Dimanche 22 décembre 2002 - 4ème dimanche de l’Avent

Vous aimez votre nom ?

2Samuel 7,1-76 - Romains 16,25-27- Luc 1,26-38
dimanche 22 décembre 2002.
 

Vous aimez votre nom ?

Certains le détestent. Le leur, pas le vôtre. Ils en ont honte, ils le cachent, ils en changent. Il faut dire que des parents donnent de drôles de noms à leurs enfants. Certains recherchent délibérément des jeux de mots, pas toujours très heureux. Je connais un enfant dont le prénom a été composé par tirage de lettres au hasard. La recherche d’originalité à tout prix peut difficilement être poussée plus loin. À l’opposé, un homme me confiait que, le jour de la naissance de son fils, annonçant la nouvelle à son père et comment il avait appelé l’héritier, il n’entendit pour tout commentaire que : "Ce n’est pas un prénom de la famille", suivi du claquement sec d’un combiné qu’on vous raccroche au nez. Il est vrai que la coutume de reprendre les mêmes prénoms, de génération en génération, est riche de sens.

La véritable originalité, au demeurant, n’est-elle pas celle de ces hommes qui, par leur valeur et leurs mérites, obtiennent un nom significatif de leur œuvre et que leurs descendants seront fiers de porter ? Scipion l’Africain, entre autres, qui sauva Rome de la menace carthaginoise, ou Lawrence d’Arabie, cet Anglais qui poussa les Arabes à se libérer du joug des Turcs. Certains, même, semblent avoir reçu à la naissance un nom prédestiné : De Gaulle, par exemple, sans qui la France n’aurait sûrement pas aujourd’hui un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Certes, la France n’est plus la Gaule, qui d’ailleurs n’a qu’un "l", et l’on peut encore détester "le grand Charles" pour de bonnes raisons. Mais la postérité ne retient que ce qui lui fait une belle histoire.

Et notre évangile d’aujourd’hui, n’est-ce pas une belle histoire ? Une histoire à dormir debout, pensent certains, à la fois banale et absurde : encore une naissance miraculeuse, et par l’opération du Saint Esprit, en plus !

Au cœur de cette histoire, il y a un nom : Jésus. Croyez-vous qu’il soit fait de lettres au hasard ? En hébreu, il se dit Yéchoua, littéralement : "Ya sauve". Le verbe sauver se retrouve dans notre "Hosanna", équivalent de "Hochia-na", "Sauve donc !" Quant à Ya, c’est la forme abrégée du nom divin que l’on écrit parfois "Yahvéh", mais qu’il vaut mieux ne pas tenter de prononcer, c’est pourquoi on le remplace plutôt par "Le Seigneur". En somme, le nom de Jésus signifie : Le Seigneur, Dieu d’Israël, sauve.

Ce nom est donc plein de sens. Mais est-il original ? À cette époque, il était très répandu : beaucoup de gens se nommaient Jésus. Sauf que, en général, porter un nom qui signifie "Dieu sauve" ne veut pas dire que l’on soit soi-même Dieu, ni Sauveur. Tandis que pour Jésus, si. C’est ce que dit l’Évangile.

Chaque aspect de ce récit s’inscrit dans une tradition qui porte un sens nécessaire, mais partiel. Ce n’est que la conjonction de tous ces aspects, organisés autour du nom de Jésus, qui produit une parole parfaitement unique et originale : cet enfant, né d’une femme, est Dieu, né de Dieu avant les siècles, il est celui dont les prophètes avaient annoncé la venue, le Sauveur d’Israël. Cet homme, par sa divinité, sauvera sur la croix son peuple et toute l’humanité du péché entré dans le monde par la faute de nos premiers parents.

Notre premier parent, Adam, fut fait avec la poussière du sol et le souffle de Dieu. De même, Jésus est né de la Vierge Marie et conçu de l’Esprit Saint. Il est donc aussi une création originale, sauf que lui sauve ce qu’Adam avait perdu. Il est notre nouveau premier parent dans la création nouvelle libérée du péché. Lui qui vient au terme d’une longue tradition chargée de sens, il en est, en fait, mystérieusement, le commencement et l’origine.

Ce nom de Jésus, ainsi entendu dans la plénitude de son sens et sa parfaite originalité comme le nom de cet homme qui est Dieu et qui nous a sauvés, ce nom nous est donné, à nous qui lui donnons notre foi.

Ce nom est nôtre, soyons-en fiers, et aimons-le plus que tout, comme Marie.