Dimanche 19 octobre 2003 - Vingt neuvième dimanche

Vive ceux qui en veulent !

Ézéchiel 47,1-2.8-9.12 - 1Corinthiens 3,9-11.16-17 - Marc 10,35-45
dimanche 19 octobre 2003.
 

Vive ceux qui en veulent !

Bravo à ceux qui prennent des initiatives, qui recherchent les responsabilités ! Ah, bien sûr, ils doivent se laisser conduire et former par les autorités légitimes, sinon ils font plus de mal que de bien. Mais, s’ils y sont disposés, quelle bénédiction pour le corps tout entier !

Alors, les Jacques et Jean de notre évangile, sont-ils un bon ou un mauvais cas ? L’habitude est de voir en eux ici des ambitieux ordinaires seulement plus effrontés que les autres. Vous croyez que c’est aussi bête que ça ?

Reprenons le fils de notre évangile selon saint Marc entendu ces derniers dimanches. La première annonce de sa passion par Jésus a lieu immédiatement après la confession de foi de Pierre à Césarée. Comme les Apôtres ne comprennent pas pourquoi le Messie devrait ainsi souffrir et mourir, celui qui s’est fait leur porte-parole s’oppose au maître à ce sujet, et se fait sévèrement remettre en place. Aussi, lorsqu’il insiste, annonçant sa passion pour la deuxième fois, les Douze discutent pour savoir qui est le plus grand : maintenant que Pierre est pratiquement réduit au silence, qui va pouvoir exprimer la résistance persistante du groupe à cette annonce ?

Malgré les enseignements qu’il leur a prodigués entretemps, quand Jésus annonce pour la troisième fois sa Passion à ses Apôtres, il rencontre chez eux la même opposition. Alors s’avancent Jacques et Jean : sans doute la question de savoir qui était le plus grand se posait-elle précisément à leur sujet, eux qui avaient été distingués avec Pierre, notamment dans l’épisode de la Transfiguration. N’ayant pu trancher la question entre eux, ils s’en remettent au Maître pour décider entre la droite et la gauche pour l’un et pour l’autre, et se contentent de s’offrir ensemble à "l’encadrer". Pour quoi faire ? Probablement pour essayer d’infléchir sa route : en demandant à Jésus de siéger à ses côtés "dans sa gloire", ils le rappellent à sa véritable vocation, telle que lui-même la leur a révélée et telle qu’ils y ont cru. Certes, dans leur adhésion à la personne de Jésus s’est ouverte une faille : ils pensent qu’il s’égare en prévoyant sa Passion. Pourtant, ils sont résolus à l’accompagner jusqu’au bout, quelle que soit l’issue.

En effet, c’est bien ce que se propose, dans l’évangile de Jean, l’Apôtre Thomas lorsque, devant la décision stupéfiante annoncée par Jésus de monter à Jérusalem où l’on veut le mettre à mort, il dit : "allons-y et mourons avec lui." Voyez-vous une raison de refuser à Jacques et Jean, ici, la même disposition généreuse qu’ils affirment d’ailleurs énergiquement dans leur réponse au sujet du baptême et de la coupe du Seigneur ? Je n’en vois pas, au contraire : avez-vous remarqué que Jésus ne les rabroue absolument pas, que même il fait la leçon aux dix autres pour s’être indignés contre les deux frères ? Et pourtant, la requête des "fils du tonnerre", comme Jésus les surnomme ailleurs, était encore plus abrupte que ne le laisse entendre la traduction liturgique : "Maître, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander." Ils en veulent, ces deux-là, et ils sont bien accueillis !

Pourtant, direz-vous, Jésus ne leur accorde pas les places demandées. Voyons cela. La "gloire" de Jésus, nous le savons, n’est pas ailleurs que dans sa croix, dans ce sacrifice de lui-même accomplit librement. Or, qui "siège" à sa droite et à sa gauche à la croix ? Deux malfaiteurs quelconques qui, chez saint Marc, insultent Jésus comme tout le monde, celui de droite aussi bien que celui de gauche. Voilà donc "ceux pour qui ces places sont préparées", qui représentent les "malfaiteurs", les pécheurs, de tous les temps, autrement dit vous et moi, aussi bien que Jacques et Jean eux-mêmes !

Toutefois, ces Apôtres de tête pas plus que les autres, contrairement à leurs déclarations ferventes, n’ont suivi le Christ jusqu’à l’accompagner dans sa mort sur la croix. Voilà pourquoi Jésus leur dit ici : "Vous ne savez pas ce que vous demandez". Lui seul en effet, le Fils de Dieu saint et sans péché, pouvait offrir le sacrifice du Juste qui nous rachète de nos péchés et nous donne ainsi de pouvoir nous aussi nous offrir, à sa suite, en sacrifice saint et agréable à Dieu. Et cette grâce fut accordée à Pierre aussi bien qu’à Jacques et à Jean, dans le martyr du sang versé comme dans celui de la charité invincible.

Voilà, en effet, le "service" que doit rendre celui qui veut devenir grand : donner sa vie en rançon pour la multitude avec le Christ, en lui. Et cette vocation est celle de tout chrétien. Est-ce que vous ne manquez pas d’ambition, parfois ? Ne préférez-vous pas souvent rester à murmurer contre ceux qui se lancent, comme les dix contre Jacques et Jean ?

Allons, veuillez prendre généreusement par la foi toute votre place dans la communauté chrétienne, comme les pierres se font colonnes, dallage et voûte dans cette église. Si les chrétiens veulent bien s’offrir ainsi, l’Église ne sera-t-elle pas grande, belle et rayonnante ? Le Temple véritable, c’est le Corps du Christ sur la croix d’où coule l’eau vive, l’Esprit Saint qui accomplit notre sanctification dans le Baptême et dans l’Eucharistie. Et l’Église maintenant est ce Corps du Christ offert pour les hommes de ce temps.

Vive l’Église qui veut évangéliser le monde à la gloire du Père de Jésus Christ Notre Seigneur !