Mercredi des Cendres, 5 mars 2003 - Entrée en Carême

Moi, j’aime bien me montrer à mon avantage.

Joël 2,12-18 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 5 mars 2003.
 

Moi, j’aime bien me montrer à mon avantage.

Pas vous ? C’est normal, non ? C’est naturel.

Alors si en plus c’est pour la bonne cause, on devrait non seulement ne pas l’interdire, mais même le rendre obligatoire ! Eh bien, c’est obligatoire, l’aumône, la prière et le jeûne. Mais précisément parce que ce ne peut être pour nous l’occasion de nous montrer à notre avantage.

Qui donc peut faire l’aumône en vérité sans être saisi de compassion dans sa propre nature faible, vulnérable et pressée de mille besoins vitaux ? Et qui peut prier pour de bon sans se jeter aux pieds du Très-Haut, petit et tremblant ? Et qu’est-ce que jeûner sinon se rappeler sa condition mortelle, dans le deuil ou le danger grave, dans l’espoir de vivre encore ? Et quel plus grave danger nous guette que nos péchés qui nous dégradent et nous désolent ?

Ces actes pieux, donc, fondamentaux pour toute religion des hommes, nous confrontent à ce que nous voulons toujours cacher ou oublier autant que possible, notre misère et nos péchés. Nous ne pouvons accomplir ces ?uvres bonnes sans être pris en faute ou mis en défaut, nous ne pouvons les entreprendre sans souffrir mille tentations de nous y soustraire de quelque manière. Comment donc prétendre nous y livrer de gaîté de c ?ur ou avec superbe ? Cela ne pourrait être que mensonge et non sens.

C’est pourquoi décider de s’afficher dans ces attitudes, fût-ce au nom de la légitime fierté de faire ce qui est bien, ou en vue d’être édifiant, n’est que tomber dans le piège du Mauvais qui veut ruiner tous nos efforts les meilleurs. Et Dieu sait que ces efforts nous sont nécessaires !

En effet, une maison qu’on cesse d’entretenir se dégrade inexorablement jusqu’à sa ruine. De même, la demeure intérieure de l’homme, le lieu secret où il se trouve au centre de son être face à son Créateur, réclame des soins constants. Or, si l’homme fort et habile peut bien réparer et agrandir sa maison, si la femme intelligente et créative sait l’habiller et l’embellir, qui d’entre nous pourra de lui-même purifier et libérer son âme, toujours menacée de se rétrécir et ensevelir à l’épreuve et sous les tentations, quand elle devrait s’ouvrir et s’élargir pour accueillir plus de vie et une vie plus grande ?

Si l’homme avait pu se sauver lui-même, pensez-vous que Dieu lui aurait ainsi livré son Fils ? S’il ne l’avait absolument fallu, Jésus aurait-il fait le sacrifice de sa vie jusqu’à la Croix ? Mais parce qu’il a combattu en notre chair toutes nos tentations et qu’ils les a vaincues, sa victoire est pour nous. Il a fait de lui-même une parfaite offrande au Père pour qu’en lui nous le soyons aussi, si nous marchons à sa suite. C’est pourquoi, justement, ce travail qui nous est nécessaire et dont nous sommes incapables, nous l’entreprendrons non sans connaître la joie. Car ce sera avec lui, au plus près de lui sur le chemin qu’il nous a frayé.

Vouloir sans Jésus se justifier et perfectionner, c’est ?uvrer en vain. Et le pire est d’y parvenir de manière à s’enorgueillir, car c’est se perdre plus terriblement encore et sans remède.

Mais si nous acceptons d’entrer en labeur par l’aumône, la prière et le jeûne avec Jésus Christ comme en le suivant au désert, alors, plus forte que la douleur d’éprouver nos manques et nos fautes, nous connaîtrons la joie d’être avec lui. Que l’Esprit me pousse ainsi, comme chacun de nous, dans le Fils de Dieu plus vivant en nous que nous-mêmes. Alors nous pourrons, ou plutôt il pourra, enlever de ma phrase initiale "Moi" et "me montrer à mon avantage", en sorte qu’elle devienne pour chacun de nous dans le c ?ur de l’unique Église : J’aime y aller avec lui.


20030305