roi doux et humble de cœur.

Aux jours de bien-être comme à travers les peines, dans la foi, goûtons la joie qu’il soit notre Roi.

Alors, croyez-le, nous n’aurons jamais fini de nous en réjouir avec lui.