Noël 2002

Et si j’étais un ange ?

Isaïe 9,1-6 - Tite 2,11-14 - Luc 2,1-14
mardi 24 décembre 2002.
 

Et si j’étais un ange ?

Je répandrais une lumière mystérieuse, j’étendrais mes grandes ailes, et je prendrais mon essor dans l’espace, laissant à ma traîne une poussière d’étoiles d’or, retombant en pluie fine sur vos visages ravis.

Là, ce serait vraiment Noël pour vous, non ?

Et moi, je ne serais pas mécontent de faire le beau.

Mais alors, peut-être, quelqu’un se lèverait pour dire : "Oh là, l’ange, ne ferais-tu pas mieux d’être plus sérieux ? Une guerre se prépare : arrête-la ! Et les enfants qui meurent de faim dans ce monde, fais donc pleuvoir sur eux du pain, plutôt que de la poudre d’étoiles aux yeux. Et puis, autour de nous, tout près, il y a tant d’hommes qui souffrent de l’injustice ou de la misère : si vraiment tes ailes sont un refuge et un abri, qu’elles le soient pour eux !

Ou bien peut-être que personne ne dirait rien. Alors, dans le silence, chacun de vous se prendrait à rêver que l’ange fasse visite à quelqu’un de sa connaissance et qui en aurait tant besoin, quelqu’un qui lui reste au coin du cœur comme un feu et comme une douleur.

Les bergers, eux, qu’ont-ils rêvé ? Nul ne le sait, ce n’est pas dit. Mais il est dit, juste après dans l’évangile, qu’ils sont allés où l’ange les avait envoyés et qu’ils ont trouvé tout comme il l’avait annoncé.

Prenons le temps, voulez-vous, de nous en étonner un peu. Ces bergers viennent de voir, non seulement l’ange du Seigneur nimbé de gloire, mais la multitude céleste en fête. Or, le signe qui leur est donné, c’est d’aller constater de leur yeux l’exactitude de ce qui leur est annoncé : un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Et ils y vont ! Voilà, vous dis-je, un grand miracle. Et ce miracle est celui de la foi, qui écoute la parole de Dieu et en voit la réalisation.

Comprenez : celui qui, nouveau-né, est "enveloppé de langes et déposé dans une mangeoire car il n’y avait pas de place", c’est celui qui, mort en croix, sera "enveloppé de bandelettes et déposé dans un tombeau neuf où l’on n’a encore mis personne". Le signe de la crèche n’est pas autre que celui de la croix.

Aucune apparition, si merveilleuse soit-elle, n’est comparable à ce signe-là. Et aucun prodige ne fait ce que fait le miracle de la foi en Jésus Christ, Verbe fait chair, Fils de Dieu né de la Vierge Marie, mort pour le salut du monde, ressuscité et qui viendra dans la gloire.

Seul le Christ apaise la faim la plus profonde de l’homme, la faim d’un amour éternel et plus fort que la mort. Seul il peut guérir nos cœurs de la lèpre qui les ronge, car en son corps il a tué la haine. Vous pouvez brandir le bras le plus puissant du monde, vous n’arrêterez pas la guerre tant que la haine la fera en vous.

Et, sachez-le, rien n’est plus désirable ni plus nécessaire pour ceux que vous gardez au cœur comme un feu et comme une douleur, comme pour vous-mêmes, que la foi en celui qui est sur la croix. Cela est infiniment plus grand et plus beau que la vue de mille anges.

D’ailleurs, je suis un ange. Au sens le plus littéral du terme. Un messager. Un messager de Dieu qui annonce la bonne nouvelle.

Et je ne vais pas vous dire d’aller voir ailleurs, non. Car celui qui est né, a grandi, a souffert et est mort il y a deux mille ans, est ressuscité. C’est lui qui vient, cette nuit, pour vous, parmi vous. Vous avez vu ces images, cette crèche et cette croix : regardez maintenant cet autel. Dans un instant le Seigneur va y réaliser lui-même la présence de son corps et de son sang. Vous n’aurez rien à voir de plus stupéfiant que les bergers qui n’ont vu qu’un enfant. Mais quiconque voit et croit ce signe voit bien plus qu’un ange. Si vous croyez, vous serez comblés, comme Marie et tous ceux qui vous ont précédés dans la grâce.

Il y a, cette nuit parmi nous, bien plus grand qu’un ange. Communions au Fils de Dieu venu dans la chair, recevons-le pour la vie éternelle.